‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 325 sur 335 · V. supr., p · texte numérisé non relu

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ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

son entrée par voie d’achat dans la riche bibliothèque de M. Firmin-Didot, renferme aussi de nombreuses miniatures de facture rude, sévère et même quelque peu sauvag*e, mais expressive. C’est du moins l’impression qu’elles ont laissée dans mes souvenirs, vieux déjà de neuf ou dix ans. De son côté Eg'uren enregistre dans son curieux et savant catalog’ue un manuscrit du x° siècle de ce même commentaire, qui est enrichi de peintures multipliées et d’une inspiration noble et hardie1; celle par exemple où les dix rois, alliés de la Bête contre le Fils de l’homme, vêtus en jongieurs et coiffés d'un bonnet de fou, se précipitent dans l’abîme de l’éternelle honte et des douleurs sans fin, sous le reg*ard calme et dédaigmeux de l'agneau triomphateur, témoin impassible de leur ruine. Certes, on ne pouvait peindre aux yeux, d’une façon plus saisissante, l’odieux et le ridicule du rôle joué en ce monde par les adversaires du Sauveur et de son Eglise; pauvres histrions, assez niais pour se prendre au sérieux et qui, au dénouement toujours le même de la triste comédie qu’ils donnent au ciel et à la terre, tombent écrasés sous le mépris de Dieu, sans même emporter la consolation d’avoir fait trembler un seul moment le dernier des vrais serviteurs du Christ.

Le mérite de l’exécution répond-il, dans l’œuvre iconographique du scriptorium , à la grandeur de la pensée qui inspirait les artistes, et qu’ils ont essayé de rendre à l’aide de leur pinceau? Je ne me charge pas de répondre à cette question pour cause d’incompétence. Je ne connais cette œuvre que par les quelques esquisses du P. Martin, rapportées du British Muséum il y a plus de vingt ans, ou par les descriptions et les jugements d’autrui. Emettre une appréciation critique d’après des données évidemment insuffisantes, ou sur la parole aveuglément acceptée de ceux qui, plus heureux que moi, ont pu voir et juger par eux-mêmes les plus anciens et les plus remarquables spécimens de cette œuvre, dans les manuscrits des bibliothèques de Madrid et de l’Escurial, serait me donner un ridicule, dont je veux m’éparg'ner l’ennui, ou me moquer du lecteur, ce qui, je l’espère, n’entrera jamais dans mes habitudes.

La question des origines de l’art du miniaturiste, tel que l’a connu et pratiqué l’Espagme chrétienne, du vm° au xi° siècle, offre, ce me semble, moins de difficultés. On peut affirmer en réponse, sans trop grand risque d’erreur, que ces origines sont hispano-romaines. Les vieux enlumineurs de la renaissance espagnole n’ont pas plus inventé leur art qu’ils ne l’ont reçu de l’étrangler. Comme tous lesautres, comme l’architecture par exemple ou la musique, cet art leur vient de l’antique Tolède2. Dans les peintres qui travaillent à l’ornementation des manuscrits d’Albelda, de San Millan ou d’ailleurs, il est difficile de ne pas reconnaître

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