Ce malheur est arrivé à Sampire dès le début de sa
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de cette période finale du haut moyen àg*e, d’Isidore de Béja au moine de Silos, en passant par Alphonse III, l’anonyme d’Albelda et Sampire, ces sortes d’oubli ou de distraction sont rares, beaucoup plus rares qu’on ne serait de prime abord porté à le supposer. Les erreurs qu’on relève dans le texte actuel de ces chroniqueurs sont, en effet, le plus souvent, imputables aux interpolateurs trop hardis des siècles suivants , heureusement assez maladroits pour se trahir eux-mêmes dès qu’on prend la peine de les regarder bien en face l.
En somme, et quelles que soient les limites entre lesquelles il leur plaît d’enfermer leurs récits, tous ces chroniqueurs — Pélage d’Oviéclo excepté, dont pour les raisons données ailleurs la critique sérieuse ne doit pas tenir compte — ont, à défaut d’autres, le mérite de la véracité et de l’impartialité. Ils aiment la vérité; ils la cherchent avec une ardeur égale à celle dont saint Braulion faisait preuve autrefois; ils la disent telle qu’ils la connaissent, sans réticence, sans dissimulation, sans mensonge , qu’elle soit ou non favorable à la cause sacrée que défendaient ceux dont ils écrivent l’histoire, et qui leur est à eux-mêmes plus chère que la vie. Si les chrétiens sont battus, ils l’avouent franchement; et ne mettent pas leur imagination à la torture pour donner de cet échec une explication qui enlève au vainqueur la g’ioire ou le mérite de son triomphe2. Ont-ils au contraire à enregistrer une victoire des leurs? Ils le font simplement, en aussi peu de mots que s’il s’agisssait d’une déroute3. Mentionnent-ils une conquête des Espagnols sur les Mores ou des Mores sur les
chronique. Voulant compléter ce que raconte l'anonyme d’Albelda des premières années d’Alphonse le Grand, il a ramassé je ne sais où la légende invraisemblable d’une guerre de sept ans au moins, soutenue par ce prince contre des frères qui n'ont jamais existé , et à une époque de sa vie — entre son mariage et la conquête du Portugal — qui refuse toute place à pareil événement. Cette même envie de combler les lacunes qu'on croit entrevoir dans les antiques récits, a fait accueillir trop légèrement par le moine de Silos l’absurde roman de Rodrigue et du comte Julien (Chron.il, n. 16), dont il ne trouvait cependant aucune trace dans les historiens des temps antérieurs, pas même dans la chronique interpolée d’Alphonse 111 qu’il avait sous les yeux.
1 . Nous l’avons précédemment prouvé pour la chronique d’Albelda. En ce qui concerne celle de Sampire, le fait n'est pas moins certain. Il est démontré par le simple rapprochement du texte authentique conservé par le moine de Silos, du texte interpolé par .Pelage. 11 est aussi très-facile de reconnaître la main de ce dernier dams plusieurs chapitres de la chronique d’Alphonse 111 (n. 16, 18, 20, 24, 25, édit. Berg.). Toutefois l’interpolation relative aux crimes de Witiza et au mariage qu’il aurait imposé au clergé espagnol n’est pas de Pelage, comme j’ai déjà eu occasion de le remarquer. Ce que cette dernière interpolation offre de curieux, c’est que son auteur, quel qu’il soit, après avoir emprunté le commencement de cette fable aux contes populaires de son temps, a oublié d’en donner la fin, c’est-à-dire l’abrogation postérieurement faite de ce décret par Froilal. Mais ce qui est pour moi hors de doute, c’est, l’impossibilité pour Alphonse 111 d’avoir cru un seul moment à ce conte ridicule, et de lui avoir donné place dans sa chronique. Ce vaillant homme savait très-bien que le célibat ecclésiastique était gardé par le cierge de l’Espagne arabe, aussi bien que par celui des Asturies; or, étant admise la vérité de la légende en question, ce célibat, aboli dans toule l'Espagne par Witiza, n’aurait pu être rétabli par Froila I que dans son petit
royaume asturien ; il serait donc resté supprimé dans le reste de la Péninsule. Alphonse, témoin oculaire du contraire dans ses relations personnelles avec des évêques et des moines mozarabes (E. s., XVII, esc. 1, n.2; Escalona, esc. 22), n’a pu par conséquent accepter cette légende comme vraie.
2. Voir dans Sampire, le récit des deux défaites d’Ordono II ( Chron . n. 55 ; ap. Mon. Sil.) et des désastres de l'Espagne chrétienne au temps d’Almanzor (Ibid., n. 68). Ce dernier passage a été mutilé et tronqué par Pelage, peut-être parce qu’il infligeait d’avance un démenti formel à la notice que ce prélat a donnée de Bermude II, dans sa propre chronique (Pelagii, Chron., c. 1 ; E. s. XIV, p. 466). — Les Arabes sont moins scrupuleux que les Espagnols sur cet article. Rien de plus réjouissant que de lire, par exemple, les explications successives et toujours passablement ridicules qu’ils donnaient , dès le temps d’Isidore de Béja et plus tard, de la défaite complète de leur armée par les Berbers d’Afrique en 742 (Isid. Pac., Chron. n. 57; Üozy, Ilist. des Musulm., I, p. 246, svv.); ou bien encore de celle d'Abdérame III à Simancas (Dozy, ibkl., III, p. 62, 63).
3. Voici comment Isidore de Béjà raconte la défaite de l’émir Abdalmélic par les montagnards chrétiens, en 734, un an avant la mort de Pélage (Chron. n. 55) :
« E Corduba exiliens cum omni manu publica,
Subvertere nititur Pyrenaica inhabitantium juga.
Et expeditionem per loca Dirigens angusta,
Nihil prosperum gessit, convictus de Dei potentia...
Et... multis suis bellatoribus perditis, sese recipit in plana, Repatriando per dévia (al. dubici). »
Alphonse III est bien plus bref encore lorsqu'il traite des ■ victoires de son vaillant aïeul Ratnire I sur les Sarrasins (Citron, n. 24) :
Nam et adversus Sarracenos bis prœliavit.
Et viclor extitit.
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chrétiens ? On peut se fier à leur parole. Ces conquêtes sont de vraies conquêtes, dont la réalité démontrée tôt ou tard par d’irrécusables témoignages finit toujours par triompher des doutes et des négations qu’on lui oppose1. A plus forte raison, aucun d’eux ne s’aviset-il, à l’exemple de certains historiens arabes, de biffer d’un trait de plume un siècle entier des annales qu’il s’est chargé d’écrire, pour éviter à son amour-propre l’ennui de raconter les humiliations de sa patrie2. Jamais aussi on ne les surprend, ce qui reviendrait presque au même, étranglant entre deux lignes le narré d’une époque néfaste, tandis qu’aux jours prospères, leur enthousiasme déborde et couvre de nombreuses pages 3.
11 est sans doute fâcheux que ces chroniqueurs soient si concis dans leurs narrations; que, s’inquiétant peu ou point du désappointement infligé à notre curiosité par leur laconisme systématique, mais uniquement préoccupés de serrer de près leurs modèles des âg’es précédents, ils n’aient donné place dans le récit de chaque époque ou de chaque règne qu’aux principaux événements, rejetant ces détails intimes dont nous sommes aujourd’hui si friands, et les faits secondaires que nous serions heureux de connaître, et qui n’étaient pour eux que d’un mince intérêt4; bref, qu’ils aient tracé un simple croquis au lieu du tableau que semblait exiger la grandeur du sujet choisi 5. Mais prenons g’arde que ce regret de ne pas trouver chez eux tout ce que nous y cherchons, ne nous rende injustes, en nous faisant méconnaître la valeur de ce qu’ils nous donnent. Car ce qu’ils nous donnent n’est rien moins que l’histoire vraie, quoique trop sommaire, de la renaissance d'un grand peuple, de sa lutte séculaire, d’abord pour l’existence, puis pour le triomphe final, que ces chroniqueurs n’ont pas eu le bonheur de contempler; mais qu’ils ont pressenti, et dont les derniers d’entre eux ont vu se lever l’aube radieuse à leur horizon. Oui, cette histoire, étudiée dans les conditions voulues, c’est-à-dire, pour chaque siècle, dans ceux de nos historiographes qui ont vu de plus près se dérouler la série d’événements dont ce siècle a été le théâtre, cette histoire est vraie dans son ensemble et dans la plupart de ses détails. Je ne sache pas,
Il se tait complètement sur la délai te d’Abdalmélic par Pélage; peut-être parce que, dans les anciennes traditions, que ce prince avait si soigneusement recueillies (Ep. ad Sebast., supr. cit.), la première et la dernière victoire de Pélage s’étaient fondues en un seul et éclatant triomphe, celui de Covadonga. Ceci expliquerait pourquoi ce dernier combat prend, sous la plume d'Alphonse, plus d’importance qu’il ne paraît en avoir eu en réalité.
1. La conquête et la colonisation chrétienne du Portugal jusqu'au Mondego par Alphonse le Grand et ses successeurs, affirmée par la chronique d’Albelda, a été mise hors de doute, comme je l’ai fait observer ailleurs, par la publication de nombreuses chartes renfermées dans un des volumes des Monumenta Portugalliæ.
2. lbn-Khaldoun, dans le chapitre de son Histoire universelle qu’il a consacré aux rois chrétiens d’Espagne, passe absolument sous silence les trois règnes glorieux d’Ordono I, d’Alphonse III et d’Ordono II (Cf. Dozy, Recherches, I, p. 104), ne dit qu’un mot de Ramire II; mais accorde une page entière aux règnes insignifiants de Sancho lit (al. Il) et d’Ordono el Malo, et cinq ou six aux règnes désastreux de Ramire III et de Bermude II (Ibid., p. 104-106).
3. Dans cette même histoire des rois chrétiens d’Ibn- Khaldoun, où Ramire III et Bermude II occupent une place d’honneur (Dozy, ibid., p. 106-110), parce qu’ils furent toujours battus par Almanzor; le grand saint Ferdinand III est expédié, lui et son règne de conquêtes, en ces deux li-
gnescaractéristiques : « Alphonse eut pour successeur son fils Ferrando surnommé le Louche, qui enleva Cordoue et Séville aux Musulmans » (Id., ibid., p. 117). On ne pouvait, il faut l’avouer, s’en tirer à moins de frais.
4. A leurs yeux les razzias ou même les ceiphas annuelles et bisannuelles, sur lesquelles l’habitude les avait, blasés, tombent au rang de ces faits secondaires dont ils ne parlent que par exception. Mais, ici encore, ils ne se départent jamais de leur impartialité. Si, par exemple, ils se taisent sur l’occupation momentanée d’Oviédo par les Musulmans à une époque où cette ville sortait à peine de ses langes, ils se taisent également, et sur la déroute finale des envahisseurs, et sur l’expédition triomphante qu’Alphonse le Chaste poussa peu après jusqu’à Lisbonne, qu’il prit et pilla. On comprend très-bien aussi qu’ils n’aient pas songé à nous renseigner sur tel défaut naturel ou telle infirmité des rois dont, ils resserraient les glorieux faits d’armes en quelques lignes : De minimis non curât prætor. Qu’importe après tout à l’histoire que tel roi ait été louche, ou que tel aulre soit tombé du haut-mal ?
5. Ceci ne s’applique pas à tous nos chroniqueurs indistinctement, Isidore de Beja, dans sa description des malheurs de l’Espagne aux jours de la conquête, ou de la bataille de Poitiers, ainsi que dans le récit des aventures de Munnuza et de sa femme; le moine de Silos, dans la notice consacrée à Ferdinand I, se donnent l'un et l’autre plus large carrière.
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en effet, que, jusqu’à présent, cette histoire ainsi étudiée, celle des derniers rois de Tolède et de l’invasion arabe, dans Isidore de Béja1 ; des rois asturiens, dans Alphonse III et l’anonyme d’Albelda, débarrassés l’un et l’autre des interpolations étrangères dont on a chargé leur texte; des rois de Léon jusqu’à Bermude II inclusivement, dans Sampire délivré lui aussi de ces incrustations parasites, et dans le moine de Silos ; de ces mêmes rois de Léon et de ceux de Navarre et Castille, de Sancho le Grand aux premières années d’Alphonse VI, dans le dernier des deux auteurs que je viens de citer; d’Alphonse VI enfin et de ses successeurs dans Rodrigue de Tolède et Luc de Tuy, ait reçu un démenti mérité de la critique sérieuse et impartiale sur un seul des faits de quelque importance qui y sont exposés.
N’oublions pas d’ailleurs que nous devons aux lettrés espagnols de la même époque une foule d’autres documents historiques du plus grand prix : actes de conciles, fueros, biographies, petites chroniques (cronicones) , inscriptions, chartes et contrats de toute nature, qui nous initient dans le plus g’rand détail à la vie intime des populations et , corrigeant sur certains points les grandes chroniques dont il vient d’être question2, les confirment ou les complètent sur un grand nombre d’autres 3. Ce n’est pas tout, ces mêmes
1. La partie de sa chronique qui concerne les rois de Tolède offre un certain nombre de lacunes, qui peuvent et doivent être comblées à l’aide des actes des conciles célébrés sous ces rois, des inscriptions publiées dans VEspana sagrada et par Hübner, des lettres et autres écrits de saint Braulion, de saint Julien de Tolède, etc. Une remarque à ce propos: il n’est pas tout à fait exact, comme l’a cru M. Dozy ( Recherches , 1, p. 72), qu’Isidore n’ait gardé un silence absolu que sur la mort de Witiza. Il ne parle pas davantage de celle de Sisenancl, de Sinthila, de Wamba et d’Erwige. Pour tous ces princes, comme pour Witiza, Isidore se borne à inscrire, au début de la notice qu’il leur consacre, les années de leur règne, et rien de plus. Ce silence n’implique donc en aucune façon la mort violente du dernier de ces rois. D’autre part le passage très-obscur du même Isidore, où M. Dozy voit une allusion à ce tragique événement (Ibül.), est dans son état présent rattaché par le chroniqueur à l’année 701 (Isid., Chron., 32 al. 30) :
« Qui et (al. qui in) in era 739, suprafatæ cladis non feren- Per Hispaniam e palatio vagitant, » etc. [tes exitium,
Or la déposition de Witiza n’eut lieu que dix ans plus tard, en 711 (Id., ibicl., 35, al. 34). L’autorité d’Ibn-Adhâri, écrivain du xine siècle, qui, s tir la foi d’une tradition d’une autorité plus que douteuse — car M. Dozy reconnaît que la compilation de cet auteur en renferme bon nombre de mensongères {Ibid., p. 44) — , affirme que Witiza fut tué par Rodrigue, ne me paraît pas suffisante, pour entendre de ce meurtre le passage cité plus haut d’Isidore de Béja, en dépit de la date qui y est inscrite. 11 serait plus plausible de l’appliquer à l’assassinat du père de Pélage par Witiza, dont il est parlé dans l’anonyme d’Albelda (texte de San Millan, n. 161); puisque, d’après ce chroniqueur, cet événement aurait eu lieu lorsque Witiza, associé à la couronne par son père, gouvernait la Galice, c’est-à-dire entre 698 et 701. Le plus sage me paraît toutefois d’avouer simplement que nous ignorons à quoi Isidore fait ici allusion.
2. On trouvera des exemples de rectifications de ce genre dans l’histoire d’Ordono III, par Risco (Reyes de Leon), et dans les Recherches de M. Dozy (I, p. 154 svv., 186 svv.). Le récit donné par Sampire de la déposition, en 910, d’Al-
phonse 111 par ses enfants révoltés et par sa femme Chimène ne mérite guère confiance, en présence, non-seulement du témoignage contraire et contemporain de Léodegonde cité plus haut (p. 325 n. 7), mais encore de celui du roi Ordono II, fils d’Alphonse le Grand, qui, dans une charte de l’an 915, ne fait monter sur le trône de Léon son frère aîné Garcia, qu’après la mort de leur père commun Alphonse III : « Genitor noster B. M. Dominus Adefonsus ad obiturn veniens ordinavit... patri Genadio episcopo quingentos auri nummos Aulæ B. Jacobi apostoli deferendos... llle vero hoc agere non valuit, quia germanus noster Dominus Garsea apicern regni accipiens, aditum eundi... ad eumdem locum sanctum jam dictus episcopus minime habuit » (E. s. XIX, p. 352, 353) ; enfin de celui du moine de Silos conçu presque dans les mêmes termes que le précédent (Anon. Sil., Chron., c. iv, n. 42, 43).
3. C’est ce dont VEspana sagrada fournit la preuve presque à chaque page. Il me suffira donc de citer ici la charte d’Alphonse le Grand, de l’an 886 (E. s. XVII, escr. 1,'n. 2). Cette pièce nous apprend qu’Ordono I n’a jamais poussé ses conquêtes au sud de la Galice asturienne plus loin que le district d’Orense, et qu’il ne parvint pas à repeupler ce district. D’où on doit conclure 1° que l’honneur des conquêtes chrétiennes en Portugal revient à son fils Alphonse le Grand, comme l’affirment l’anonyme d’Albelda, Alphonse lui-, même et Sampire ; 2° que la date des chartes II et 111 des Monumenta Portugalliæ (Chartæ, I, p. 3) a été faussée par le copiste du Tumbo de Lorvâo, et que ces chartes sont non d’Ordono I, mais d’Ordono II, et peut-être d’Ordono III. Enfin ce qu’elle raconte de la colonisation du district d Orense par Alphonse III et de l’installation effective sur le siège de cette ville d’un évêque chassé de l’Espagne arabe, nous démontre qu’il faut prendre au pied de la lettre ce qu’on lit dans les chroniques citées plus haut, de la repopulation chrétienne des provinces conquises par ce prince, et de leur réorganisation ecclésiastique. Citons aussi les confirmations successives des Fueros de Branosera (M. p. 17), qui nous donnent la généalogie authentique de Fernand Gonzalez, à partir desjpremières années du ix° siècle; et la charte d’Ordono II (M. P. escr. 25) qui nous rend un chapitre perdu de l’histoire épiscopale de Porto, au siècle suivant.
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documents nous aident à découvrir la fausseté des quelques pièces apocryphes du même g-enre, que l’ignorance ou la crédulité ont trop facilement acceptées des mains d’imposteurs intéressés1. Cet ensemble de documents est si complet, que, mis en oeuvre avec une rare habileté par les savants auteurs de YEspana sagrada , il leur a permis de reconstituer en son entier, dans leur inestimable recueil, l’histoire ecclésiastique, civile et politique de la Péninsule au moyen âg*e. Or, je le répète, s’ils ont rempli à la satisfaction de tous cette tâche ardue, c’est sans autre aide que celui des pièces hispano-latines que je viens d’énumérer. Ils n’ont jamais eu besoin de recourir à des sources étrangères, que pour des faits peu nombreux et d’importance secondaire, qu’ils pouvaient omettre sans nuire à l’intégrité ou à la perfection de leur œuvre. Quant aux erreurs ou aux lacunes qu’on y rencontre, elles ne sont dues qu’à l’impossibilité où étaient Florez et Risco de consulter bon nombre de ces documents, alors encore enfouis dans la poussière des archives. Aujourd’hui qu’ils en sont sortis, il sera facile à leurs continuateurs d’effacer les unes, et de combler les autres, sans s’adresser ailleurs.
11 y a là, ce me semble, de quoi faire pardonner aux chroniqueurs et autres écrivains de toute catégorie, dont il est question en ce moment, leur style incorrect, souvent embarrassé, prétentieux et obscur, sans toutefois l’être jamais ou presque jamais assez, pour s’étendre en voile impénétrable sur la pensée de l’auteur. Ce pardon s’impose de lui-même, dès qu’il s’ag’it de la long’ue série des chartes de donation ou de privilèges, et des contrats d’intérêt privé. Ce qu’on demande, en effet, à ces sortes de pièces, ce sont des dates, des faits, des détails de mœurs, dont les nôtres fournissent aux esprits curieux une abondante moisson. Y chercher des modèles de beau langage, serait folie ; s’irriter de ne pas les y trouver, serait ridicule. En aucun pays et en aucun temps, les notaires n’ont eu souci d’enrichir les cours de littérature. Et encore est-il juste de rappeler que, sous ce rapport, les notaires espagnols du ixc siècle et des suivants se piquent d’une générosité inconnue aux nôtres ; car ils nous ménagent fréquemment, dans les préambules rimes des actes sortis de leur scriptorium, de très-agréables surprises auxquelles nous étions loin de nous attendre.
Se montrer moins indulgent pour les chroniqueurs et les biographes hispano-latins serait presque aussi injuste, et pour bien des raisons. Il s’en faut d’abord de beaucoup que les défauts signalés plus haut se retrouvent tous et au même degré dans chacun de ces écrivains. Moins saillants et moins nombreux dans Alphonse III, l’anonyme d’Albelda et Sampire, que dans Isidore de Béja ; ils ont presque entièrement disparu de la chronique du moine de Silos, qui est d’un bout à l’autre d’une lecture aussi aisée qu’attrayante. Ces mêmes défauts, en quelque proportion qu’on les rencontre dans l’œuvre de nos historiographes, sont d’ailleurs imputables en très-grande partie aux copistes ou éditeurs des âges
1. Le diplôme où Ramire II passe en revue toutes les donations faites à l’église d’Iria et au tombeau de saint Jacques par ses prédécesseurs, à partir d’Alphonse le Chaste, semble n’avoir été écrit que pour démontrer la fausseté de la prétendue donation de Ramire I à cette église, après la bataille de Clavijo, et du privilège de losvotos qui la contient. Cf. Ranimiri II, Privil. (a. 034), Esp. sag., XIX, p.3G3, 364. De même, il suffit de rapprocher le diplôme des votas de San Millan, attribué au comte Fernand Gonzalez, des diplômes authentiques de ce grand homme, pour reconnaître la fausseté du premier. J’en dis autant des actes du prétendu concile d’Oviédo, intercalés dans la chronique de Sampire par Pélage, comparés aux actes des autres conciles
espagnols du haut moyen âge, avec lesquels ils n’ont rien de commun. Il suffit d’ailleurs de se rappeler ce qu’était l'Espagne chrétienne d’Alphonse le Grand, sa grandeur, sa prospérité, le triomphe continu de ses armes depuis quarante ans, et les conquêtes qui en avaient été la suite, pour rejeter comme apocryphe et sorti d’un cerveau brouillé par l’Ovétomanie, le plat et ridicule dialogue que, dans ces actes, le pauvre Pélage prête au roi Alphonse et à ses prélats. Les prérogatives de la noble cité d’Oviédo n’ont pas besoin de faux papiers. Il leur suffit du chroniqueur d’Albelda (n. 58, al. 175). Ajoutons, par contre, que, n’en déplaise au P. Masdeu et à son école, le nombre de ces chartes apocryphes est singulièrement restreint.
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suivants, qui ont défiguré le texte original par leurs interpolations, leurs mutilations, leurs gloses, leurs bévues de déchiffrement, et souvent par des corrections inutiles, quand elles ne sont pas maladroites1. Quant aux incorrections ou obscurités dont les auteurs sont évidemment responsables, elles naissent toutes de la substitution des règles de la syntaxe rustique à celles de la syntaxe classique; ainsi que de l’emploi habituel de certains mots, soit dans un sens que la langue latine littéraire ne leur reconnaît pas ou qu’elle n’y rattache que rarement, soit sous une forme que cette même langue a rejetée ou qu’elle n’a jamais acceptée2. En tout ceci, il n’y a rien qui justifie la sévérité outrée de certains critiques trop délicats envers nos chroniqueurs. Leurs dégoûts affectés ne font tort qu’à eux-mêmes. Quoi de plus plaisant, en effet, que les petits cris d’effroi, lamine effarée et les ridicules grimaces de tels ou tels Gicéroniens de la Renaissance contraints d’aborder l’étude de l’inestimable Chronographie d’Isidore de Béja 3 ? Ne tombons pas dans ce travers, et n’oublions pas que l’histoire a plus besoin de vérité que de littérature. A son tribunal, la déposition honnête et loyale d’un témoin à la parole inculte, à la robe de bure usée et trouée jusqu’aux coudes, est accueillie avec une respectueuse reconnaissance ; tandis que l’inattention ou le dédain sont réservés aux récits que viennent débiter à sa barre, en périodes harmonieuses, des témoins ignorants, trompés, ou trompeurs, fussent-ils parés et attifés à la dernière mode de la Rome d’Auguste et de la Cordoue des califes espagnols.
Il est temps et, au gré du lecteur sans doute, plus que temps de conclure. Ce qui me semble ressortir avec une pleine évidence des pages qu’on vient de lire, c’est d’abord que les Espagnols du haut moyen âge ont possédé de véritables et nombreuses bibliothèques, à tous les moments de cette longue période de huit siècles; qu’ils les ont formées avec amour, entretenues avec soin, enrichies avec une ardeur et une générosité qui ne se sont jamais lassées ni démenties ; qu’ils ont mis enfin un zèle infatigable à les reconstituer, toutes les fois que la guerre étrangère amenait leur ruine ou leur dispersion. C’est, en second
1. Cf. Dozy, Recherches, 1, p. 4. J’étends à tous les chroniqueurs hispano-latins la remarque qui, dans M. Dozy, s’applique au seul Isidore de Béja. J’ai cru en outre devoir la compléter par l’adjonction des éditeurs modernes aux anciens copistes. Car, pour ne parler que d’Isidore, je crains bien que les premiers, en introduisant dans le texte de cet historien un grand nombre de leçons nouvelles tirées de Rodrigue de Tolède et de Mariana, ne l’aient en réalité plus altéré que restitué. Aussi me suis-je, dans le cours de ce travail, servi des éditions de Berganza ét de Sandoval collationnées entre elles, de préférence à celle de Florez, où les corrections dont je parle ont eu lieu sur une trop grande échelle. A propos de ces corrections inutiles faites à d'anciens textes hispano-latins, je dois avertir le lecteur que je mets de ce nombre celles qui sont proposées ici môme sous forme dubitative, et auxquelles je suis étranger (p. 246, not. 1, lign. 5, et p. 254, not. 4, lign. 9). Paricit et præmoneretur sont les vraies leçons.
2. Citons quelques exemples à l’appui de ce qu’on vient de lire : 1° la suppression de ce que nous appelions autre-
fois Y ablatif absolu et son remplacement par le nominatif absolu ; la disparition de la forme passive dans les verbes transitifs qui en sont revêtus , l’emploi de l'article dans
la déclinaison, et des verbes auxiliaires dans les temps et modes où la conjugaison classique ne l’admet pas, etc., etc. 2° Vel dans le sens de et; nisi très-fréquemment dans celui de sed ; sedeam, sedeas, sedeat, au lieu de sim, sis, sit, et avec la même signification, etc., etc. 3° Rebellium pl. Rebellia ( Isid. , Chron., n. 3; Chron. Albeld., n. 175, al. 58), Révolte; Præsagatio (Isid., ibid . ), Présage ; Pompizare (Jo. Bicl. et Isid. Pac.), être ignominieusement promené en public; Farmalium (Albeld., n. 162, 164, al. 46, 77), Discorde, rixe, sédition, etc., etc. Au lieu de cette dernière expression ne faudrait-il pas lire Farallium, du verbe farallar ou barallar (auj. Barajar ) que je retrouve sous la première de ces formes dans la quatrième addition faite aux Fueros de Castrojeriz, au temps d’Alphonse VI (1073-1109)?
3. Voir entre autres le jugement porté sur Isidore de Béja par Vaseo, dans Florez, E. s. VIII, apend. n, n. 6. Pour ma part, je donnerais bien volontiers tous les ouvrages de ce docte et très-élégant écrivain, en échange de Y Abrégé des temps ou Livre des événements du siècle, que le barbare Isidore avait composé (Cf. Chron. n. 63 et 71), et qui est aujourd’hui perdu. J’y joindrais même au besoin — que les amateurs du grand style me le pardonnent ! — l’Histoire d’Espagne de Mariana.
lieu, que ces mêmes Espagnols, loin d’être des barbares comme on l’a dit, vivaient en pleine civilisation chrétienne ; que cette civilisation n'a jamais souffert d’éclipse dans la Péninsule; qu’elle reste purement hispano-gothique, de Récarède à Ferdinand 1 de Castille, au milieu des transformations successives auxquelles, sous le coup de la nécessité, elle se prête avec une facilité merveilleuse; qu’enfin, dans ses transformations, elle s’accommode toujours de la plus admirable façon aux besoins du peuple qu’elle a enfanté et qu’elle prépare lentement à de si hautes destinées. Aux jours de paix et de prospérité qui suivent la fusion des deux races gothique et hispano - romaine , cette civilisation donne au royaume catholique de Tolède des littérateurs, des savants, des artistes, des théologiens, des jurisconsultes, dont, à la même époque, aucune autre contrée ne réunit une pléiade mieux fournie et plus brillante. Lorsqu’une odieuse trahison livre le pays au pillage, à la servitude, à l’abjection, cette même civilisation, incarnée et vivante dans l’Eglise, prodig’ue — le mot n’est pas trop fort — à la nation vaincue et près de succomber, tout ce que réclame la situation nouvelle que les événements lui ont faite : des clercs en assez grand nombre pour lui garder le dépôt littéraire et scientifique légué par les ancêtres; de saints évêques pour la guider vers Dieu et lui concilier le ciel; des rois, sages dans le gouvernement, intrépides à la guerre, pour maintenir l’ordre et la paix au dedans, et pour conduire au dehors, contre l’ennemi commun du Christ et de l’Espagne, les soldats sobres et dévoués qui chaque jour se pressent plus nombreux sous leur glorieux drapeau.
Cette intelligence si nette des nécessités du moment, cette sollicitude si prompte à y pourvoir, sont et seront toujours l’honneur de la civilisation hispano-chrétienne du haut moyen âg-e, à la période de la reconquête. Que d’autres lui reprochent de s’être bornée, dans l’ordre purement intellectuel, à garder tant bien que mal le terrain précédemment conquis; de n’avoir doté le monde ni de grands savants ni de grands lettrés; libre à eux. Moi, qui mets la patrie avant le monde, loin de m’associer à ces reproches, je me félicite qu’ils soient mérités; parce que, de cette façon, toutes les forces vives de la civilisation espagnole ont pu s’appliquer à la formation de la longue série des libérateurs de la patrie esclave, d’un peuple digne d’être commandé par de pareils chefs. Et quels libérateurs que ces Pélage, ces Alphonse, ces Ordono, ces Ramire, ces Ferdinand, ces Fernand Gonzalez et ces Gid Campéador1 ! Quels nobles cœurs, quelles âmes vaillantes, quels bras infatigables aux grands coups d’épée, à ces coups merveilleusements assénés, qui, si elle en eût été témoin, auraient fait pâmer d’aise la plus spirituelle des marquises de notre grand siècle2 ! Quelles joies mâles et vivifiantes j’ai goûtées moi-même en la compagnie de ces héros, au milieu desquels il m’eût été si doux de vivre et de mourir! En ces tristes années qui viennent de s’écouler, années de deuil et de persécutions pour l’Eg’lise, d’humiliations et d’amoindrissements pour la France, quelles consolations et quels lointains espoirs n’ai-je pas puisés dans le spectacle d’un peuple vaincu et terrassé, qui se relève plus fort qu’avant sa chute; d’une Egdise, qui ne paraît un moment vaincue et captive, que pour triompher ensuite
1. Non pas seulement le Cid de la poésie, mais le Gid de 1 histoire, tel qu il se montre à nous dans la chronique latine publiée par ltisco (La Castiüa y cl mas famoso Caslillan», apend. 6), et dans la dissertation où M. Dozya si bien mis en œuvre les documents arabes sur le même sujet (Recherches, II, p. I et svv.).
2. Aussi, lorsque je lis dans les historiens arabes du Cid (Dozy, Recherches , II, p. 2o) que ce vaillant homme tombait
en extase au récit plus ou moins légendaire des hauts faits de je ne sais quel guerrier arabe, je me dis, ou que ces historiens nous servent ici un de ces contes dont ils sont coutumiers, ou que le Cid avait au cœur des trésors d’admiration dont il ne savait que faire. Car, de tous les héros musulmans que M. üozy m’a fait connaître, je n’en vois aucun qui aille à la cheville d’Alphonse le Grand, de Ferdinand I et du Campéador lui-même.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
avec plus d’éclat! Et maintenant que, après des retards prolong-és à plaisir — le lecteur s’en est bien aperçu — il faut enfin me séparer de ces héroïques amis d’un autre âge; je leur dis adieu avec reconnaissance et regret : reconnaissance du bien qu’ils m’ont fait, regret amer de les quitter. Cette amertume ne sera certes pas adoucie par les folies et les bassesses du présent où je vais rentrer1.
31 juillet 1877.
1 . Un malentendu, dont il serait trop long d’expliquer les causes, ne m’a pas permis d’apporter tous les soios requis et nécessaires à la correction des cinq ou six premières feuilles de ce travail. De nombreuses fautes s’y sont donc glissées. Je ne relèverai ici que celles de ces fautes qui intéressent le sens. J'abandonne les autres à l’intelligente et patiente charité du lecteur. A ces corrections indispensables, je joins quelques additions ou modifications, dont le sujet m’a été fourni par les recherches que j’ai poursuivies au cours de l’impression.
Corrections : 1° p. 222 (not. 4, lig. 9), 231 (not. 1 Iig. 8), 246 (not. 1, lig. 5), et 253 (not. 4, lig. 9), supprimez les parenthèses et leur contenu, pour la raison précédemment indiquée (p. 344, n. 1). 2° p. 224, lig. o, 6, rétablir ainsi la phrase qu’une correction mal comprise a défigurée: « de la Lusitanie, où il était né, pour Constantinople. » Même opération, p. 254, ligne 3, où il faut lire : « Bordeaux, dès la la fin du siècle précédent, évidemment, etc. » ; 3° p. 224, lig. 11, 12: « Sirvium, » lis. « Sirvitum ». 4° Ibid, ; lig. 22 : «au sacerdoce» — « à l’épiscopat». 5° p. 229, lig. 2 : « (eût-il existé, ce qui n’est pas) » — « eùt-il existé (ce qui n’est pas) ». 6° p. 231 , ch. II, lig. 13 : « et assez » — « assez ». 7° p. 240, not. 4, lig. 11 : « royal, qu’il » — «royal. Car il ». 8° p. 246, lig. 8 : « fils de Witiza » — « frères et des fils de Witiza ». 9° p. 247, not. 3, lig. 10 : « cremavit » — « eremavit ». 10° p. 248, not. 8, lig. 3, et 273, lig. 19 : « Coïmbre » — « Porto». 11° p. 249, not. 2. lig. 1 : « montana, tenti » — «montana tenti ». 12° p. 259, not. 2, lig. 7:
« Ferdinand I » — « Ferd. [III. » 13° p. 269, lig. dern. : « Ce moine » — « et ce moine ». 14° p. 299, not. 1, lig. 15 : « 133 » — « 13 ». 15° p. 317, n. 3, I. 13: « 914 » — « 915. »
Additions : 1° p. 278, not. 6, dernière ligne, ajoutez: « L’erreur des auteurs ou déchiffreurs de l’inscription de Cardena consisterait donc simplement dans l'adjonction de la dernière unité de l’ère au chiffre mal lu de la férié. » 2° p. 315, not. 5. Il ne me paraît plus aussi clair que Y item de saint Gennade ait la valeur déterminative que je luÇprête dans cette note. Il se pourrait donc bien que les ouvrages rattachés aux précédents par cette particule n’eussent rien de commun avec saint Jérôme. Peut-être est-il question ici des Étymologies [de saint Isidore], et d’un Glossaire. 3° p. 317, n. 3, lig. 16 : terminez cette note après les mots « fut dressé » La conjecture que j’émets ensuite me paraît aujourd’hui dénuée de probabilité sérieuse. Alphonse le Grand pouvait bien confier à un de ses fils, associé à sa royauté, le gouvernement d’une province; mais il n’était pas homme à se dépouiller si facilement du droit de nomination aux évêchés. 4° p. 326, not. 5. Le doute que laissait subsister l’Ordinal, cité par Berganza, est dissipé presque entièrement par la note du copiste Jimeno, publiée en entier par l’Académie de l’Histoire de Madrid ( Mémorial Hist., II, p. x). On y voit, que 1 ’arc h i prêtre Jimeno était moine de San Millan, sous l'abbé Gomez, et qu’il terminait sa transcription des Étymologies d’Isidore, le 20 septembre 946, sous les rois Ramire II de Léon et Garcia Sanchez de Navarre.
TABLE DES MATIERES
MÉMOIRES QUI COMPOSENT CE VOLUME (Les planches doivent prendre place vis-à-vis de la page indiquée).
Pages
Avant-propos i-v
Bibliothèques du moyen âge, Introduction I
M. Letronne et la cosmographie des SS. Pères 7
T. Structure du firmament 15