‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 240 sur 335 · V. supr. p. 230, note 5, § 7. Je dis semblent indiquer · texte numérisé non relu

V. supr. p. 230, note 5, § 7. Je dis semblent indiquer

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

merciales entre l'Espagne du nord-ouest et la France, au xe siècle. Ce qui est rendu plus probable encore par le fait, historiquement constaté, de vaisseaux naviguant des ports asturiens ou cantabres soumis au roi Alphonse III, jusqu’à Bordeaux; évidemment pour y trafiquer, dès la fin du siècle précédent1.

Ce commerce pacifique, dont l’existence ne saurait être révoquée en doute2, n’était pas la seule voie par où les riches produits et les métaux précieux de l’Orient pénétraient dans les royaumes chrétiens du nord de la Péninsule. Un genre de trafic tout différent les y faisait affluer plus abondamment encore : trafic très-glorieux auquel se livraient tout ce que ces royaumes renfermaient de gens de cœur, nobles et princes en tête; trafic très-économique, puisqu’il n’exigeait d’autre mise de fonds qu’une bravoure à toute épreuve, dont Léonais et Castillans du haut moyen âge étaient largement pourvus; trafic aussi nécessaire que légitime, car, en ruinant peu à peu les musulmans au profit des chrétiens, il facilitait d’autant l’œuvre laborieuse de la reconquête, et remettait les héritiers directs des vaincus du Rio-Salado en possession des biens enlevés à leurs ancêtres par d’injustes envahisseurs3. Ce trafic à main armée, — car c’est de lui, on l’a deviné, que je veux parler, — triomphalement inauguré par Alphonse le Catholique, repris par Alphonse le Chaste qui en étendit les opérations jusqu’au hord du Tagœ, poursuivi par les vaillants successeurs de ces princes, d’Ordono I à Ramire II, suspendu par le retour cruellement offensif des Mores sous Almanzor dans la seconde moitié du xc siècle; et rouvert enfin, pour ne plus se refermer, sous Alphonse V, Ferdinand I et Alphonse VI, fut presque toujours largement rémunérateur. Les témoigmages concordants des chroniqueurs contemporains nous autorisent à reconnaître dans une bonne part des richesses de tout genre, dont je n’ai donné dans les notes précédentes qu’une très-incomplète énumération, le fruit de ces invasions périodiques en pays arabe. On voit en effet, par le récit de ces historiens, que le butin enlevé dans les villes saccagées, les contributions de guerre payées par celles qui voulaient éviter un pareil sort, et la

car je tiens à ne pas changer de simples probabilités en certitude. Or, nous n’avons ici qu’une probabilité. Il faut se rappeler, en effet : 1° que la prise d’Albelda, où .Mousâ II, émir d’Aragon, avait entassé ses immenses richesses et par conséquent les magnifiques présents de Charles le Chauve, mirent entre les mains d’Ordono Ier des œuvres d'art d’origine française (Cf. Adefonsi III Chron., n. 20); 2° que, membre de la famille royale et compagnon d’armes du fils d’Ordono I, le comte Guttierre Mendez, père de saint Rosendo, peut — mais peut seulement — avoir eu sa pari de ces opulentes dépouilles par voie d’héritage ou de donation, et les transmettre à ses enfants.

\. « Quamobrem pernoscite navalem rem igationem inter vos (leg. nos) et amicum nostrum Amaluinum ducem Burdelensem inesse, et... disposuimus, ut mense Madio, nostræ naves cum pueris palatii nostri usque Burdelensem civitatem remigent. » Alphonse III, Lettre au clergé et au peuple de Tours (a. 905), Esp. sagr., XIX, p. 347. Les expressions dont se sert le roi des Asturies prouvent que l’intercourse en question existait déjà depuis longtemps.

2. Elle ne se trahit que par de rares indices aux deux premiers siècles de la reconquête chrétienne de la Péninsule,

mais les siècles suivants nous la montrent pleinement épanouie dans l’intérieur du pays comme aux frontières. Voir les Fueros de Miranda (a. 1099), Munoz, p. 332; Fueros de Toledo (a. 1 137), ibid., p. 375; item de Santiago (a. 1102), ibid., p. 409; item de Calatayud (a. 1151), p. 463, ibid.; item de S. Sebastien (a. 1150), Diccionn. geogr. hist. de la Iteal Acad., t. II, escr. I, p. 543; item de Estella (a. 1164), Yanguas, Dicc. de Antig. de Navarra, 1. 1, p. 437, 455, etc.

3. Remarquons à ce propos : t°que la conquête de l’Espagne par les Arabes, souverainement injuste à l’origine, n’a jamais été légitimée par la prescription, les propriétaires du sol envahi n’ayant pas un seul instant cessé de protester les armes à la main contre l’inique spoliation ; 2° que, en dévastant et dépeuplant systématiquement les provinces frontières de l’Espagne musulmane, les premiers rois asturiens obéissaient aux inspirations d’une sage politique. Ils ouvraient ainsi et préparaient, pour un temps plus ou moins éloigné, de vastes espaces à une colonisation chrétienne homogène. Leurs successeurs se seraient évité bien des embarras et des ennuis en ne suivant pas d’autre méthode : celui, par exemple, d’expulser au xvue sièle d’irréconciliables ennnemis qu’on aurait pu ne pas garder au xne.

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

rançon de nombreux captifs consistait en objets de prix et en riches étoffes autant au moins qu’en espèces métalliques1. Le surplus de la richesse mobilière des provinces chrétiennes était acquis par voie d'échange avec les productions d’un sol que fécondait le travail d’une nombreuse population. Car l’industrie agricole était alors plus florissante que jamais en Espagne, et les ressources qu’en tirait le pays auraient suffi à elles seules pour assurer le nécessaire à tous ses habitants, l’aisance à la plupart d’entre eux, et les jouissances du luxe aux plus favorisés. La partie de la Péninsule au pouvoir des chrétiens indépendants se prêtait en effet aux cultures les plus variées : à celle des céréales (blé, seigle, orge, avoine); de la vigne que les documents contemporains nous montrent répandue sur tous les points du territoire, à celle du lin 2 et de l’olivier 3, pratiquée sur une échelle assez étendue pour suffire à la consommation intérieure4. Presque pas de domaine, si étroites qu’en fussent d’ailleurs les limites, qui ne renfermât son jardin et son verger planté d’arbres fruitiers d’espèces diverses ; poiriers, pommiers, cerisiers, figmiers, pruniers ou abricotiers; et ses bois ou massifs de noyers, de noisetiers et de châtaigmiers 5. Dans les pâturages d’hiver ou d’été, de la plaine ou de la montagne ( pratos , bustos, clefesas , ferrenes, varzenas et varzas 6)

1. « Venit etiam et légat us Hadefonsi regis Galleciæ et Asturiæ... papilionem miræ pulchritudinis præscntans... Iladefonsus... prædata Olysipoua ultiraa Hispaniæ civitate, insignia victoriæ suæ, loricas, mulos, captivosque mauros Domno régi Carolo per legatos suos... misit. « Ann. Bertinian. , sub a. 798. » — » lu quo bello ( contra Ordonium I ) Muza omnem armorum et equorum multitudinem simulque spolia ex diversis vicloriis cougesta, nec non et insignia munera quæ Carolus ( Calvus ) ei direxerat, amisit... Quod audiens Lupus, quem Muza pater Toleto præfecerat... ei (Ordcmfo)obviam occurrit; et se inermem... suis legibus subdidit... et régi dum vixittributarius fuit. » Anonym. Sil. , Chron., n. 38. Cf. Adefonsi Chron., n. 26. — « Consul Spaniæ... Abuhalit bello in fines Galleciæ capitur... qui dum postea se redemit, duos fratres suos, filium atque subrinum obsides fecit, quousque centum millia auri solidos régi (Adefonso III) persolvit. » Anon. Albeld., Chron.. n. 178, al. 52. — « Regel... bellando cepit ( Ordonius II), omnesque bellatores Caldæorum gladio consumons, cum maximo captivorum spoliorumque numéro ad Yisensem re versus est urbem... Castrum colubri, quod nunc a Caldæis Albanze nominatur invasit...; omnes eorum mulieres et parvulos cum immenso auri et argenti sericorumque ornamentorum pondéré... rapuit, etc. » — « Cui [omnes Emeritenses cum rege eorum... innumerabilia munera obtulerunt. » Anon. Sil., Chron., n. 42, 44.

2. Linare mirificum cum suis aquaductibus. » Esp. sagr., XXXVT, escr. 19 (a. 1039). Voir en outre, ibid., 1. XXXIV, escr. 11 (a. 917), XXXVI, escr. 13 (a. 1020) et XXXVIII, escr. 10 (a. 1031); Mon. Port., escr. 13 (a. 906); 143 (a. 984); Berganza, Antig., escr. 46 (a. 950) et 77 (entre 964 et 984); Yepes, VI, escr. 2 (a. 1022); Munoz, p. 165, 282, etc. ; Monum. Port. {Loges et consuetud.), passim.

3. Sur les plantations d’oliviers, voir Esp. sagr., XL, escr. 10 (a. 745?) p. 357, et escr. 19 (a. 897); Escalona, escr. 23 (a. 945), etc.

4. Ce qui me porterait à le croire, en dehors de toute autre preuve, c’est que le lin a toujours gardé son nom hispano-latin {lino, lin ; linar , linare , plantation de lin), et l’olivier aussi ( oliva ); tandis que le fruit de ce dernier et

l’huile qu’on en extrait ont échangé leur ancienne dénomination contre un nom arabe, dès le xne siècle en Portugal (F ueros d’Evora, a. 1166, Mon. Port., Loges et consuet., p. 393), et seulement au xiiU en Espagne. Ce nom étranger était même alors si peu connu du commun des lecteurs castillans, que, l’auteur du poème de Fernand Gonzalès l’ayant employé , le plus ancien de ses copistes ait cru devoir, en marge du vers où acnjte se montre pour la première fois, inscrire la glose olio, glose que les copistes postérieurs ont introduite dans le texte, et que nous y lisons encore aujourd’hui (copia 39, v. 2) :

De olio e de aceyte e de cera [ las Iglesias] estavan vien

[avastadas.

Or, les denrées ou marchandises de toute espèce importées habituellement et en quantité notable de l’Espagne musulmane dans l’Espagne chrétienne, y gardaient leur nom arabe devenu bientôt familier à tous. Cette importation, en ce qui concerne l’huile, n’a donc commencé dans le nord de l’Espagne, qu’après la conquête de l’Andalousie par saint Ferdinand III.

5. Il n’est presque pas de donation qui ne fasse mention de quelque jardin ou verger ( ortos , pomares, perales , etc.); je me bornerai donc à citer ici le jardin payé 500 sous d’argent, qu’Alphonse III donnait, en 905, à l’église d'Oviédo (Esp. sagr., XXXVII, escr. 11, p. 330), le verger du comte de Castille, cédé en 944 par Ramire II au monastère de Cardena (Berganza, escr. 44); les jardins potagers de l’évêque de Léon, Pélage Ier, qui, en 1084, met une partie des légumes qu’on y récolte à la disposition des malades de son hôpital (Esp. sagr., XXXVI, escr. 32), etc., etc. — Relativement aux arbres fruitiers, je signalerai seulement le prunier ou l’abricotier ( ameixinar , ameixenar, ameisenal), qui paraît n’avoir été cultivé que dans les provinces portugaises du royaume de Léon. Cf. Mon. Port., escr. 6 (a. 920?), escr. 175 (a. 995), escr. 203 (a. 1008) ; etc.

6. Voir les donations d’OrdonoI, en 857 (Esp. sagr., XXXVII, escr. 10, p. 320, 327), d’Alphonse 111, en 905 (Escalona, escr. 3); d’Oveco, évêque de Léon en 951 (Esp. sagr., XXXIV, escr. 15), de Térèse Muniz, en 1019 (Escalona,

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erraient de nombreux troupeaux de chevaux, de mules, de mulets, d’ànes et de gros ou de menu bétail, tandis que des bandes non moins nombreuses de porcs cherchaient leur glandée dans les bois1. Les haras surtout s’étaient à cette époque singulièrement multipliés. On les retrouve dans toutes les provinces de la monarchie léonaise et castillane. Il n’y a pas lieu d’en être surpris : en ce temps de pointes hardies et aventureuses chez les Arabes, de retraites rapides à la suite d’une fructueuse razzia, de fuites précipitées après un échec ou devant une invasion imprévue, la cavalerie jouait à la g*uerre le rôle principal, souvent même exclusif; d’où le nom de cavalgada (chevauchée) donné à ces expéditions purement équestres2. Ajoutez à ceci que la profession de caballero avec son cortège de prérogatives et d’exemptions diverses, si elle était ouverte à tous, ne l’était point à titre inaliénable. Acheter un cheval et le monter en temps de guerre, suffisait pour faire un caballero du dernier des péons ou vilains ; mais en revanche négliger ou refuser de remplacer, dans les délais voulus, le cheval qu’on avait perdu n’importe par quel accident, rejetait le caballero négligent ou récalcitrant dans les rangs inférieurs de la société et le soumettait à toutes les charges de sa nouvelle condition3. Il n’en allait pas autrement du caballero de naissance, si une fois

escr. 91), etc., pour les bustos. — Sur les varzenas ou barderais et varzas, V. les donations ou ventes de Munno Gonzalez en 985 [Mon. Port., escr. 147), de Mummadonna en 959 (■ ibid ., escr. 76); du moine Christophe en 970 ( ibid ., escr. 101); de Munnadonna en 973 (ibid., escr. 107, etc. Dans la Carta-puebla d’Ejea, donné en 1180 (Munoz, p.299), il est question d’une bardena. Au milieu’du xive siècle, l’archiprètre de Hita écrivait encore (copl. 101) :

« El mastel sin la vêla non puede estar todo dia

Nin las varzas non se criau tambien sin la noria. »

1 . Donation de Theuda et Argenti en 930 : sept juments et leurs étalons, dix vaches et un taureau, vingt brebis, vingt chèvres, trente porcs (Escal., escr. 14) ; item, d’Ovéco, évêque de Léon en 950 : dix chevaux de main, vingt juments et deux étalons (cheval et âne), cent vaches et deux taureaux, quinze paires de bœufs, six poulains et sept cent vingt brebis dans quatre domaines et autant de bustos ( Esp . sagr., XXXIV, escr. 15); item, de Froylan, évêque de la même ville, en 1002 : haras de dix juments et d’un étalon, un taureau et vingt vaches, un troupeau de deux cents brebis et trente paires de bœufs de labour (ibid., XXXVI, escr. 7); item, de Pélage, évêque de Lugo, en 998 : cinquante domaines et dix bustos avec leurs troupeaux de vaches et de cavales (ibid., XL, escr. 24); item, de saint Rosendo, évêque de Mondonedo, à son monastère de Celanova , en 943 : sept églises, vingt-cinq villas, neuf cents chevaux ou mules, cent autres chevaux de guerre ou de parade (equos majores!), quatre cents vaches distribuées en dix-huit troupeaux, cinquante paires de bœufs (Yepes ou son copiste en marquent deux seulement; ils ont confondu le caractère hispano-

romain, qui représense la valeur numérique de 50, avec le chiffre arabe 2, de forme identique), et du menu bétail en proportion (Yepes, V, escr. 1); item, du comte Osorio

Gutierrez, au monastère de Lorenzana, en 969 : trente propriétés domaniales, dix mules et chevaux de main, quatrevingt dix cavales et deux étalons en deux haras séparés, cent cinquante génisses et trois taureaux dans trois bustos, cent cinquante paires de bœufs pour le labour, mille brebis et cinq cents porcs (Esp. sagr., XVIII, escr, 17).

Or ceci ne représente que la cinquième partie de la fortune mobilière du saint comte Osorio, la seule dont il put disposer, lui, père de famille, en faveur de l’Église, d’après la loi toujours en vigueur du code wisigoth ( Forum Jud., lib. IV, v, I); item, du comte Froylan Velez en 976 (Ed. erron. 1076): quatorze villas, ses vignes, ses moulins et sa corte de Léon, vingt juments, cinquante vaches, vingt paires de bœufs et deux cents brebis (Esp. sagr., XXXVIII, escr. 23); item, du comte Garci-Fernandez de Castille à sa fille dona Urraca et au monastère de Covarrubias, en 978 : Covarrubias et son territoire, une foule d’autres domaines avec leurs manoirs, cinquante esclaves mores, cent juments, cinq cent six vaches et mille soixante brebis (Yepes, V, escr. 22); item, de Mummadonna à l’abbaye de Guimarâes, en 959: cent chevaux, cinquante mules ou mulets, soixante-dix juments et sept étalons (trois chevaux et quatre ânes) et, en outre, tout ce qu’elle possède de gros et de menu bétail (Mon. Port., escr. 76, etc., etc.).

2. La cavalgada, en tant que distincte des expéditions auxquelles les fantassins prenaient part (hoste, fonsado , annudba ), n’est mentionnée, à ma connaissance, dans les chartes espagnoles qu’à partir du xne siecle. Voici le passage du plus ancien document qui en parle : « Volo etiam quod non faciant ncc gabalchatam nec hostem. » Fueros de Barbastro (a. 1100), Munoz, p. 355.

3. « Homo qui habucrit equa cum suas armas, fiat (al. facial ) quomodo cavallario. » Carta puebla de Cernancelhe (a. 1 124’ , Mon. Port., Leges, p. 363. Ces caballeros sont distingués des caballeros de naissance par l'adjonction à leur titre de l’épithète villano. Fueros de Freixo (a. 1152), ibid. , p. 379; et tïUrros (a. 1182), ibid., p. 424. — « Peon, si habuerit equum, sit miles (syn. de caballero ) si vult. » Fueros de Leirena (a. 1 142), ibid., p. 376. — « Cavaleiro ad quem suum caballum mortuum fuerit aut [se] perdiderit, excusarent ilium usque ad très annos. » Fueros de Cernancelhe. — « Ipsi milites qui in villas morant, si aliquis illorum cavallum suum perdiderit, non demandent ilium usque ad plénum annum. Completo anno, si cavallum non habuerit, det sua jugada (ut peon).» Fueros de Viseu (a. 1 123). Ibid., p. 361, etc., etc.

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sorti de tutelle et établi, il se refusait au service qui avait illustré sa race '. Les chevaux, nécessairement très-recherchés, atteignaient donc un très-haut prix sur tous les marchés de l'Espagne chrétienne 2. Il était par conséquent de l’intérêt des riches propriétaires d’en accroître sans cesse la reproduction.

Ces prairies et pâturages, ces jardins et vignes, ces plantations de lin et ces champs de blé étaient soumis, partout où le permettait le régime des eaux, à Faction vivifiante d’une irrigation habilement ménagée, au moyen d’un réseau de canaux principaux et secondaires recouvrant bien des districts qu’il n’atteint plus aujourd’hui, et où chacun pouvait à titre presque gratuit pratiquer une prise d’eau d’un débit très-suffisant3. Les rivières et les ruisseaux mettaient en mouvement des moulins plus multipliés que jamais 4. La mer et les fleuves livraient leurs poissons aux pêcheries échelonnées sur tous leurs rivages5. Les salines en exploitation sur les côtes de Cantabrie, des Asturies, de la Galice et du Portugal, ainsi que les puits salants de l’intérieur fournissaient en abondance le sel nécessaire à tous les besoins6. Les montagnes, berceau de l’indépendance, abandonnaient aux mineurs le fer caché dans leurs entrailles, et ce fer, transformé par l’industrie nationale en socs de charrue et en épées, devenait aux mains des chrétiens le glorieux outil des deux plus nobles métiers que l’homme puisse exercer sur la terre, car le sacerdoce n’en est pas un, celui de laboureur et celui de soldat 7.

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