‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 242 sur 335 · Alphonse VI déclare franchement que, par la charte · texte numérisé non relu

Alphonse VI déclare franchement que, par la charte

de fueros octroyée aux habitants de Logrono et de Miranda del Ebro, il s’est, proposé de leur enlever tout motif et toute envie d’émigrer ailleurs. Cf. Munoz, p. 335 et 344. Ce même prince déclare autre part (ibid., p. 257) que, s’il étend à tout le district de Burgos les droits et privilèges concédés à cette ville, ce n’est pas seulement au profit de la population agricole qui l’habite actuellement, mais aussi de tout colon étranger désireux dé se dérober aux trop lourdes charges qui pèsent sur lui. Alphonse Ier d’Aragon donne à Saragosse ses fueros afin qu’elle soit bien peuplée (M. p. 451).

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ou meurtriers, débiteurs insolvables ou paysans trop foulés par un maître exigeant, sont accueillis avec un empressement égal. C’est tout au plus si, sur quelques points, on repousse les esclaves fugitifs connus comme tels, et encore cette exception est-elle bientôt limitée aux seuls esclaves musulmans1. A chacun d’eux on assigme d’ordinaire un lot de cinquante arpents 2, pris sur la portion inoccupée des immenses domaines, récompense de la bravoure déployée sous le drapeau chrétien aux jours de la reconquête 3, ou don de la pieuse munificence des premiers conquérants 4. La perpétuelle possession lui en est garantie moyennant le paiement annuel d’une redevance en nature ou en argent, toujours assez modique pour laisser au défricheur la plus larg’e part des fruits de son travail \ Aucune autre charge réelle ou personnelle, impôt, péag’e, corvée, n’est imposée aux peones de la campagne et de la ville 6. Le service militaire, lui-même, si nécessaire qu’il soit à la dé-

fense et à la complète libération du pays, n

1 . « Si quis igitur infra hos terminos (de Valpuesta) pro aliquo liomicidio vel culpa confugerit, nullus inde audeat abstrahere, sed salvetur ibi omnino. » Alphonse le Chaste, Fueros de Valpuesta (a. 804), Munoz, p. 13. Voir aussi : Fueros de Rezmondo , par le comte Fernand Gonzalez (a. 969), Berganza, escr. 63 ; Alphonse V, Fueros de Leon (a. 1020), art. 20, 21 dans Munoz; Fueros de Villavicencio (vers 1030), Escalona, escr. 72. apend.; don Garcia, roi de Navarre, Fueros de Santona (a. 1042), Munoz, p. 190; Ferdinand Ier de Castifle et de Léon, Fueros de Santa Gristina (a. 1062), ûl., ibid., p. 222; id., Fueros de Santa Maria de Tera (a. 1063), ibid., p. 227; Alphonse VI, Fueros du district de Burgos (a. 1073), ibid., p. 257; Sancho le Grand, Fueros de Najera (entre 1001 et 1035), ib., p. 292; Sancho Ramirez, roi d’Aragon, 'Fueros de San Juan de la Pena (a. 1090), ib., p. 325; Alphonse le Batailleur, roi d’Aragon, Fueros de Belchite (a. 1116), ib., p. 413; Fernand Mendez, gouverneur ( Potestas ) de Bragance, Fueros de Numào (a. 1130), Mon. Portug., p. 369. L’article de ces fueros qui ouvre à tout immigrant un libre asile est répété dans les fueros portugais postérieurs de Freixo, de Trancoso, de Linhares, de Mos, de Moreira, de Marialva , d ’Aguiar, de Celorico, de Gouveia, de Felgosinho et de Valhelhas , qui tous , y compris ceux de Nurnâo, sont la reproduction pure et simple des Fueros de Salamanque (Mon. Port.); Alphonse le Batailleur, Fueros de Caseda (a. 1129) et de Calatayud (a. 1131), Munoz, p. 474, 475 et 459. — - Aux deux exceptions signalées dans le texte, dont la première n’est, inscrite que dans les Fueros de Leon (art. 21, 22), et la seconde dans ceux de Santa Cristina , il convient d’ajouter l’exclusion donnée aux voleurs par les fueros de Najera (M. p., 292), et aux ravisseurs de la femme d’autrui par tous les fueros portugais cités plus haut.

2. Lorsque, entre le colon ou ses héritiers d’une part, et de l’autre, le seigneur ou ses héritiers, il s’élevait une contestation sur la contenance de la concession primitivement octroyée, et qu’il n’existait aucun moyen juridique d’en constater l’étendue, le juge la fixait d’office à cinquante arpents. Cf. Forum Iudicum, 1. X, tit. I, 14. Cette loi est reproduite dans l’ancienne version officielle du code wisigoth en langue vulgaire sous Ferdinand I.

3. Sur la prise de possession ( presura ou pressura) de terres en pays conquis par ceux qui avaient accompagné le roi ou chef de guerre dans son expédition et combattu sous son drapeau, voir deux chartes portugaises des ix° et

est obligatoire pour cette partie cle la popu-

xe siècles (Monum. Portug., escr, 5 et 6, a. 880? 920?). Elles offrent ceci de curieux, qu’elles sont les seules chartes hispano-latines où il soit question du drapeau, et où celui-ci porte le nom arabe d 1 Albende, qui ne se rencontre nulle part ailleurs. Cf. Dozy, Gloss., v° Albenoa.

4. Les divers recueils cités dans les notes précédentes sont remplis de pareilles donations. 11 nous suffirait donc d’y renvoyer le lecteur. Voir toutefois encore Mon. Portug., escr. 25, Esp. sagr., XVH, escr. I ; XVIII, escr. 5, 8, etc., etc.

5. Voir, outre les fueros auxquels j’ai déjà renvoyé le lecteur, les conditions faites aux colons par les fueros de Lugo (a. 841), Esp. sagr., XL, escr. 16, p. 376; de Melgard’en-Haut (a. 970), Munoz, p. 27; de Villanueva (a. 1032), ib., p. 103, etc., etc. De ses colons de Longares, l’évêque de Najera recevait annuellement et par famille, en 1063, un pain, un agneau, une poule, une mesure d'orge et neuf journées de travail (Fueros de Longares, ib., p. 230, 231). Ceux de Caslrojeriz, plus favorisés encore, n’étaient tenus, en vertu de leurs fueros de l’an 974, qu’à trois journées de travail agricole et une de charroi (ibid., p. 38;. Le seigneur ou maître du sol devait, pendant ces jours de prestation, nourrir bêtes et gens employés à son service. Cf. Fueros de Leon (art, 27), de Villanueva (Munoz, p. 184), de Villavicencio (ib., p. 172), de Santa Gristina (p. 222), etc., etc.

6. Cette exemption de toutes charges autres que celles ressortant delà redevance annuelle ou du service auquel le colon est tenu envers le seigneur du sol est inscrite dans tous les fueros. Citons un des plus anciens ( Fueros de l’Église d’Oviedo, a. 857, M., p. 22) : « Omnis etiam homo habitans in hereditate Sancti Salvatoris tam servus quam liber, non faciat aliquid fiscale servitium regis; non reddat aliquid pro homicidio quod non fecerit; non rausum [rapt] quamvis fecerit, non fosataria (Munoz, fosocaria male), non carnicerias, non sigillum positum ( droit de scel et de scellé) .. non portaticum (droit de péage) in officinis salinarum, aut. in piscationibus fluminum vel maris. » L’unanimité des fueros sur ce point et l’extension de ces mêmes fueros à tout le territoire espagnol eurent pour résultat de ne plus laisser guère subsister que le nom de ces charges fiscales, legs probable de la vieille monarchie de Tolède à la monarchie naissante d’Oviédo. On en trouvera l’énumération à peu près complète dans les fueros octroyés à Javilla et à Rezmondo par le grand comte de Castille Fernand Gonzalez (Munoz, p. 25, 26 et 34) ; à Valpuesta par Alphonse le Chaste (ibid., p. 14, 15); à l’église d’Oviedo, etc., etc.

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lation qu en des circonstances extraordinaires, ou pour un temps si court qu il en devient presque dérisoire. Un jour ou deux par an, trois jours au plus, parfois une seule matinée, telle est la part des peones dans l’impôt du sang*; aux caballeros et aux hommes de bonne volonté, moyennant solde et part du butin, à payer le reste1. Se plaît-il dans la résidence qu’il s’est choisie ou que ses pères lui ont lég’uée, le colon y vit en paix des fruits de son travail, sous la protection de magistrats et d’administrateurs presque toujours de son choix, et à la juridiction desquels nul n’a le droit de le soustraire2. Malheur au reste à qui l’essayerait. Au premier bruit d'une pareille agression, toute la population court aux armes, pourchasse les ag’ents du pouvoir étranger violateur de ses privilèges, les tue comme des chiens quand elle parvient à les saisir, et, s’ils lui échappent, pille et dévaste sans miséricorde les domaines et la demeure de celui qui les aurait envoyés, quel que soit son rang* ou son autorité 3. C’est là un droit qu’elle tient de ses fueros, une obligation qu’ils lui imposent. Elle se garde bien de les oublier, et ne permet à qui que ce soit de les

1 . Sur l’exemption complète de service militaire (F onsado, Fonsctdera, Arcato, Annudba), lire les fueros de Valpuesta, de Branosera, d 'Oviedo, AeRezmondo, de Covarrubias , de Villafria, de Miranda et de Logrono déjà cités dans les notes précédentes; auxquels on peut joindre ceux d 'Arlanza (Yepes, I, escr. 31), de Javilla, iVIriezo, d'Arcos, de Soldano et A'Orbanella de Picos ( Berganza, escr. 26 . 70, 81 , lt 4, 11 4 bis, 115), A'Anca ( Esp . sagr., XXVI, escr. 5), de Nnmâo (Mon. Port., p. 368), de Seia ( ib ., p. 371), etc., etc. — Le service est limité: 1° à Vapellido, avec exclusion complète du fonsado (expédition au dehors), mais sans détermination de durée, par les Fueros d’Avila , reproduits dans ceux d’Evora, A’Abrantes, de Corüche, de Palmella, de Covilhan , de Centocellas et de San Vicente de Boira (ib., p. 392, 418, 426, 430, 436. 487, 494); 2° à un jour, chaque année, par les FF. de Longares en Espagne, de Penella, de Guimarâes et de Constantim en Portugal (ib. , p. 346, 350, 332); 3° à deux jours par les FF. de Léon (a. 27); 4° à une seule matinée, par ceux de Santa Cristina ; 5° enfin à trois jours, par les Fueros de Jaca, de Tudela (Munoz, p. 241, 418), de Cernancelhe (Mon. Port., p. 364), etc., etc.

2. Parmi les fueros, les uns stipulent explicitement que les juges seront élus, ou ne rendront leurs jugements que d’accord avec un certain nombre d’assesseurs, que leur adjoint le libre suffrage des habitants; tels sont ceux de Covarrubias (Munoz, p. 49), de Sepulveda, de Belorado, d'Escalona(ib.,\>. 284, 411, 486), de Guimarâes, de Constantim , de Cernancclhe, de Satào, de Penella (Mon. Port., p. 350, 352, 363, 335 et 371); les autres le décident implicitement en renvoyant toutes les causes litigieuses aux alcades ou au conseil ( concejo ) qu’on sait avoir été électifs. C’est ce qui est réglé par les FF. de Najera, de Miranda (Munoz, p. 264, 349, 350); mais tous excluent toute intervention de juges ou fon ctionnaires é tran gers .

3. Voir : 1° quant à l’obligation pour la communauté de repousser toute agression, le serment imposé aux habitants de Tudela et de Saragosse (Munoz, p. 421, 453). et le trèsremarquable passage AesFueros de Castrojeriz, que je reproduis ici avec les corrections rendues nécessaires par l’étrange corruption du texte de Munoz (p. 39): « Dédit adlmc alio foro, ut, si alios homines pignorent ganatum de Castro, adplegent se usque ad octo dies caballeros et pedones, et vadant post ilia pignora, et dirumpent palatios et villam de comités et principes, et saccent sua pignora inde. El sic fe-

cerunt homines de Castro. » En écrivant ces derniers mots, Yescribano de Castrojeriz ne vantait pas ses concitoyens aux dépens de la vérité : nous en aurons bientôt la preuve. 2° Quant au droit de tuer le juge ou le fonctionnaire qui essayait de faire acte de juridiction sur le territoire d’autrui, il est inscrit dans la plupart des fueros, à partir des plus anciens, tels que ceux d 'Oviedo, donnés en l’an 857 (Munoz, p. 22), de Melgar-d' en-haut, en 950 (ib., p. 28), de Rezmondo, en 969 (ib., p. 34), etc., etc. On en usa au besoin sans miséricorde, et avec pleine approbation de l’autorité suprême. Écoutons sur ce point nos amis de Castrojeriz :

« In tempore illo, venit merino de ilia infante Domna Urraca (la sœur bien-aimée du roi Alphonse VI de Castille), et accepit ipsa pignora, et misit ilia in palatio de ilia infante, in villa Icinaz; et fuimus post ilia, et rumpimus villa et palatio, et bibimus illo vino quantum potuimus, et illud quod non potuimus bibere, dedimus de manu per terra. Et venit ilia infante cum querimonia ad illo rege suo germano, et confirmavit nostro foro. » Et plus haut : « Fuimus post uno pedrero (recors) et abscondit se in illo palatio de rex Ferrandus (Ferdinand I, pcre d’Alphonse VI) in Astudiello, et disrumpimus illos palatios et matamus inter ( intra ou intus) illo pedrero... et venit Ordon Ordonez qui tenebat Palentia, et fecit querimoniam ad regem Domino Ferrando, et autorisavit nostros foros. » ( Fueros de Castrojeriz, Munoz, p. 40.) Cette revendication armée et légale d’un droit méconnu est, aux yeux de l’honnête Munoz (p. 39, note 9), une preuve, sans réplique du règne de la force et de la violence dans l’Espagne du haut moyen âge. Ce langage est singulièrement plaisant dans la bouche d’un des enfants de cette Espagne contemporaine où chaque année amène un pronunciamento, non pour défendre le droit, mais pour le violer effrontément. Et puis, est-ce que, au sein des sociétés les plus calmes et les plus policées, la justice n’a pas sous la main pour se faire respecter au besoin la gendarmerie ou la maréchaussée? La milice de Vapellido était Tunique maréchaussée delà vieille Espagne. Elle réprimait sans frais tout désordre et toute violence; elle les réprimait en outre si énergiquement, que huit ou dix exécutions du genre de celles dont on vient de lire le récit, suffirent à maintenir les habitants de Castrojeriz dans la paisible possession de leurs droits et de leurs privilèges pendant près de trois siècles, de 974 à 1234. Puis, l’approbation de Ferdinand Ier vaut bien le blâme de M. Munoz.

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mépriser ou de s’y soustraire1. Vient-il au contraire en pensée à ce même colon de chercher fortune ailleurs, il en est le maître. Quand il s’est présenté, on Ta reçu et traité en homme libre; c’est en homme libre qn’on le traite à son départ. Qu’il aille où l’appellent son goût, son caprice ou son intérêt : la terre est grande et tous les chemins sont ouverts. On ne s’inquiète pas plus de savoir où il va, qu’on ne s’est informé jadis d’où il venait; il est libre : Vaya con Bios 2 ! Non-seulement aucun obstacle ne se dresse devant le colon tenté d’émigrer ; mais certains fueros lui accordent huit jours pour déménager et le droit, s’il ne possède pas de bêtes de somme, d’user gratuitement de celles du manoir pour le transport de son mobilier3. Libre de sa personne, il l’est aussi de ses biens, dont il peut disposera son gré par vente, donation ou testament, à la condition toutefois, s’il s’agit d’un immeuble, que le nouveau possesseur, à titre onéreux ou gratuit, se soumette aux charges fiscales et aux services dont l’immeuble est grevé et qu’acquittait son prédécesseur4.

Ces libertés et immunités de tout g'enre, si généreusement octroyées aux défricheurs des terres reconquises sur les Arabes , amènent graduellement l’extinction du servage ou colonat forcé, auquel la plus grande partie des populations agricoles était condamnée en Espagne sous les empereurs romains, sous les rois goths de Tolède et, dans les Asturies, le nord de la Galice, de Léon ou de la Castille, sous les premiers rois de Cang’as et d’Oviedo. La servitude proprement dite, celle du moins qui pèse sur des chrétiens, disparaît également de ces anciennes provinces de la monarchie asturienne. C’est là une conséquence nécessaire du nouvel état de choses inauguré dans les territoires récemment ouverts à la colonisation espagnole. Nul autre moyen de retenir sur le sol qu’ils cultivent les colons serfs ou esclaves que de leur octroyer gTacieusement les libertés et les immunités qu’ils seraient tentés, si on les refusait plus longtemps, d’aller chercher dans les colonies du border méridional. Les garder de force sous le joug est simplement impraticable. Comment river au champ qu’il veut quitter le laboureur qu’une course nocturne de quelques heures met hors de toute atteinte en le transportant, lui, sa famille, et son bétail, s’il en a, sur un domaine étranger largement ou-

1. Au cri d’appel ou d'alarme ( apellido , annuclba ), poussé sur tous les points du territoire envahi par l’ennemi ou par les agents judiciaires d’un autre district, la population valide devait tout abandonner et courir aux armes ; le refus de concourir à la défense commune, ou même le simple délai à se rendre au cri d’appel est rudement châtie : « Debent venire in nostro apellido tota ilia alfoz; et una vice noluerunt venire de Melgar ad Melgar, et plegamus nos totos, et fuimus ad illos, et fregimus illas villas, et venerunt ad nos. » Fueros cle Castrojeriz (p. 41).- — Cf. FF, de Sepulveda, de Caparroso , de Sahagun , confirm. des FF. de Jaca (Munoz, p. 294, 392, 1 70, 244); et en Portugal, FF. de Lcirena, de Freixo, d ’Urros , et toute la nombreuse série des reproductions portugaises des fueros espagnols d’Avila et de Salamanque dans les Monumenta Portugaliæ.

2. La liberté personnelle des colons et pobladores leur est solennellement octroyée par l’immense majorité des fueros espagnols ou portugais à partir de la seconde moitié du x° siècle. V. FF. de Javilla (Munoz, p. 23), de Castrojeriz ( ib p. 37), de Villavicencio (p. 171), de Villanueva (p. 183), de Villa fria (p. 206), de Sejuola (p. 221), de Saint- André (p. 232), de Saint-Anaclet (p. 233), de Alquezar (p. 248), du Bourg-Neuf de Alquezar (p. 234), de Sepulveda (p. 283), de Voile (p. 332), de Logroho (p. 333), de Barbastro

(p. 335), des Mozarabes de Tolède (p. 361), de. Caparroso

p. 390, 391), de Santa Cara (p. 394), de Tudela (p. 418), de

Caseda (p. 474), de Borovia et d ’Artasona (p. 512), de Peralta (p. 546), de Guimarâes (Mon. Port., p. 351), etc., etc.

3. « Homo cpii se voluerit ire ad alia villa, quomodo vaziet sua casa ata vm dias; et si boves non habuerit, vadat ad illos de palalio, et mutet sua causa cum illos, et tornet illos ad locum suum. » Ferdinand I , Fueros de Santa Cristina (Munoz, p. 222). Voir aussi l’ampliation et confirmation de ces mêmes fueros par Alphonse IX de Léon (ib., p. 225), et les fueros concédés au bourg de Valle par le comte Raymond, gendre d’Alphonse VI (ib., p. 332).

4. Cette libre disposition des biens meubles ou immeuest assurée aux colons par le plus grand nombre des cartaspueblas et fueros d’Aragon, de Navarre, de Castille, de Léon, de Galice et de Portugal précédemment cités et auxquels je renvoie le lecteur. Les restrictions, très-rares d’ailleurs, apportées à ce libre droit de vente ou de donation, ont pour but la sauvegarde des intérêts du propriétaire primitif ou seigneur du sol : 1° par le droit de préemption stipulé en sa faveur, mais à un prix qu’il ne lui appartient pas de fixer arbitrairement (FF. de Leon, art. 25, de Villavicencio, d’Orense, dans Munoz, p. 67, 172, 176, 500); 2° par l'exclusion de certaines catégories d’acquéreurs (Fueros épiscopaux d’Orense, M., p. 500), ou de vendeurs (Concile de Léon, can. 7, texte non interpolé de l’Académie, Cortès... de Leon, 1, p. 3); 3° enfin, par son consentement à la vente, préalablement requis (FF. de Villafria, M., p. 204).

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vert à tout venant? Comment le poursuivre et le ressaisir dans l’asile qu’il s’est choisi, asile inviolable de droit, grâce à ses fueros particuliers, et de fait, par la résistance obstinée et toujours victorieuse de ceux qui l’habitent à toute intervention ou agression du dehors? Il n’est gmère plus pratique d’introduire dans les fueros ou cartas-pueblas dont on est l’auteur, une clause interdisant à ceux en faveur desquels on les octroie d’accueillir sur les terres qu’on leur concède les colons du donateur. A quoi bon une porte fermée, lorsque huit ou dix autres dont on n’a pas la clef restent constamment ouvertes ? Aussi n’ai-je rencontré qu’un seul exemple de prohibition de ce g’enre h Toute réflexion faite, mieux vaut donc user, au nord de l’Espagrie chrétienne, de ces g-énéreuses concessions dont le midi est si prodig*ue. C’est le parti auquel on s’arrête généralement; et, ce parti une fois adopté, on y reste constamment fidèle. On s’eng’ag’e même si avant dans cette voie de larg*es concessions que, l’émulation aidant, on en vient sur certains points à donner carte blanche aux colons ou pob la dores, leur octroyant d’avance toutes les libertés, les exemptions et les privilégies qu’il leur plaira d’inscrire dans le texte des fueros dont on leur confie la rédaction1 2. En somme, dès la fin du x° siècle, le servag’e n’existe plus qu’à l’état d’exception infime dans toute l’étendue des royaumes espagmols du nord-ouest; si même il y existe3. Quanta l’esclavag*e proprement dit, il n’est gaière représenté dans cette partie de la Péninside que par des nègres et des Sarrasins enlevés en pays arabe4.

Dans ces conditions d’existence libre et facile, le paysan espagnol que la paresse n’éloigmait pas du travail, ou qui par son inconduite n’en gaspillait pas follement les fruits, était, comme je l’ai dit plus haut, à l’abri de la pauvreté. Il pouvait même, — et les documents historiques du temps en contiennent la preuve, — amasser assez de richesses pour être tenté

1. « Damus licentiam populandi, tamen non de meos hommes et de ineas villas, sed de hommes excussos et de alias villas (et omitt. mihi videtur), et undecumque potueritis, et sint libcri et ingenui ab omni foro malo. » Comte Fernand Gonzalez, Fueros de Javilla (a. 941). Munoz, p. 25.

2. « Facio vobis hanc cartam, domines de Peralta, sive infanzones, sive villanos, sive Francos... propter que popletis sursum in ilia penna. Facio vobis ingenuos, et francos de todos usaticos malos et azoforas ( corvées , ltozy), et de peitas malas, que non habeat super vos... Insuper dono vobis illo foro qualecunque vos volueritis et eligeritis, et scripseritis in vestra carta. » Garcia Ramirez, roi de Navarre, FF. de Peralta (a. 1 144); Munoz, p. 456.

3. Le doute que ,je viens d’exprimer persiste en dépit des documents allégués d’ordinaire pour établir l’existence du servage 'à l’époque dont nous parlons. 11 se fonde sur les considérations suivantes: 1° dès la fin du xe siècle, les expressions servus, servitium, conditio servilis, servire n’ont plus par elles-mêmes, et indépendamment du contexte, le sens précis et rigoureux de serf, d'esclave, de servage ou de servitude. On voit, en effet, le même document déclarer libres et ingénus les colons qui, peu de lignes plus bas, sont dits être à jamais les servi de telle église ou de tel seigneur; c’est-à-dire que, libres de leurs personnes, ces colons sont tenus à servir annuellement au propriétaire du sol qu’ils occupent la redevance convenue. V. FF. de Villanueva (a. 1032) et de Sojuela (a. 1039) dans Munoz, p. 183

et 221 ; de Guimaràes (a. 1096), Mon. Port., p. 341; 2° la vente ou la donation de familles et d’individus en même temps que des terres où ils sont établis, ne signifie le plus souvent que le transfert à l’acquéreur ou au dona-

taire par le vendeur ou le donateur, du droit aux redevances et aux services dus par les colons exploitant librement le domaine aliéné, tant qu’il leur plaira de le cultiver. Le passage suivant des Fueros de Saint- Anaclet (a. 1063) confirme tout ceci d’une façon péremptoire : « Non habeatis super vos aliud pondus, nec aliud onus, nec alio nullo pacto ad ipse dominator qui dominatus fuerit, nisi de cunctis frugibus quos ocupaveritis concedatis illo decimo... de omni alio pacto ingenui ac liberi inveni vos, et quemadmodum emi vos de manu Sancionis regis, volo ut sitis ingenui vos et filii vestri. » (Munoz, p. 233); 3° la production d’un inventaire ( cobrinello ) où figurent des familles de paysans avec désignation du service spécial auquel chacune d’elles est appliquée, ne’ tranche pas la question. 11 faut encore démontrer que ce service n’était pas libre, et la conséquence d’un contrat librement passé et rescindable à volonté ; tel, en un mot, que ce curage annuel d’une portion déterminée du canal d’irrigation appartenant au monastère de Saint- Martin, dont, en 959, se chargèrent librement les habitants de Villa- vascones, en échange d’une prise d’eau consentie à leur profit par l’abbé et les moines (Berganza, escr. 52).

4. Il est question d’un esclave nègre dans la vie de saint Rudesinde ou Rosendo ( lib . U, cap. i, n. 2). Les esclaves mores sont mentionnés bien plus fréquemment. Cf. Esp. sagr., escr. 15, t, XXXIV (a. 950); escr. 23, t. XXXVIII (a. 976), Yepes, V; escr. 22 (a. 978), etc. Les Fueros de Jaca (a. 1064) ne supposent pas qu’il existe d’autres esclaves ; puisque, dans l’article destiné à régler les aliments de l’esclave saisi et détenu en prison par le créancier de son maître, il n’est parlé que de musulmans de l’un et de l’autre sexe (Munoz, p. 238).

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE. 263

cle s'égaler aux cabalieros en se refusant aux charges dont ceux-ci étaient exempts, et pour céder à la tentation h

Cette prospérité et cette aisance des classes agricoles en Espagne au xe siècle est d’ailleurs, indirectement sans doute, mais très-clairement attestée par les chroniqueurs arabes cités et résumés dans la savante histoire de M. Dozy. Ces écrivains racontent que, en l’année 982, lorsqu’Almanzor inaugurait la longue série de ses terribles et victorieuses expéditions contre l’Espagne chrétienne, l’avant-garde de son armée détruisit, dans un seul district du territoire de Zamora, un millier de villages « presque tous bien peuplés et remplis de cloîtres et d’égdises1 2 ». Or ce territoire, formant depuis près d’un siècle l’extrême frontière du Léonais, avait dû, pendant cette longue période d’années, être le théâtre ordinaire et la victime des razzias musulmanes ; si donc, après quatre-vingts ans d’hostilités à peine interrompues par de rares et courtes suspensions d’armes, le border espagnol offrait le spectacle inattendu d’une nombreuse et riche population, combien plus riches et plus peuplées encore devaient être les campagnes de l’intérieur, où depuis si longtemps l’ennemi héréditaire n’osait plus pénétrer! L’état florissant des frontières léonaises au début des campagnes d’Almanzor, prouve aussi, — soit dit en passant,— que les expéditions antérieures des sultans ou des califes de Cordoue dans les royaumes chrétiens ont fait plus de bruit dans les chroniques arabes que de mal en réalité 3. Aucune d’elles ne porte la plus légère atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne chrétienne telle qu’Alphonse le Grand l’a constituée, aucune ne peut compromettre sérieusement sa prospérité. Les pompeux récits que nous ont laissés les historiens (toujours quelque peu conteurs) du califat espagnol, sur les guerres de leurs souverains contre Léon ou la Castille, me paraissent donc être à la vérité vraie ce qu’est une tapisserie plus ou moins élégante au maigre canevas qu’elle recouvre et dissimule.

Le fait, étrange à première vue, que nous ont révélé les annalistes d’Almanzor s’explique facilement à la réflexion. Toutes les précautions que l’expérience peut suggérer étaient, en effet, prises d’avance, pour déjouer la cruauté et la rapacité des musulmans, qui pénétraient en armes dans les provinces chrétiennes. Non-seulement les villes, mais les bourgades de quelque importance, étaient ceintes de bonnes murailles qui les mettaient à l’abri des coups de main, seul danger qu’elles eussent à redouter d’ennemis encore étrangers aux pratiques de la grande guerre, et plus avides de butin que de conquêtes. C’étaient donc là autant de refuges toujours ouverts, et rarement forcés4. De plus, et dès la première apparition des musulmans sur les frontières, les cavaliers de la noudba parcouraient à franc étrier le district menacé, en poussant le cri d’appel aux armes5. A ce signal bien connu, les hommes

1. Voir ce qui est dit, en l'année 1045, des clercs vilains établis sur les terres de l’abbaye de Cardena dans les Fueros de Villafria (Munoz, p. 206, 207); et la sentence rendue contre une paysanne de Terrero par l’évèque don Sancho et le seigneur de Biscaye en l'an 1040. [Ibid., p. 157, 158.)

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