Eguren, ibid
9. « Omnes codices custos sacrarii habeat deputatos, à quo singulos singuli fratres accipiant, quos prudenter lectosvel habitos semper postvesperam reddant. Prima autem hora, codices singulis diebus petantur. Qui vero tardius postulat, nequaquam accipiat. » S. Isid. , Reg. Monach., c. vin, n. 1.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
sans cloute que la règle lsidorienne ne parle que du bibliothécaire, et se tait absolument sur le scriptorium et son chef, s’en remettant là-dessus aux antiques usages monastiques transmis par tradition et fidèlement gardés.
Chez les Bénédictins de l’ancienne observance hispano-gothique, l’office du bibliothécaire, chef du scriptorium, est distinct et indépendant de celui du trésorier ou sacristain. Comme celui-ci, le bibliothécaire reçoit, par l’anneau et de la main de l’évêque, l’investiture de son office, en présence de tous les frères réunis dans le præparatorium, c’est-à-dire dans la salle attenante à l’église, où les prêtres revêtaient leurs ornements sacerdotaux pour la célébration des saints mystères. Mais la formule de tradition est différente et accuse nettement la distinction des deux charges1. Le chef du scriptorium reçoit parfois le titre d 'archiécrivain 2, titre parfaitement justifié ; car, en vertu de son office, non-seulement ce dignitaire étend son autorité sur tous les copistes du monastère, distribue à chacun sa tâche, veille à ce qu’elle soit convenablement remplie, initie enfin aux secrets d’un art, dans lequel il est passé maître, les élèves placés sous sa direction par les supérieurs; mais encore, il se réserve souvent la principale part du travail de transcription exécuté dans le scriptorium3 4. On voit ainsi Jimeno, moine de Saint-Millan, signer un manuscrit de sa façon, en ajoutant à son nom le qualificatif à' archiprêtre* ; mais cette expression ne se rapporte en rien au scriptorium ou à son administration. L’archiprêtre monastique était en effet le second dignitaire des abbayes espagnoles du haut moyen àg'e, et répondait au prieur des monastères bénédictins plus récents5. Il est donc probable que Jimeno, réunissant en sa personne l’office d’archiprêtre et celui de bibliothécaire, aura dans sa note accolé à son nom le titre de la plus haute des deux fonctions qu’il remplissait.
En Espagme, comme ailleurs, chaque monastère constituait une sorte de cité chrétienne qui savait se suffire à elle-même. Tous les arts utiles, tous les métiers nécessaires y étaient pratiqués, et chacun des membres de la communauté s’appliquait, par ordre et sous la direction de l’obéissance, à celui de ces arts ou de ces métiers pour lequel on lui reconnaissait une aptitude plus prononcée. Il ne faudrait donc pas s’imaginer que le scriptorium fût indifféremment ouvert à tous les religieux. On n’y occupait que les scribes déjà formés, et les jeunes gens doués de dispositions naturelles, pressenties ou connues, pour fart calligraphique, dont, par conséquent, on se promettait qu’ils deviendraient dans un avenir pro-
1. « Ordo in ordinatione ejus cui cura librorum et scribarum committitur. Cum ordinatur qui librorum et scribarura curam habere possit, simili eodemquc modo ( ac in ordinatione sacristæ) adstantibus fratribus, in preparatorio résidons episcopus tradit ei anulum de scriniis dicens illi : Esto custos librorum et senior scribarum. » Ordinal de saint Prudence (a. 1052), c. ni, n. 20 (Berganza, 11, p. 629). — « Ordo in ordinatione sacristæ. Cum ordinatur sacrista, adstantibus cunctis, episcopus, résidons in preparatorio, tradit ei anulum de sacrario... dicens ei : Esto custos sacr[ar]iorum, janitor edituum, et prepositus ostiariorum. » Ibid., n. 19.