Cf. Salvat. Vit. S. Martini Saur., n
6. « Plebem ïgitur sibi commissam catholice lidci régula sepissime instruebat... omnes de pio religionis opéré commonens... O virum nimie curiositatis circa omnes, ne in vitium laberentur, ac si eos omnes parturiret !... Si vero aliquis affmium civitatum vel locorum feminam aliquam fdiamve alicujus, vi eam opprimens, ad id loci quo ipse ( Mar t inus ) morabatur deducebat, ut in hujusmodi assolet extrematuris, vir Dei illico eis obviabat..., vel federc legitlmo, si res poscebat, conjungebat, vel, nisi juxta Canonum décréta suo obtemperarent imperio, eos inde... expcllebat. » Id., ibid., n. 9. — Ou le disciple et l’historien de saint Martin a écrit aussi la vie de saint Théotonio, ou l’auteur anonyme de celle-ci avait entre les mains l’ouvrage de Salvado. Dans les chapitres qui traitent de la prédication des deux saints, et dont j’ai cité de courts extraits, on trouve employés, en effet, non-seulement les mêmes mots, mais les mêmes phrases.
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
par elle à Dieu et à son Christ, l'Espagne trouvera un défenseur héroïque dont le courage ne faiblira devant aucun danger, dont nulle fatigue ne lassera la patience. S’est-elle trompée? L’histoire des Espagnols du haut moyen âge proteste tout entière contre une pareille supposition. Elle nous montre ce peuple, sorti si profondément chrétien des mains de son Eglise, parcourir ses plus glorieuses étapes, dans l’âpre sentier de la revendication armée de son indépendance, précisément aux époques où l’ardeur de sa foi éclate en flammes plus vives, et sous la conduite de ceux de ses rois qui se sont montrés dans leur vie et dans leur mort le plus franchement et le plus fièrement catholiques, Alphonse I, Alphonse le Grand, Ferdinand 1 de Castille, etaudébutdubasmoyen àg’e, Ferdinand III, prince accompli, dont le double héroïsme chrétien et guerrier est l’éternel honneur de l’Espagne, comme celui de son cousin saint Louis est la gloire impérissable de la France1. Il est impossible de méconnaître dans cette coïncidence une splendide réalisation de la promesse faite par l’ Homme-Dieu aux nations aussi bien qu’aux individus : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît2. »
1 ne faudrait pas d’ailleurs oublier qu’en dehors de l’enseigmement donné du haut de la chaire et que l’histoire nous montre exclusivement consacré à la formation du chrétien , bien d’autres moyens de concourir directement à l’œuvre de la restauration nationale s’offrent à l’Eglise espagnole, et qu’elle n’en laisse aucun sans emploi. S’ag'it-il, en effet, de la colonisation des terres enlevées aux Mores, c’est le clergé régulier ou séculier qui se met à l’avantgarde et donne l’exemple. Il défriche, plante des arbres et des vignobles, creuse des canaux, édifie des églises et des monastères. C’est par des moines qu’Oviédo commence3; Sahagun et Car(lena, ces deux célèbres abbayes, sont déjà debout en avant de Léon et de Burgos, à la fin du ixc siècle4, exposées à tous les hasards des retours offensifs de l’ennemi. Nous voyions il n’y a qu’un instant saint Froylan construire ses trois grands monastères dans la plaine de Léon vers la même époque, et au milieu des mêmes dangers. Lorvâo est fondé dans les premières années du siècle suivant à l’extrême limite des récentes conquêtes d’Alphonse le Grand en Portugal5. Les dangers dont je parlais tout à l’heure sont si réels, qu’avant le milieu du x° siècle, Sahagun et Cardena ont été ruinées de fond en coiïible, et deux cents religieux égorgés par les Sarrasins dans le second de ces monastères 6. Il suffit au reste de lire la vie si souvent citée ici même de saint Martin de Saure, et la donation de saint Gennade, pour se faire une juste
1 . M. Dozy n’a pas eu occasion de parler de Ferdinand III. Mais je dois rendre cette justice à l'historien des musulmans d’Espagne, avec lequel j’ai eu parfois le malheur de me trouver en désaccord, que, de tous les .écrivains de ma connaisance , nul, même parmi les catholiques, n’a donné de la vie et de la mort de Ferdinand I un récit aussi vrai, aussi ému, aussi sympathique, et qui fasse plus complètement honneur au héros et à l’écrivain. V. Dozy, Ilist., III, p. 118-128.