‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 243 sur 335 · Dozy, Hist. des Musulm., III, p · texte numérisé non relu

Dozy, Hist. des Musulm., III, p

3. Pour se faire une idée juste des maigres résultats obtenus par les plus formidables expéditions musulmanes avant Almanzor, il suffit de lire le curieux récit de celle qu’entreprirent en 882, contre les Beni-Casi de Saragosse

et le roi d’Oviédo Alphonse lit, le fils et le vizir de Mohamed Ier de Cordoue, à la tète d’une armée de quatre-vingt,

mille hommes, bientôt grossie par les contingents d’un des chefs musulmans déserteur de l’alliance espagnole. Le bi-

lan en est des plus pauvres : échec honteux et sanglant devant Saragosse, Cellorigo en Alava , Poncorvo en Castille ; entrée triomphale dans la bourgade ouverte de Castrojeriz ; reculade précipitée à la vue des troupes d’Alphonse massées sous les murs de Léon, incendie de quelques bicoques enlevées dans le cours de cette retraite, et, enfin, après une promenade ridicule de six mois, rentrée à Cordoue des deux généraux, aussi légers de gloire que de butin. Cf. Anon., Chron. Albeld., n. 180 (al. 66-70).

4. C’est ce que prouve le double échec de l’armée musulmane devant les bourgs fortifiés de Cellorigo et de Poncorvo, dont il est question dans la note précédente.

5. Après avoir réglé le service militaire annuel auquel sont tenus les vilains et les infanzons ou cabalieros de Na-

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

valides couraient en toute hâte se rang*er autour du chef militaire (comte, mérino, etc.) de leur canton respectif. Les vieillards, les femmes et les enfants, emportant ce qu’ils possédaient de plus précieux et poussant devant eux leur bétail, se jetaient dans les places fortes du voisinage ou, à leur défaut, dans les recoins les plus cachés de leurs bois ou de leurs montagnes h Ce double mouvement de concentration et de retraite auquel obéissait la population armée ou désarmée s’exécutait avec une régularité et une promptitude parfaites. La crainte d’une forte amende imposée aux retardataires aiguillonnait au besoin ceux que l’approche du danger aurait laissés indifférents2. Il résultait de tout ceci que, dans la plupart des cas, les dommages causés par des invasions aux apparences formidables se bornaient à l’incendie des villages ouverts et de récoltes encore sur place, au massacre et à la captivité de quelques traînards malavisés. Franchement, il n’y avait pas là de quoi ruiner un peuple, qui ne tardait pas d’ailleurs à reprendre aux ennemis l’équivalent du peu qu’il venait de perdre, en organisant à son tour des razzias en sens inverse plus vigoureusement conduites et, partant, plus fructueuses que toutes celles dont il avait été la victime.

Si de ce qu’on vient de lire, quelqu’un imaginait de conclure que, dans ma pensée, l’Espagne chrétienne était à cette époque un Eldorado où la misère aurait été inconnue, il se tromperait beaucoup, et je ne veux pas encourager des inventions trop optimistes. Ni la richesse des hautes classes, ni l’aisance dont jouissaient généralement les classes inférieures, ne bannissaient absolument la pauvreté du sein de la société espagnole. 11 y avait donc des pauvres dans cette partie de la Péninsule; il y en avait moins qu’ailleurs peut-être, moins certainement qu’au temps des rois wisigoths, mais assez pour que la charité trouvât à s’exercer largement en leur faveur sous toutes les formes. Elle ne manquait pas à ce devoir sacré, et l’inépuisable munificence de Masona envers les membres souffrants de Jésus-Christ, au vi° siècle, trouvait, au xi°, à Léon, en Castille, dans toutes les provinces du nord-ouest, des imitateurs, dont beaucoup n’avaient sans doute jamais entendu parler du saint évêque de Mérida, mais auxquels la même foi inspirait et imposait les mêmes œuvres. Evêques et rois ouvraient dans les villes principales des hôpitaux ( albergia , albergaria) aux pauvres, aux

jcra (Munoz, p. 289), les fucros de cette ville imposent à ces mêmes infanzons l’obligation d’entretenir à leurs frais un cavalier armé et monté, qui ait charge de la noudba, toutes les fois qu’il sera nécessaire de la proclamer : « Debent isti infanziones ponere unum militem qui teneat adnupdam, ubi homines de Nagara necesse habuerint; cum caballo, cum armis ligneis et ferreis. » Ibid. Voir sur ce mot arabe, passé dans le haut espagnol, et sur ses diverses significations, Dozy, Gloss., v° Annuduva, p. 1 92.

1 . Le chroniqueur anonyme de Silos (n. 73, 74) entre dans de curieux détails sur la tactiqne suivie par les chrétiens aux jours des invasions musulmanes : «Si aliquando hostis solito formidolosius irruerat, relicta planifie ad civitatcs et

castella in intervallis montium sita currebatur. Ad hoc

algoris, et laborum utcumque patientes, et arreptisle-

vioribus armis, per colles et opaca sylvarum loca pedientes

serpiendo, ex improviso castra hostium conturbabant

succincti et leves, statim ut res postulabat, in diversa ra-

piebantur, etc. » L’auteur, il est vrai, ne parle ici que des Gantabres, mais le récit précédemment cité du chroniqueur d'Albelda, rapproché des prescriptions édictées parles fueros de Najera (p. 263, not. 5) et de Jaca [infra, not. 2), montrent qu’à peu de chose près on usait de la même tactique devant des forces supérieures dans toutes les provinces chrétiennes.

2. « De apelitis (syn. espagnol de la noudba ) ita statuimus : cum homines de villis, vel qui stent in montanis cum suis ganatis audierint apclitum, omnes accipiant arma, et dimissis ganatis et omnibus aliis suis faciendis, sequantur

apelitum et unusquisque liomo ex illis qui tardius secuti

sunt apelitum, et quem magis remoti precesserunt, pectet très solidos, et ex illis duodecim denarii sint Domini regis, duodecim sint Domini villæ, et duodecim alteri sint de illis junctariis (i. e. de illis qui promptius se junxerunt ad apelitum). » Alphonse 11 d'Aragon, confirm. des FF. de Jaca (a. 1187); Munoz, p. 244.

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

malades, aux étrangers, aux voyageurs ou enrichissaient de donations nouvelles ceux qu’avait déjà ouverts la libéralité de leurs prédécesseurs.

Dès l’an 1045, Najera, alors résidence royale, possédait le sien que dotait la reine Dofta Estefania, et auquel le roi de Castille Alphonse VIII faisait quelques années plus tard de nouvelles largesses L’antique et glorieuse capitale du royaume de Léon ne pouvait rester longtemps en arrière. En 1084, Pélage, évêque de cette ville, ému des souffrances et des privations de la portion la plus déshéritée de son troupeau, construisit en face et sur les propriétés de sa cathédrale une maison d’hospitalité, où les pauvres, les languissants, les infirmes (aveugles, boiteux et muets), les pèlerins et les étrangers trouvaient, donnés au nom de Dieu, le vivre, le couvert, le repos et, s’ils étaient malades, les soins nécessaires jusqu’à leur parfaite guérison, à la seule charge de prier pour le roi, l’évêque et tous les clercs de son église2. Certes, en ce qui concernait le fondateur et le'roi, ces prières étaient bien méritées; car c’est à leurs libéralités combinées que le nouvel hospice devait sa dotation formée tout entière de terres et de redevances distraites du domaine royal et de celui de la cathédrale3. Le successeur de Pélagie sur le siège de Léon compléta l’œuvre de son prédécesseur. Il reconstruisit hors de la ville et près des remparts l’albergaria de Sainte-Marie, soit parce que l’édifice primitif, ne suffisant plus aux besoins toujours croissants, ne pouvait dans sa situation première, au cœur de la cité, recevoir les agrandissements nécessaires; soit parce qu’il ne s’y trouvait pas établi dans des conditions désirables de salubrité. Il fit plus encore: détachant du patrimoine de son ég’lise un grand nombre de nouveaux domaines ou de redevances, il en g’rossit la dotation hospitalière constituée par son saint prédécesseur, qu’il n’estimait pas assez opulente4. Alphonse VI prêta en cette circonstance le même concours à

1. Cf. Ycpes, VI, pag. 464 et 467 verso. Dans la donation de la reine de Navarre, la maison des pauvres de Najera est appelée albergaria, et alvergia dans le privilège du roi de Castille.

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