Ces désordres et ces crimes sont flétris par les conciles
de Coyanza (can. 4), et de Palencia ( Cortès . de Leon y de
Cast., I, 37). Le premier livre des miracles de saint Rosendo (n. 1 et 10), la vie de saint Géraud, archevêque de Braga (n. 5, 8 et 12), et d’autres documents que j’ai mis ailleurs à contribution ( Études relig., IVe série, t. VI, p. 387- 589), en fournissent d’assez nombreux exemples. Je ne puis renvoyer le lecteur à mon premier travail sur les Espagnols du haut moyen âge sans l’avertir de l’erreur qui s’y est glissée. J'ai, par une étrange distraction, sacré évêque de ma propre autorité ( ib ., p. 595, 396) un fidalgo hispano-portugais, incestueux, proscrit, traître à son pays, mais complètement étranger à l’ordre ecclésiastique.
4. La défense aux clercs de porter les armes faite par les conciles de Coyanza (can. 3), de Compostelle (can. 2) et de Palencia, est la répétition de celle qu’avaient décrétée le premier concile de Tolède (can. 8), le quatrième (can. 45) et celui de Lérida (can. 1). Les conciles de Coyanza (can. 5) et de Compostelle (can. 2) déterminent la science exigible des clercs aspirant au sacerdoce, d’après les règles posées par le huitième concile de Tolède (can. 8). L’interdiction de la maison du prêtre à toute femme, avec exception en faveur des plus proches parentes, est empruntée par le concile de Coyanza (can. 3) et de Compostelle (can. 3) au quatrièmeéoncile de Tolède (can. 42). Lorsque le concile de Compostelle défend par un décret spécial aux officiers royaux et aux juges tout acte d’oppression et d’injustice (can. 5), il ne fait que remplir l’obligation, imposée aux évêques par le même concile de Tolède (can. 32), de protéger le peuple et plus spécialement les pauvres contre tout abus d’autorité, etc., etc.
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
guerres étrangères et de discordes intestines, qui avaient couvert le pays de ruines et de sang1, favorisé la licence des mœurs, jeté le trouble et la division dans les esprits, et rendu ainsi nécessaire l’intervention de l'Église pour rappeler les populations au respect des lois divines et humaines trop longtemps méconnues1. Cette nécessité n’existait pas, ou au moins ne se faisait pas sentir avec la meme force en toute autre circonstance. Aussi voyonsnous les nombreux conciles célébrés dans les cinquante premières années du xe siècle , années de g*loire, de grandeur et de prospérité pour l’Espagne, s’abstenir de toute intervention de ce genre, et se borner, — autant que nous permettent d’en juger les documents contemporains, — à résoudre d’après les anciens canons des cas particuliers de discipline pratique, à réformer les monastères d’où l’observance religneuse est bannie, à sanctionner de leur autorité les fondations monastiques nouvelles, à recevoir communication officielle et à munir de leur approbation les actes de donation consentis par les rois ou les grands du royaume au profit d’églises ou d’abbayes2.
Evidemment les temps et les hommes n’exigeaient pas d’autres soins; car supposer dans l’épiscopat espagnol, illustré à cette époque plus que jamais peut-être par l’éminente sainteté de la plupart de ses membres, l’oubli de ses propres devoirs et des besoins du peuple qui lui est confié, serait faire acte d’injuste témérité, acte contre lequel proteste d’avance la vie toute de dévouement des Froylan de Léon, des Atilan deZamora, des Gennade d’Astorga, des Vimaraise et des Yiliulfe de Tuy, des Gomade de Coïmbre, des Rosendo de Mondonedo et de tant d’autres saints prélats qui fleurirent au x° siècle, figurèrent dans ces synodes, et ne peuvent être soupçonnés d’avoir jamais consenti à jouer le rôle de chiens muets aux heures de péril.
Mais, en dehors de cet enseignement conciliaire donné à titre exceptionnel dans les plus graves conjonctures, il existe dans l’Eg’lise d’Espagne, comme dans toutes celles du monde catholique, un enseignement ordinaire et quotidien qu’évêques et prêtres doivent par la prédication mettre à la portée des simples fidèles. Ce devoir est consciencieusement rempli, après comme avant l’invasion arahe, par tout ce que l’Eglise espagnole compte de ministres vraiment dignes de ce nom. L’histoire, en nous montrant à l’œuvre quelques-uns d’entre eux, nous laisse deviner le zèle et l’assiduité que durent apporter à l’accomplissement de cette tâche tous ceux de leurs frères qu’animait le même esprit. Citons d’abord cet admirable saint Froylan qui, né en Galice, près de Lugo, se retire dès l’àge de dix-huit ans dans la solitude pour s’y livrer aux exercices de la vie érémitique ; puis, appelé à l’apostolat par un éclatant miracle3, consacre plus d’un demi-siècle à l’évangélisation des provinces chré-
1. Concile de Léon, en 1020, après quarante années de défaites, d’invasions et de discordes civiles; concile de Coyanza, en 1050, après vingt années de luttes sanglantes entre Navarre, Castille et Léon, sous Sancho le Grand, Ferdinand I, Bermude III; concile de Palencia, en 1129, après le règne orageux et troublé de la reine dona Urraca, toujours en guerre avec son mari, Alphonse le Batailleur, d’Aragon, et au début du règne réparateur d’Alphonse VII.