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Berceo, San Domingo, copl. 36, cité plus haut

4. « Litteras ac liberales artes faciliter didieit. » Steph., Vit. S. Rudesindi, n. 3.

o. « Cuiu in primo tenere etatis flore litterarum studiis traderer, pre tanti studii sudores, seu virgarum, sicut solet fieriin pueris, percussioue, eis abrenunciarem , locis sil vain ni occultis, ob hoc sepius occultarem... divino nutu magister meus sancti Rudesindi sepulchrum petit, candelam accendit, devis genibus orationem fudit, quatenus... ipse nie... ad discendum cor dignaretur aperire, etc. » Ordono,

S. Rudesindi Miracul., Il, n. 13.

6. « In trivio et quadrivio fuit perfectus. » Cerrat, Vit. S. Isidori, n. 2 (Esp. sagr., IX, apend. 0).

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

Les études grammaticales par lesquelles s’ouvre le trivium ont, en Espag’ne comme ailleurs à cette époque, la languie latine pour objet à peu près exclusif. Il est facile d’en comprendre la cause. Cette languie conserve encore au sein de la société espagnole la position officielle qu’elle y occupait avant l’invasion arabe. Elle est la lang-ue écrite de l’Ég-lise, de l’État, des sciences et des affaires. Décrets des conciles, décisions prises ou jugements rendus dans les plaids royaux, chroniques et biographies, fueros de villes ou de districts agricoles, contrats de toute nature sont toujours rédigés en latin, du vmc siècle à latin du xne. Il n’est pas d 'escribano qui n’ait la prétention d’écrire en cet idiome classique l’acte de vente ou de donation qu’il grossoie rapidement à la requête du noble ou du paysan de son voisinage. Aussi le voit-on assez souvent avertir le lecteur que tel mot qu’il emploie appartient à la langue vulgaire1. Il ne se permet d’ailleurs de pareils emprunts que lorsque sa mémoire rebelle ne lui suggère pas assez promptement le mot latin dont il a besoin, ou quand ce mot n’existe pas2. Mais, dans le commerce ordinaire de la vie, et comme langue parlée, le latin est complètement supplanté par sa fille, la langue vulgaire, la seule qui soit comprise de tous sans exception. Il est si bien réduit au rôle de languie écrite, que, dans le style du temps, témoignages oraux et témoignages en idiome rustique sont des expressions synonymes 3 ; il est si bien ignoré des Espagnols de toute condition qui ne l’ont pas appris par principes, comme nous-mêmes l’apprenons aujourd’hui, que la fille d’un des plus grands seigneurs de la Galice portugaise aux0 siècle, sainte Senhorine de Basto, encore enfant, se fait lire dans

1. « Facimus agnitionem cujusdam intentionis que orta luit inter episcopum Legionense scdis... et inter milites... qui vulgari lingua infanzones dicuntur. «Pierre, év. de Léon (a. 1093), Esp. sagr., XXXVI, p. lxxxi. — « Damus unam ecclesiam sancte Marie vocabulo dedicatam, rusticanoque eloquio de Leva-lorre dictam. >> Alphonse VII (a. 1 120), Yepes, I, p. 3 1 verso (apencl.). — « Judices habeatis quatuor qui vulgo alcaldes vocantur. » Id. , FF. de Balbas (a. 1 13*5), M. p., 314. — « Aliam mandationem que vulgo Regarias nuncupatur. » Alphonse VII (a. 1 154), E. s., xli, escr. 10, p. 313. — - « Inde ad alium limitera que est in loco vidgariter nuncupato el Cerello agudo. » Alpli. VIII (a. 1180), Thomas Gonzalez, Colecc. de Privilégias, Y, p. 94, etc., etc. Parfois, sans nommer la langue vulgaire, on s’exprime, à propos du mot qu’on lui emprunte, de façon à ce qu’on ne puisse se tromper sur sa provenance : « Non habeant super seipsas villas... nullum laborem ex castellis, et nulla expeditione publica que dicitur, Fossato. » Ferdinand I (a. 1039), Berganza, escr. 84. — • « Très phialas quas dicunt rotomas (auj. redomas ). « Pelage, év. de Léon (a. 1073). E. s., XXXVI, p. lx. Il est évident que ces façons de parler répondent à celle qu’employait déjà saint Isidore de Séville en même occurrence : « Impétigo et sicca scabies... banc vulgus sernam appellat. » Étym., I. IV, c. vin, n. 6.

2. Remarquons à ce propos : 1° que les chroniques, vies de saints, actes de conciles et autres écrits de cabinet rédigés à tète reposée, ne renferment qu’un très-petit nombre de mots de la langue vulgaire; 2° qu’en ce qui concerne les actes d’intérêt public ou privé, il faut distinguer entre le préambule, quand ils en ont, et le corps même de l'acte contenant l’énumération des biens meubles ou immeubles, la description des uns, l’énoncé des limites naturelles ou artificielles des autres, etc. Le préambule, qu’il soit emprunté a un recueil de formules, ou, ce qui arrive souvent, composé d avance par le donateur, le vendeur, ou le scribe à

ses ordres, est en latin, latin plus ou moins soigné suivant la qualité des personnes, plus ou moins maltraité par des négligences d’expédition, ou par des erreurs postérieures de déchiffrement, mutilé, plus fréquemment encore, dans les cartulaires, par le désir d'arriver plus tôt au terme d’une tâche ingrate ; mais en latin pur de tout mélange, sinon de tournures, au moins de mots espagnols. Mais dans le corps de l'acte, écrit sous la dictée faite en langue vulgaire par les contractants, les mots empruntés à ce dernier idiome abondent plus ou moins, suivant que le notaire est plus ou moins lettré. Celui-ci, en effet, n’ayant pas le temps de chercher ses mots, laisse tomber sur le parchemin le premier qui vient au bout de sa plume. Voilà pourquoi dans le même acte, à quelques lignes de distance, nous rencontrons tour à tour la dénomination latine et vulgaire d’un même objet ( argentum et plat a, poblador et populator ); parfois même la forme vulgaire se présentera avec sa terminaison propre et sa terminaison latinisée ( majorinus , merino, vierinus; molendinum, molino , molinum ; arrogium , arroyo ou aroio, aroium ). C’est, ainsi encore que, entre des fueros octroyés par le même roi, pour des villes d’une même province ou de provinces limitrophes, mais rédigés par autant d’écrivains différents, les uns abondent en expressions vulgaires, tandis que les autres n’en renferment qu’un très-petit nombre. Comparez par exemple les fueros de Cardena, rédigés par les moines de ce monastère en 1042 et signés de Ferdinand I (Berg., escr. 84), à ceux que donnait vingt ans plus tard ce meme prince au pueblo de Sainte-Christine, près de Zamora (Munoz, p. 222); ceux de Sahagun à ceux de Logrono , octroyés tous deux par Alphonse VI, l’un en 1085, l’autre en 1095.

3. « Non sit ei lice n lia per nullam humane scientie artem, per nullamque rusticum aut scripturarum assertionem, sed moneatur ut desinat taie nefas agere. » Sendamire (a. 1086). Mon. Port., escr. 658.

sa langaie paternelle les vies des saints, dont le texte latin lui est inintelligible C’est évidemment aussi dans la même lang’ue que sa docte maîtresse lui expliquait et commentait les écrits des saints Pères latins et larèg’le de saint Benoît1 2. Ceci nous prouve aussi que cette maîtresse connaissait la lang’ue igmorée de son élève, et, par conséquent, qu’il n’est pas nécessaire de descendre jusqu’au milieu du xi° siècle pour rencontrer en Espagne des femmes se livrant comme les hommes à l’étude grammaticale du latin.

Le grec ne paraît pas avoir été complètement nég’ligè. On en donnait quelques notions dans l’école monastique de l’illustre abbaye de Cardena. Le prêtre Endura et le diacre Sébastien, son disciple, terminaient, le 17 janvier 949, dans le scriptorium de ce monastère, la transcription du Commentaire de Cassiodore sur les psaumes, qui leur avait été commandée et grassement payée par deux bienfaiteurs de Cardena3; or tous deux, l’un à la seconde feuille du manuscrit, l’autre à la dernière, ont écrit deux ou trois ligmes dont le latin se cache sous des lettres grecques4. Je dis quelques notions, parce qu’un pareil enfantillage sent trop son commençant, et qu’il me paraît absolument incompatible avec une connaissance un peu approfondie de la lang-ue dont on fait si naïvement parade. Ramire III de Léon avait aussi reçu de ses maîtres une légère teinture du même idiome. On le devine au soin qu’il prend de se titrer ou faire titrer en grec lui et les siens dans les chartes émanées de sa chancellerie5 6. Si le trivium s’ouvre par l'enseignement du latin, le quadrivium se ferme par celui des mathématiques [aires et appliquées, c’est-à-dire de l’arithmétique, de la géométrie et de l’astronomie. Cette dernière science a toujours été cultivée dans l’Eg’lise, au moins dans celles de ses notions élémentaires dont la connaissance lui est absolument nécessaire pour la fixation annuelle du jour où doit être célébrée la Pâque chrétienne, et pour la rédaction du calendrier liturg’ique. Martin de Dume en Galice, au vi° siècle0, Jean de Sarag’osse et Eugène de Tolède, au siècle suivant, composaient des traités sur ces matières7. Si, dans la seconde période du haut moyen àg’e, à Léon, à Burg’os, ou dans les grandes abbayes de l’Espagme chrétienne, on n’a pas composé d’ouvrag’es théoriques du g’enre de ceux qu’avaient livrés au public lettré des royaumes wisig’oth ou suève les écrivains ecclésiastiques que je viens de citer, on ne peut douter que, sous le coup de la même nécessité, leurs traités n’aient été étudiés, et leurs méthodes appliquées au problème qu’il fallait résoudre chaque année8. Nous retrouvons une autre application des mathématiques, et par conséquent une

1. « Vite sanctorum, ad instantiam ( Senorinæ ), sermoue paterno legebantnr. » Vit. S. Senor., p. 48, col. 1.

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