Ora pro scriptorc Eximinione arcipresbitero. » Ber
ganza, Antigüed., i, , p. 226, col. 2.
o. J’affirme ceci sur la foi de Berganza (ibid., p. 223, sgg.). J’avoue toutefois que les preuves tirées de l’Ordinal de saint Prudence, les seules que ce docte bénédictin apporte à l’appui de sa thèse, me laissent quelques doutes. Cet ordinal, en effet, n’est pas purement monastique; il donne un peu pêle-mêle les formules d’ordinations ecclésiastiques, tant régulières que séculières. Or, tout bien pesé, je crains que celle de l’archiprêtre (Berg. II, p. 633), évidemment empruntée aux ordinaux de Séville antérieurs à la conquête arabe, comme le prouve le nom sous lequel est désignée la cathédrale où se fait l’ordination, n’appartienne à la seconde catégorie. Bien en effet, dans cette ancienne formule, ne prouve, même de loin, qu’elle se rapporte à la collation d’une dignité monastique. Qu’on en juge : « Da huic ill. quem in presbiteris primum , in bac ecclesia sancta Ierusalem , sub nos (c’est l’évêque qui parle) præesse volumes, spiritum discretionis... commissum presbiterii gregem et verbis instruat, et moribus ad meliora cornponat, etc., etc. »
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
chain, grâce aux leçons du maître expérimenté auquel on les confiait, des copistes élég’ants et corrects, dont les manuscrits feraient honneur à la bibliothèque du monastère. Le personnel du scriptorium était donc un personnel de choix, d’un recrutement difficile ; car n’est pas calligraphe qui veut, habile calligraphe surtout. Ne soyons donc pas trop surpris si, vers la fin du x° siècle (a. 968), l’abbaye de Tavora s’est trouvée prise au dépourvu par la mort du chef de son scriptorium, et si la copie inachevée des Commentaires sur l’Apocalypse n’a pu être continuée et terminée que deux ans plus tard, par un des élèves du défunt rappelé à cet effet dans le monastère1. Ce personnel une fois choisi se consacre exclusivement au travail du scriptorium. Nulle autre occupation ne vient l’en distraire, sauf bien entendu les exercices ou les pratiques imposées par la règle à tous les religieux sans exception.
Ce travail, qui réclame une attention toujours en éveil, se prolongée sans relâche pendant des mois et souvent des années entières. On ne surprend toutefois chez ces pionniers de la civilisation chrétienne, claquemurés dans le scriptorium monastique, aucune trace de découragement, d’ennui ou de dég’oùt. Us se sont condamnés eux-mêmes par dévouement à Dieu au dur labeur qui use leurs forces; c’est Dieu qu’ils voient dans leur supérieur, et quand celui-ci assigme à chacun d’eux sa tâche quotidienne, ils s’inclinent, et obéissent avec cet amour qui rend le joug- suave et le fardeau lég’er 2. Tout au plus, et lorsqu’ils ont fini l’œuvre commandée, relèvent-ils leur tête alourdie, leur corps rompu de fatig'ue, et se permettent-ils, avant d’entreprendre une tâche nouvelle, un soupir de satisfaction, un cri de joie et de reconnaissance, une humble supplication ou un charitable avis au lecteur chrétien. Mais ce n’est là qu’une halte d’un moment; ils reprennent aussitôt la plume, le plus souvent pour consigner par écrit et en quelques mots l’expression touchante de leur gratitude envers Dieu ou de leur charité fraternelle. Recueillons au passag’e quelques-unes des naïves effusions échappées, il y a plus de huit siècles, à ces cœurs aimants et dévoués qui battaient sous le froc. « Enfin, s’écrie l’un de ces pieux copistes, enfin j’ai conduit au port le livre que j’ai trouvé commencé par mon maître avec toute sa magistrale habileté (puisset-il avoir ainsi mérité d’être couronné avec le Christ!). Amen. O tour de Tavora, haute tour de pierre, et toi aussi, réduit de son premier étag’e, où, pendant trois mois, Emétérius, assis le dos courbé, brisa tous ses membres et sa plume, le livre est fini3 ! » Ce n’est pas à leur scriptorium, mais à eux-mêmes et à Dieu, que, dix ans auparavant, en 960, s’adressaient, en pareille occurrence, deux moines castillans, le maître et l’élève : « A mon très-cher et bienaimé disciple Sancho, dont la joie me remet le nom sur les lèvres, Florentins, moine : bénissons le roi du ciel qui nous a permis d’arriver à la fin de ce livre. Amen. » Et Sancho répond : « Maître, bénissons dans les siècles des siècles Notre-Seigmeur Jésus-Christ! Qu’il nous conduise au céleste royaume. Amen. » Quelques lignes plus haut, ce même Sancho se recommande en ces termes au pieux lecteur : « Qui que tu sois, lecteur, lorsque, parcourant ce volume jusqu’à la fin, tu auras contemplé les combats de ces glorieux athlètes, sois auprès d eux, je t’en conjure, un intercesseur suppliant pour moi, pauvre Sancho; et reçois