Gonz. de lîerceo, San Domingo de Silos, copl
7. « In Scalabi castri menia... perductus est (Martinus). Ingressus est itaque sua sponte, nulle cogente, in borribile et fetidum carceris ergastulum ubi ebristiani compedibus tenebantur adstricti ; tanta animi diligentia erga christicolas et fidei consortes in eo crat! etc. » Salvatus, Vit. S. Martini Sauriensis, n. 1 1 (ill. P., p. 62).
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
nom du Christ la liberté que ces malheureux allaient par une déplorable confusion perdre sans retour, et à laquelle ils avaient comme chrétiens un droit imprescriptible. Sa demande est aussitôt accueillie. Mais il ne suffît pas au saint homme d’avoir soustrait ses nouveaux clients à la servitude dont ils étaient menacés, il pourvoit en outre à tous leurs besoins avec une paternelle sollicitude pendant plusieurs années1. L’Espagne chrétienne du haut moyen âge a donc fait bien réellement ce que la légende raconte du Cid Campeador : comme Rodrigue avec le lépreux ramassé sur le chemin de Compostelle 2, l’Espagne castillane ou léonaise partage son gâte, sa table et sa couche avec le pauvre qu’elle recueille sur son chemin. Ici encore, on reconnaît dans la fille les traits de la mère; dans l’Espagne d’Alphonse le Grand d’Oviédo, ou de Ferdinand I de Burg'os et de Léon, cette Espagme gothique, dont les évêques spoliés et proscrits donnent sans hésiter leur dernière pièce de monnaie au mendiant qu’ils rencontrent3; dont les rois consacrent au rachat des prisonniers faits par leurs troupes victorieuses, et au soulagement des misérables, les richesses de leur épargne 4.
L’honneur de cet épanouissement de la charité publique et privée, du développement si complet de la liberté domestique ou civile, et de la prospérité matérielle revient tout entier, — ne craignons pas de l’affirmer, — à l’Eglise espagnole. C’est elle, qui, par ses évêques et par ses moines, conservant dans la plénitude de la vie chrétienne, y ramenant au besoin ses enfants insurgés contre l’islamisme triomphant dans la Péninsule, en a fait ce peuple de héros catholiques dont le dévouement à Dieu et à la patrie ne s’est ni démenti, ni même lassé une seule fois pendant les cinq siècles de cette seconde période du haut moyen âge. A peine, en effet, s’est -elle reconstituée, ou plutôt retrouvée dans les Asturies telle qu’elle était à Tolède5, qu’au milieu des désastres de la conquête musulmane, elle reprend la sainte mis-
1. << O rex, inquiens, et cuncti barones qui sancte Matris Ecclesie filii estis, cur fratres vestros vobis in servos et ancillas subjugatis? Peccatis super hoc Domino vestro. Cumque prout clebuit, compendiose tamen, eosallocutusfuisset... rex et cuncti bellatores totum illud genus hominum... coram eo liberum abire permiserunt... Igitur... liberatis a servitute plus quam mille bominibus, exceptis uxoribus et parvulis, quicumque de gente ilia Colimbrie esse voluerunt, locum habitandi circa monasterium Sanctus dédit, eosque per annos plurimos de annona monasterii pavit, utpote imbecilles et légitima terre ignorantes. » Anon. Vit. S. Thcotonii, n. 17.
2. Voir cette légende dans Berganza, 1, p. 406, et dans Piisco : La Castilla y el mas famoso Castellano, p. 83.
3. « Igitur sanctus xir anlistes Masona, tribus tantum de suis secum comitantibus pueris, ad locum destinatum pervenit,, cum quibus eum... exilio in monasterium relega-
runt... Omnia quæ ibidem suis usibus suorumque famulorum habere poterat necessaria pauperibus erogavit... Quædam vidua paupercula... ad eum stipem flagitans advenit. Cum vero vir Dei, qui jam omnia in opus simile consump-
serat... quid ei impertiret... minime reperiret, cepit pueros... deposcere, ut si aliquis eorum aliquid haberct... jam dicta' mulierculæ tribueret. E quibus unus... respondit dicens : Habeo quidem unum solidum, sed si dedero, nihil
omnino unde nobis vel bestiunculæ nostræ ut postmodum emamus, habebimus. Cui xirDomini, ut sine aliqua hæsitatione integrum daret, nihilque sibi ex eo reservaret, præcepit. » Paul. Emerit., VV. Patnim Emerit., XIII, 32.
4. Saint Isidore de Séville écrit du roi Sisebut {Ilist. Goth., ad Æram 630, A. C. 612) :
» Adeo post victoriam clemens, ut multos,
Ab exercitu suo hostili præda in scrvitutem rcdactos, Pretio dato absolveret,
Ejusque thésaurus redemptio captivorum existeret. »
Et précédemment (ibid.. ad Ær. 624, A. C. 386), du saint roi llécarède : « Opes suas in miseris, thesauros suos in egenis recondens, sciens ad hoc il 1 1 Cuisse collatum regnu m, ut eo salubrité r uteretur. « Voir aussi ce que raconte le même historien des libéralités de Svinthila pendant les premières années de son règne («'6., ad Ær. 639, A. C. 621).