Sed quia in creaturis nihil est immutabile
Quoniam tu soins es incommutabilis. Domine,
Hoc cenobium, nescio qua causa urgente,
Versum est in clericorum seu laicorum habitatione (Y. Donec ad me, [ — nem),
Est devoluta bec possessio hereditaria sorte.
Quam, ut supra lassa (Y. facta) sum, a me separo ,
Et lamen ea Deo offero,
Ac divino bonori reordino (Y. ac re div. honore ord.). » Doua Urraca (a. 1099), Yepes, IV, escr. 36.
Le prologue de cette charte est un magnifique fragment de poésie latino-populaire, que je prends la liberté de reproduire ici.
« In nomine sancte et individue Trinitatis ,
Eterni (Y. et Æterni) scilicet Genitoris,
Ante secula Domini existentis (Y. Bno existente), Unigenitiquc Redemptoris,
Sine initio temporis I)e Eodem eructantis,
Atque Flaminis ex utroque procedentis ;
Oui vere est trinus in Unitate,
Et vere (Y. verus ) unus in Trinitate :
Quem laudant simul astra matutina.
Gui angelorum et archangelorum turme concélébrant
[gaudia,
Mire (Y. mira) collaudando trinum Deum in una usia,
Qui celos extendit mirabili potentia
Gujus nutu reguntur universa,
Percujuspavoremconcutiturcelicolumna (Y .columba)... Sub quo curvantur qui portant orbem et astra.
Ipsum collaudant bestie silvicole propria lingua, etc. »
0. « Offero etiam libros XI, quorum nomina hec sunt: Bibliotheca, Moralia Job, Vitas Patrum, Passionum, Dialogorum, Sententiarum, Généra Officiorum, librum Etymologiarum, libellum de Virginitate Sancte Marie, Apocalipsim, librum Jerem[i]e.
Accipe, Christe, hcc munera,
A me tibi et Apostolis tuis oblata,
Nomini tuo et eorum consecrata ;
Et concédé ut cum Judex adveneris,
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
Un des plus illustres ancêtres maternels de dona Urraca, le grand comte Fernand Gonzalez, aussi fidèle et g-énéreux ami des clercs et des moines, qu’adversaire indomptable et indompté de l’islamisme, faisait en Castille quelque chose d’analog-ue, deux siècles auparavant. Il contribuait par un don de livres à la formation initiale de la bibliothèque de San Pedro de Arlanza dont il fut le fondateur. Long-temps après la mort du héros, vers la fin du xvi° siècle, Prudencio de Sandoval, visitant ce monastère, eut la consolation de retrouver dans les archives le Sanctoral dont Fernand Gonzalez avait fait présent aux relig-ieux d’ Arlanza; et c’est de ce manuscrit que le docte évêque de Pampelune tira, pour la livrer au public, la vie de saint Fructueux, un des Pères de la vie monastique en Espag-ne, vie que saint Valère avait composée au vif siècle1. C’est sans doute à ce même noyau primitif de la bibliothèque monastique d’ Arlanza, qu’appartenait le très-ancien manuscrit hispanog-othique qu’y vit autrefois Yepes. C’était un exemplaire très-complet des fièg-les des Pères, le plus complet de tous ceux que j’ai mentionnés jusqu’ici ; car il comprenait les règ-les de saint Macaire, de saint Pacôme, de Cassien , de saint Basile, de saint Isidore, de saint Aug-ustin et de saint Fructueux 2.
En dehors des bibliothèques épiscopales ou monastiques, dont il a été question jusqu’ici, il existait dans les royaumes chrétiens du haut moyen âg-e espag-nol, comme autrefois dans les provinces soumises aux rois g-ollis de Tolède, des bibliothèques privées que les lettrés du temps, clercs ou laïques, formaient pour leur propre usag-e. Telle était, par exemple, la collection d’ouvrag-es mise par les parents de sainte Senhorine à la disposition de sa g-ouvernante pour l’éducation chrétienne et monastique de leur enfant, et dont j’ai donné le catalog-ue complet dans le chapitre précédent. Telle était encore celle dont Hermég-ilde, confesseur du roi Ordono II, disposait par donation du 13 mai 922, en faveur du monastère de Sahag-un, et qui comprenait le livre des Sentences d’Isidore de Séville, ou de Tajon de Sarag-osse 3. Il est ég-alement hors de doute pour moi que les bibliothèques lég-uées par Alphonse le Chaste à Saint-Sauveur d’Oviédo, par les deux Frunimius de Léon à leur cathédrale, par saint Rosendo à Celanova, par Oveco à Saint-Jean de la Vég-a, par saint Gennade à ses monastères du Vierzo , étaient les bibliothèques privées de ce prince ou de ces prélats, avant de passer, par un effet de leur libéralité, au pouvoir des cathédrales ou des abbayes auxquelles ils en abandonnèrent la propriété.
Pour monter ou développer ces diverses bibliothèques, les lettrés espag-nols du haut moyen àg-e ne se contentaient pas plus que leurs prédécesseurs du vic ou du vif siècle, des ressources qu’ils pouvaient trouver dans la partie de la Péninsule qu’ils habitaient. Comme le saint évêque Tajon allait autrefois chercher jusqu’à Rome les Morales de saint Grég-oire, que l’Espag-ne de son temps ne possédait pas encore ; Pierre, relig-ieux de Sainte-Croix de Coïmbre, allait deux fois, par ordre de Tello fondateur de cette sainte maison, à Saint-Rufe en France, y passait, lors de son second voyag-e, une année entière, copiant ou faisant copier pour son monastère un certain nombre d’ouvrag-es qui manquaient à celui-ci, entre
Et cum eisdem Apostolis orbcm judicaveris Eorum precibus pulsatus,
Mihi sis Judex mitissimus, etc.»
I). Urraca, Ibid.
\. Sandoval, Fundaciones (Sahagun), p. 79 : « Halle en el monesterio de San Pedro de Aria nsa un libro manuscrito en pergamino , que, en el ano 912, el conde Fernan Gonzalez le avia dado, donde entre otras vidas
de santos esta la deste bienaventurado [Fructuoso]. »
2. «Un libro, que halle en el monasterio antiquisimo de Arlança, escrito en letra gotica, que se intitulara Régla de los Padres. Estan en este libro las réglas de Macario, Pacomio, Cassiano, Basilio, lsidoro, Auguslino, Bencdicto, y la que el obispo san Fructuoso escrivio para monges. » Yepes, 1, p. 160, col. 2.