‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 269 sur 335 · Omnipotens Factor omnium rerum, Rex seculorum · texte numérisé non relu

Omnipotens Factor omnium rerum, Rex seculorum

[fortis.

Qui cum Pâtre et Spiritu sancto intemporalis,

Et coeternus eternaliter régnas;

Qui régis populos, pariterque et régna gubernas,

Gui, candoris ad instar, lumine clarent lilia cœli,

Ante quem terra tremit, cui tartara serviunt, qui rabidas, Magna virilité, frenas mundi,

Marisque procédas ;

Cui visibilia cedunt et invisibilia famulantur, etc., etc. » Dona Urraca, Donat. à l’église de Tuy (a. 1071), E.s., XXII,

escr.

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE. 285

Pères qui ont écrit sur la virg’inité, enfin par celle de la règ“le de saint Benoît que Senliorine avait embrassée1.

Peu importe au reste que nous ignorions à quelle école tel noble ou tel roi en particulier a dû le bienfait de son éducation. Ce qu’il est essentiel de constater et de retenir, c’est que, de tous les grands hommes de l'Espagne chrétienne du haut moyen âgr, il n’en est aucun qui n’ait été d’une façon ou d’une autre élevé par l’Eg’lise : Ordono II de Léon, le digne héritier d’Alphonse le Grand, autant que tout autre. Je n’ignore pas que la chronique contemporaine, connue sous le nom d’Albelda ou de san Millan, affirme ou plutôt semble affirmer le contraire. Mais cette affirmation d’un fait invraisemblable jusqu’à l’absurde, celui d’un roi, le plus ferme et le plus vaillant chrétien de son temps, confiant à un émir musulman l’éducation de son fils âgé de six ou huit ans à peine, n’appartient pas, ne peut appartenir au texte original de cette précieuse chronique. Il est impossible d’y voir autre chose qu’une mensongère interpolation, enfoncée de force comme un coin dans un texte qui n’était pas fait pour la recevoir, et qu’elle brise quant au sens et quant au rhythme, aussi maltraités Lun que l’autre L II y a plus : cette interpolation, qui se trahit elle-même, dénonce également par son contenu, quoique d’une façon moins nette, celui qui doit en porter la responsabilité. Je ne crois pas, en effet, m'écarter de la vraie piste, en attribuant cette malencontreuse addition à l’un des copistes castillans qui reproduisirent notre chronique dans la seconde moitié du xc siècle. Jeter, en recueillant ou fabricant ce conte ridicule, quelques nuages sur l’orthodoxie de l’éducation d’ Ordono II, était, en ces temps de foi ardente et pure, un moyen trop assuré d’attirer la haine et le mépris sur le prince qui réprima si énergique-

1. « Post hec. Yirgo, octavum annum complens, habituai ordinis sancti Benedicti assumpsit..., veneranda nutrix jam palam discipulam instruit , eamque optima disciplina et castigatione érudit, statu tis Régulé sue informât... exponit libros Divi Ambrosii et aliorum sanctorum, et alios ecclesie et ad ejus ordinem pertinentes, ut ipsa facilius sacram Scripturam intelligere posset, etc., etc. » Anon., Vit. S. Senorine, p. 47, col. 2, 48, col. 1. — Cette vie a été rédigée d'après d’anciens documents (et voilà pourquoi je la cite) par un clerc de la fin du xuie siècle au plus tôt. On ne s’expliquerait pas autrement l’étrange anachronisme de l’auteur faisant trôner les rois de Léon à Tolède dès l’an 950. Cf. Ibid., p. 51, col. 2.

2. Un coup d’œil sur le passage de la Chronique d’Albelda, auquel je fais allusion, en dira plus sur les interpolations qu’on lui a fait subir que tous les raisonnements. Le voici, tel que le donnent les copies du xe siècle. Je place au-dessous ce même texte tel que l’avait probablement écrit l’auteur :

« Tune Abdella ipseque (al. ipse qui) Mahomat iben Lupi, qui semper noster fuerat amicus, sicut et pater ejus, ob invidiam de suis tionibus, cui rex fdium suum Ordonium creandum dederat, cum Cordubensibus pacem fecit , fortiamque suorum in hostem eorutn misit. »

(Anon. AlbekL, Chron., n. 180, al. 67.)

« Tune Abdella iben Lupi, qui semper noster fuerat amicus, Sicut et pater ejus,

Ob invidiam de suis tionibus,

Cum Cordubensibus pacem fecit,

Fortiamque suorum in hostem eorum misit. »

Quant à l’impossibilité du fait en lui-même, il me suffira,

pour la faire mieux ressortir, de prouver ici ce que j’ai simplement affirmé dans le texte, l’extrême jeunesse d’Ordono, au moment où l’on suppose que le roi son père aurait chargé l’émir Abdallah de l’élever et de l’instruire. Alphonse J1I, monté sur le trône en 866, à dix-huit ans (Anon. Albeld., Chron., n. 178, al. 61), n’épousa Chimène, princesse de Navarre, qu’après la première campagne des Arabes de Cordoue contre Léon (Sampire, Gliron., n. 49, apud Mon. Sil.) . Cette expédition, d’après ce que nous en apprend un auteur contemporain (Anon. Alb. ubi supra), fut postérieure de plusieurs années (tempore preterito jamque multo) nonseulement à l’avénement de ce prince, et à la révolte du comte de Galice qui le força de chercher un refuge en Castille, mais à la double et victorieuse campagne contre les Vascons qui suivit la réintégration d’Alphonse sur le trône paternel. Il est difficile, en présence de pareils témoignages, de placer le mariage d’Alphonse lit avant l’année 874, huitième de son règne, et ce calcul est confirmé par le moine de Silos, qui met entre le couronnement et le mariage d’Alphonse un égal intervalle d’années (Mon. Sil., Chron., n. 40). Ordono, le second des fils d’Alphonse, n’a donc pu naître avant la fin de l’année 876. Or, c’est six ans à peine après sa naissance, dans l’été de 882, que notre chroniqueur aurait mentionné, comme un fait déjà ancien, la remise d’Ordono à l’émir musulman, apparemment pour lui apprendre à épeler ses premières lettres. Est-ce vraisemblable, surtout dans un roi chrétien tel qu’Alphonse III, devenu, grâce aux doctes leçons’ de ses maîtres asturiens, un des savants hommes de son temps, au dire, — très-authentique cette fois, — du chroniqueur d’Albelda (n. 178, p. 559, col. I, édit. Bcrgauza)?

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

ment les actes d’insubordination de ceux de ses comtes de Castille qui visaient à l’indépendance, et de rendre intéressantes les victimes de son inflexible justice ', pour qu’un patriotisme peu scrupuleux se refusât au plaisir de l’employer. Remarquons d’ailleurs que, le fait en question fût-il prouvé, Ordono, sorti avant sa sixième année révolue des mains musulmanes auxquelles on l’avait, dit-on, confié, n’en aurait pas moins reçu en réalité la même éducation religieuse, littéraire et scientifique que ses prédécesseurs ou ses successeurs. C’est ce que démontreraient au besoin les vertus dont il fut orné : sa bravoure unie à une rare prudence, sa justice, sa miséricorde, sa charité sans mesure envers les pauvres, la sainteté de ses mœurs, et la souveraine honnêteté de son gouvernement ; toutes choses — les qualités guerrières exceptées — trop ignorées ou trop méprisées des fils de renégat qui trônaient à Sarag’osse, pour qu’ils en aient inspiré l’amour et enseigné la pratique à celui dont on veut faire leur élève1 2. Il reste donc bien établi que, dans les cinq siècles de la présente période du haut moyen âge, le seul enseignement offert aux Espagnols du nordouest, à quelque condition et rang’ qu’ils appartinssent, le seul qu’ils aient accepté ou recherché, a été l’enseignement donné par l’Eg’lise dans les diverses écoles dont nous avons parlé.

Mais quel était l'objet ou la matière de cet enseignement? Le meilleur moyen de résoudre cette question, sera de suivre l’enfant qui franchit le seuil de l’école pour la première fois, et va s’asseoir par terre, tête nue, aux pieds du maître dont il doit recevoir les leçons3. Après l’étude préparatoire et absolument élémentaire de la lecture et de l’écriture, il est appliqué à celle des sept arts libéraux, dont les trois premiers, c’est-à-dire la grammaire, la rhétorique et la dialectique, forment ce qu’on appelle le trivium , et les quatre autres, musique, arithmétique, géométrie et astronomie, le quadrivium. C’est à ces études dont l’ensemble constitue l’enseignement secondaire, que nous avons vu se livrer, par ordre de leur père, tous les enfants de Ferdinand I au xic siècle. C’est aussi leur cercle entier que parcouraient, sous la direction de Sabaric son maître, saint Rosendo au siècle précédent4, et, au xii° siècle, l’historien de ce grand homme, dans l’école monastique de Celanova 5. Pour nous, qui connaissons maintenant l’attachement passionné de l’Espagne chrétienne à ses vieux usages, sa répug’nance à les changer ou même à les modifier, sauf sous le coup de l’impérieuse nécessité, il est vraisemblable, sinon certain, que la matière et l’ordre de cet enseignement n’ont pas plus varié de saint Reatus et d’Alphonse le Chaste à saint Ferdinand III, que de Reatus lui-même, en remontant le cours des siècles, à saint Julien de Tolède ou à saint Isidore de Séville. Je suis donc persuadé que le fabuleux historien du Docteur des Espagnes, rendant compte des études de son héros, d’après ce qui se passait sous ses yeux dans les écoles du xmc siècle, a dit par hasard à peu près la vérité 6.

1. « Rex Ordonius, ut erat providus et perfectus, direxit Biii’gis pro Comitibus qui tune eamdem terrain regere videbantur... Venerunt ad junctani régis in rivo qui dicitur Carrion, loco dicto Tebulare (al. Teliare)... Nulle sciente, exceptis consiliariis propriis, [rex] cepit eos, et vinctos et catenatos ad sedem regiara Legionenscm secum adduxit, et ergastulo carceris tradi j assit. » Samp., Chron., 56 (apud Mon. Sil.).

Page 1