Dozy, Hist. des Musulm., III
2. En 921, sous Ordono II, délimitation du diocèse de Dumium par deux évêques et treize autres arbitres; pas de Sarrasins (Esp. sagr., XVI II, escr. 9); eu 931, reconnaissance et rétablissement des limites du monastère de Saint- Julien parle roi Alphonse IV en personne, deux évêques et
un grand nombre de seigneurs (Risco, Reyes de Leon, p. 142- 143); en 942, même opération accomplie par Ramire II, en compagnie d’Oveco, évêque de Léon, de cinq abbés et de quatre ricos-hombres, aussi Espagnols les uns que les autres (id. , ibid., p. 142); en 1052, démarcation judiciaire de la villa de Llanos par le mérino de Léon, Fernand Salvatoriz, Cid Marvaniz, mérino de la cathédrale de la même ville, Jimeno Velasquez et Bermudo Froilaz (Esp. sagr., XXXVI, escr. 24); en 1177, Garcia Martinez de Roda, délégué d'Alphonse VIII, confie la vérification des limites entre Vado del Conde et Guma, à des labradores des villages voisins (. Indice de Bocum., I, p. 8). Voir aussi dans l’appendice aux Memorias para la vida del santo Rey Fernando III, Part. 3,
3. « Aggeres t.erræ sive areas quas propter fines fundorum antiquitus apparuerint fuisse congestas atque construetas... lapides etiam propter indicia terminorum notis evidentibus sculptas... in arboribus notas quas decurias vocant. » For. Jud.,X, fit. in, 3. — Ces diverses expressions se retrouvent dans la charte d’Ordono II (a. 921), citée plus haut (note 2); decoria se lit dans une charte hispano-portugaise de l’an 906 (Mon. Port., escr. 13).
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
ration une fois terminée par le retour au point de départ, le juge ou son délégué en consignait les résultats dans un procès-verbal, qui, revêtu de la signature du juge et des témoins, puis muni de l’approbation royale, faisait loi pour les parties et mettait fin au débat1. Cette enquête, on le voit, n’avait rien de scientifique, et n’exigeait de celui qui en était chargé que de bons yeux, pas mal d’attention, et beaucoup de patience.
J’ai dit plus haut, en parlant d’Ayoub et de Solaiman, Arabes de nom ou de profession e ï soidisant Arabes, parce que rien n’établit que les deux délégués d’Alphonse IV aient été de vrais Sarrasins. Il faut se souvenir, en effet, que, si, dans l’Espagne du vi° siècle, bon nombre de Gotlis se dissimulent sous des noms latins ou gréco-latins, au xe, à Léon et en Castille, on trouve étiquetés en arabe, à côté d’esclaves musulmans de naissance et d’éducation, des chrétiens mozarabes de race espagnole, et les descendants christianisés des rares Berbers, qui, lors de l’expédition victorieuse d’Alphonse le Catholique des Asturies au Duero, avaient échappé au glaive de ce prince et de son armée2. Il serait donc ici encore très-hasardeux de conclure, du nom arabe que porte tel ou tel personnage, à la nationalité de ce personnage ou à la religion qu’il professe3. Il suit de là qu’alors même que Solaiman et Ayoub auraient procédé à un véritable arpentage, nous n’aurions aucun droit de rapporter à l’islam plutôt qu’à l’Évangile le très-mince honneur de ce petit travail scientifique.
1. Lire les actes ou procès-verbaux que j’ai cités dans une note de la page précédente. — On ne procédait pas autrement à la rectification ou vérification des limites sous les rois wisigoths : « Quotiescumque de terminis orta fuerit contentio, signa quæ antiquitus constituta sunt oportet inquiri... Si quis intra terminos alienos partem aliquam forte possèdent... Statim quum per antiqua signa evidentibus inspectoribus fines loci alterius cognosc.untur, amittat Domino reformandam. » Forum Jud., X, lit. m, 4 et 5.
2. On sait que les Berbers musulmans, entrés en Espagne avec Tàric, eurent, dans la répartition des terres entre les conquérants, les provinces du nord-ouest de la Péninsule en partage (Dozy, Hist. des Musulm ., I, 255, suiv.). Décimés déjà par les guerres civiles et la famine (id., ibid., et ni, 24, 25), ils disparurent presque entièrement devant la reconquête chrétienne d’Alphonse I. La postérité de ceux qui furent alors épargnés, soit par satiété de l'égorgement dans les vainqueurs, soit par la promptitude des vaincus à renoncer à l’Islam auquel ces Africains ne tenaient guère, devait être, au xe siècle, trop peu nombreuse pour constituer une portion quelque peu notable de la population nominalement arabisée du royaume de Leon. Elle était d’ailleurs depuis longtemps- espagnole d’éducation. Il en était, quant au nombre, tout autrement des émigrés hispano-gothiques du sud de la Péninsule. Ces Mozarabes, opprimés et persécutés par les Musulmans, saisissaient toutes les occasions favorables de chercher dans un pays ami, où ils étaient sûrs d’être accueillis avec la plus grande faveur, la paix, le reposetla liberté de leur culte. 11 esta croire, d’autre part, que, fidèles à la politique inaugurée par Alphonse le Catholique, Alphonse III et son fils, Ordono II, à la suite des hardies et triomphantes expéditions qu’ils poussaient jusqu’au cœur de l’Espagne arabe, ramenaient avec eux vers le nord tout ce qu’ils avaient rencontré de chrétiens sur leur passage. Ceux-ci s’étaient donc considérablement multipliés à Léon et dans les Asturies. Or, il est certain que, parmi ces émigrés qui en pays more joignaient un nom ou surnom arabe à leur nom chrétien, beaucoup ne le quittaient pas en pays
chrétien, au moins dans les premiers temps de leur séjour en cette nouvelle patrie. Voilà pourquoi dans les chartes de l’abbaye de Sahagun, fondée ou rétablie en 904 par Alphonse le Grand pour des moines mozarabes (lire la charte de Ramire 11, Escalona, escr. 22), nous voyons figurer les diacres Zalama (ib., escr. 10, a. 921), Ayoub, Mousâ, Mutarraf, liai ib ( Ghalib ?) , les prêtres Melik, Solleyman, Salama, Habib, Kazzern (■ Càsim ), etc. (ib., escr. 34, a. 959; escr. 35, a. 960; escr. 38, a. 962), et enfin, parmi les laïques, Lubila, surnommé Hischàm, fils de Récarède (ib., escr. 33, a. 959), etc.
3. Le doute dont je viens de parler s’évanouit dès qu'au nom arabe sejoint, dans les documents du x° et du xi° siècle, une indication quelconque sur la position sociale de celui qui le porte. Ainsi, l’épithète d'esclave, accolée à un nom de ce genre, suffit pour nous permettre d’affirmer qu’il est question d’un musulman. Au contraire, l’adjonct ion d’un titre honorifique est un indice certain d’origine espagnole, ou tout au moins de profession de foi chrétienne. Ainsi Abou’l-Mondhar, comte en Castille sous Ordono II (Samp., Chron., 56), Ayoub, chambellan de Ramire 11 en 945 (Escalona, escr. 22), Walid, sayon du roi, Abdallah, cousin de Doua Infante (id., escr. 33, a. 959), le juge Motarraf (id., escr. 46, a. 971), les comtes Abou’l-Az Anhanniz (Aswa Hanniz?), et Abou’l-Câsim Gebaldi, seigneur attaché à la personne de Sancho el Gordo (id., ibid., escr. 34, a. 959), etc., me paraissent devoir être classés sans hésitalion parmi les Berbers christianisés depuis longtemps, ou plus probablement parmi les Mozarabes. Car ceux-ci ont été de tout temps l’objet d’une prédilection singulière de la part des rois de Léon et de Castille. C’est à Lun d’eux que Ferdinand l confiait le gouvernement de Coïmbre et de tous les districts portugais reconquis pour la seconde fois sur les Arabes (Chron. Sil. 91). C’est aux Mozarabes trouvés à Tolède, ou qu’il y avait appelés, qu’Alphonse VI tient ce langage vraiment paternel, dans la charte de privilèges qu'il leur octroie en 1101 : « Fado hanc cartam firmilatis ad totos ipsos Muztarabes de Toledo, caballeros et pedoncs...
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
A renseignement des sept arts libéraux succédait l’enseignement public ou privé de la médecine, du droit et des sciences sacrées. La mention assez fréquente de médecins dans les documents hispano-latins du haut moyen âge prouve que les études médicales étaient loin d’être négligées dans les royaumes chrétiens de la Péninsule, et que les malades n’y languissaient pas privés des soins que réclamait leur état. Sans être agglomérés en aussi grand nombre sur un seul point qu’ils l’étaient autrefois à Mérida1, les médecins étaient cependant assez multipliés pour qu’on les trouve répandus à peu près partout. Il y en avait en Galice2, en Castille3, en Aragon4, dans le royaume de Léon5 * et dans les provinces portugaises0. Cette science comptait des adeptes dans les monastères, où les comtes et autres officiers royaux envoyaient en traitement les caballeros à leur solde qui tombaient malades, et que la noblesse de leur condition ne permettait pas de confondre avec les pauvres recueillis dans les hôpitaux7. Ces praticiens espagnols se formaient-ils à leur art sous des maîtres de même origine, dépositaires des traditions médicales de l’Espagne romaine ou gothique? Allaient-ils, au contraire, demander à des maîtres juifs ou sarrasins les secrets d’une science devenue étrangère à leurs compatriotes? C’est ce que j’ignore8. Laissant donc volontiers à de plus compétents le soin de répondre à cette double question, je me contente de répéter ici ce que m’ont appris, sur la thérapeutique alors en vigueur dans les provinces chrétiennes, les documents contemporains. Cette thérapeutique ne différait pas notablement de celle des temps antérieurs, ni même de celle de notre temps. Les saig’nées, les purgations, les potions
et do eis libertatem, ut qui fuerit inter eos pedes, et voluerit militare, si posse habuerit, ut militet. Et vendendi, dandi, vel possidendi, scu de possessione sua quidquid voluerit. faciendi, liberam in Dei nomine habeat potestatem... Hoc autem facio pro remedio anime mee et parentum meorum, et ut vos omnes, quos in bac urbe semper amavi et dilexi, seu de alienis terris adduxi semper habeam fideles et amatores. » Munoz, p. 301 . Quant aux Musulmans, pas plus au xe siècle qu’au xne, un roi de Léon ou de Castille n'aurait songé à leur conférer une charge ou une dignité. Cf. Alphons. Vil, Fueros de Toledo (a. 1118), ibid., p. 303.