‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 5 sur 335 · Revue..., p. 611, etc · texte numérisé non relu

Revue..., p. 611, etc

9. Voyez par exemple Füllehorn, Encxjcl. philolog., edent. Ivaulfuss., p. 48, etc. — Ast, Grundlinien der Hermeneutik and Kritik (Landshut, 1808), p. 168, sv. On y fait observer que cette faculté acquise par l’étude philologique, de dépasser le niveau factice des impressions journalières pour atteindre l’horizon où vivaient les grands écrivains, est une condition essentielle de toute bonne interprétation. Si quelque lecteur me trouve obscur, mon excuse sera de le renvoyer au texte : « So vverden vvir vveder das Alterthum im AUgemeinen (à plus forte raison , je pense, die Urvvelt), noch ein Kunstwerk oder eine Schrift verstehen, Avenu nicht miser Geist an sich und ursprünglich Lins wære mit dem Geistc des Alterthums, so dass e.r den ihm nur zeitlich und relativ fremden Geisti n sich selbst aufzunehmcn vermag. » Etc., etc. Cf. ibid., p. 171, sv. Qui ne jugerait pas cela trèsclair n’en peut accuser moi tout seul.

iv. — 2

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

qu’en vertu même des connaissances antérieures apportées à l’examen; en sorte que la probabilité de comprendre un passage est en raison de ce que nous savions déjà sur l’objet dont il y est traité, et de l'analogie entre l’emploi qu’y reçoivent les expressions et celui qui leur est attribué dans des passages connus. Si l’objet est inconnu ou élrange, si le discours, avec cela, se met peu en peine du développement des idées et de la propriété stricte des expressions, l’interprète n’a point de prise; le texte est entre ses mains une énigme. Nous le voyons même dans les auteurs grecs ou latins qui nous sont les plus familiers, mais où quantité de passages échappent aux plus habiles ‘. On les torture parfois, on a recours à des leçons plus ou moins forcées jusqu’à l’instant où la découverte d’un monument qui les éclaire, vient faire voir aux érudits qu’il n’y avait nul cliang'ement à y introduire, et qu’il manquait jusque-là une seule chose : la connaissance du fait même, pour le pouvoir lire dans son exposition. Que de textes des écrivains les plus étudiés ont obtenu et reçoivent chaque jour une interprétation nouvelle par les progrès de l’archéologie, sans que le texte lui même ait reçu ou perdu une lettre! Ceux qui avaient voulu traduire, et ceux qui avaient condamné les copistes ou l’auteur avant l’étude ou l’apparition des documents, s’étaient trop pressés; et les versions antérieures, pour littérales qu elles se prétendissent, peut-être à cause de cela même, se sont trouvées fausses par défaut de connaissances subsidiaires1 2. Cependant l’auteur attendait en paix que le progrès de l’étude vînt confondre ses critiques les plus intrépides3. Jusque-là, où était la version littérale? Il n’y en avait point, parce que, sans le contexte et la signification du texte entier, les mots ont quantité de valeurs possibles et pas une réelle.

Mais, malheureusement pour beaucoup d’hommes instruits, ce qui semble tout à fait palpable dans un auteur classique ne l’est plus dans le g’rancl livre du chrétien; et tel qui écrirait des pag’es sur une ligne de Cornélius Népos, ou au moins d’Hérodote4, a son parti pris antérieurement à toute étude sur des chapitres entiers de Moïse.

1. Éülleborn, op. cit., p. 57. Ceux qui ne sont point étrangers aux études philologiques de l’Allemagne, ou même qui ont eu seulement sous les yeux un catalogue de dissertations publiées en ce pays, savent combien de débats s’y élèvent pour deux ou trois mots d’un classique. Voyez encore entre autres une petite rectification pour la version française de Cicéron (De republica), dans une note du docte doyen de Rennes (M. Th. -H. Martin, Sur quelques anciennes prédictions d’éclipses; Revue archéologique, mars 1801, p. 1 Di, sv.). Ajoutons aussi une malicieuse sévérité du grave M. Patin contre l’abbé Prévost (Journal des savants, 1864, p. 113-113). On y verra qu’il est toujours bon de savoir ce dont on parle; eùt-on, d'ailleurs, tout l’esprit du monde. — Item, un professeur de droit romain à Rennes (M. G. de Cacqueray) consacre tout un volume à faire comprendre aux professeurs d’humanités et de rhétorique combien peu la connaissance du latin leur suffit pour expliquer Cicéron sans lui faire dire ce qu'il ne disait vraiment pas.

2. Cela est si vrai que, dans tout nouveau projet d’explication pour un texte, c’est la grammaire qui joue le moindre rôle; on en appelle toujours, et presque uniquement, aux lumières acquises d ailleurs sur le lait qu il s’agit dy lire.

Ast (op. cit., p. 177, 103) n’énumère pas mal ce qu’il faut d’éléments associés pour produire une bonne version : notions

historiques, sur le fait ou l’objet; notions grammaticales, sur

le mode d’exposilion ou la forme propre soit au siècle, soit à l’écrivain; notions psychologiques ou philosophiques, sur l’esprit de l’écrivain et sa sphère ambiante, d’où est venue la forme spéciale qu’a revêtue le fonds primitif. En sorte, dit-il, qu’une même ligne pourrait bien avoir chez Aristote tout autre sens que si elle est écrite par Platon. Et puis, jouez-vous aux premiers chapitres de la Genèse après ces théories de l'interprétation! Il ne s’agissait pourtant que de préparer à la licence ès lettres. Cela ne vaut-il plus rien quand il n’est question que de passer sur le corps à la théologie?

« Tout devient juste alors ! »

Pour moi, je pense que c’est alors double et triple contresens, loin d’avoir excuse quelconque.

3. La chose est trop fréquente pour qu'il soit nécessaire d'en citer des exemples. Ce n’est pas d’ailleurs à un antiquaire qu’il faut prouver de pareils faits; M. Letronne croirait à bon droit que je me moque, si je le renvoyais à ce qu’il ne peut ignorer; aux ouvrages des Heyne, des Bœkh, etc., pour ne parler que des travaux récents, et des Allemands que mon auteur parait affectionner. Autrement il faudrait faire la liste de presque tout ce qu’il y a jamais eu de philologues habiles et de scholiastes distingués.

4. Par exemple M. Letronne, dans le XIIe tome des Mémoires de l’Académie des inscriptions, entre autres.

LE CHRISTIANISME A-T-IL NUI AUX SCIENCES

ù est le sens littéral du début de la Genèse , et qui peut se flatter de le voir? L'Eglise, qui certes s’en occupe depuis longtemps avec quelque sérieux, ne nous a point fixés là-dessus, nous autres; et la Revue des Deux-Mondes prétend en déterminer le sens orthodoxe l Les Saints Pères, quels hommes! n’auraient fait que tâtonner dans une pareille question , et c’est Heyne ou M. Pott1, qui viennent en lever définitivement le voile!

C’est à la fois bien du respect pour les docteurs de Gœttingue ou d’Helmstadt, et bien peu pour le maître du peuple de Dieu. Or, que Pott ait tranché la question dans un opuscule du siècle dernier, je l’admire plus que je ne m’y rends.

Prenons de là néanmoins l’occasion de faire savoir à nos professeurs que tout le monde ne plie point pour avoir entendu ciler un nom allemand, pas plus dans un article de Revue , qu’en Sorbonne ou au Collég’e de France2. Autrement j’aurais eu bientôt fini de nommer Botsacc, Krag, Werchau, Engestroem, Rambach , Kirchmaier, Sennert, Kromayer,

Gramme, Meisner, Rottenbeck, Weissenbacb, Leonhard, Hottinger, Silberschlag, Leibnitz, Tribbechow, Rosenmüller, Eichhorn, Kurtz, etc., etc., auxquels la cosmologie biblique n’a pas semblé inextricable3. Mais enfin, ce qu’il y a de vrais savants (et je ne dispute point du tout à l’Allemagne sa véritable gloire en ce genre) ne peuvent méconnaître

I. Revue ..., p. 603. Pott imprimait à Berlin, en 1700, sons ce. titre: Moses und David keine Geologen. Je pourrais tout aussi bien dire : Letronne und Libri keine Theologen. Il est vrai qu'on ne tient guère ;t être théologien (titre un peu démonétise devant le public d'aujourd'hui), mais il serait bon d'y tenir au moins quand on se môle de thcologiser ; ou bien, que ne sait-on s’abstenir tout simplement? Le silence est donc chose bien difficile, même en ce que l’on ignore tout à fait (si habile qu’on puisse être en mainte autre matière) ! Je m’étais imaginé qu’il n’y avait rien de plus simple,

« stultus ego ! »

mais il parait que, pour attaquer l'Eglise, toute larme est assez bonne.

2 Cette année encore (1838), à la faculté des lettres, on s’appuyait aussi d’un nom allemand pour expliquer le sacrifice d’Abraham d’une manière tout à fait mythique, c’est-à-dire

à peu près illusoire. Mais, puisque les noms allemands ont un si grand poids, on pouvait en citer un autre beaucoup plus récent à l’appui du contraire. Voyez une dissertation publiée à Trêves cette année-ci même (1838), je crois, où l’interprétation préconisée en Sorbonne est formellement réfutée. Je sais bien qu’à la manière dont s’élaborent aujourd’hui certains ouvrages scientifiques français, ceux qui en connaissent le mystère peuvent être tentés de chercher hors de chez nous des garanties d’érudition véritable et des conclusions toutes formulées. Mais je sais aussi que plusieurs travaux d’outre-Rhin ressemblent, aux nôtres en cela, et que plus d'une réputation germanique perdrait tout autant à être sondée. Ceci ne soit dit qu’en passant; mais dans l’occasion je pourrais en donner des preuves.

3. Si l’on veut des Anglais ou des Flamands, nous pourrions bien citer encore Whiston, Burnet, Chalmers, Buckland, Wiseman, II. Miller, La Bêche, etc.; et M. II. -B. Waterkeyn (Géologie et scs rapports avec les vérités révélées, Louvain,

MELANGES D ARCHEOLOGIE.

que le poids de leur nom équivaut dans une question au poids de leurs raisons, ni plus ni moins; et qu’une fois la raison trouvée, ce qui n’appartient pas à tout le monde, l’appréciation de cette raison est dévolue à tout homme de sens qui sait ce dont il s’agit.

Quoi qu’il en soit, quel est donc le sens littéral du début de la Genèse ? pourrait me demander M. Letronne. Et qui m’empêcherait de répondre, sans la moindre hétérodoxie, que jusqu’à présent il n’y en a pas? que nous attendons pour interpréter le texte que les abords en aient été déblayés 4? Mais par qui déblayés ? De la main de M. Letronne si vous voulez, et par tout autre savant, mais savant véritable : non pas seulement archéologue, mais naturaliste, physicien, géologue; nous les appelons, nous les invitons, nous leur disons comme autrefois l’Ecriture : Assemblez-vous, évertuez-vous, concertez-vous et faites-vous battre 2. Compulsez, analysez, comparez, même plus sérieusement que vous ne faites jusqu’ici, c’est nous qui vous en prions; et quand vous aurez chacun dans votre sphère poussé vos théories, les uns jusqu’à l’absurde, les autres jusqu’à l’évidence, un théologien qui ne vous vaudra pas, ni en archéologue, ni en sciences naturelles, ni en physique générale, viendra, la Bible en main, expliquer au plus simple la profondeur et la haute portée de ce que vous jugiez pitoyable, de ce que vous déclariez enfanté par l'ignorance populaire d’une nation à peine civilisée3. Quand les neptuniens et les vulcanistes (ou plutoniens) auront terminé leurs débats; quand le soulèvement des montagnes aura été jugé sans appel, quand on saura si M. Poisson a dit vrai en terminant l’atmosphère par une couche d’eau4 qui lui serve délimité, etc., etc.; nous arriverons, avec des textes clairs comme le jour, pour montrer au monde, non pas que nous savions tout cela, mais que tout cela était déposé sous le sceau, entre nos mains, pour enseigner par un moyen nouveau à l’incrédulité des derniers âg’es, que Dieu est le maître des sciences* . Nous expliquerons en ouvrant la Genèse , sur les monceaux de vos livres réduits désormais à leur juste valeur, l’énigme divine du passé; comme le missionnaire assis sur les ruines de Tvr contemplait dans Isaïe la ponctualité de cette histoire de l’avenir. Voilà sur quoi nous comptons, ce dont nous nous battons; et ce qui fait que nous vous pressons de pousser vigoureusement vos travaux préparatoires, car ils ne sont que cela. Nous savons déjà quel verset de Moïse ou des Saints Pères il nous faudrait prendre6 pour justifier la foi en adaptant vos sciences à la parole qui ne passera pas; si ce n’était là faire trop d’honneur

1841). Le P. J. -B. Pianeiani avait rédigé dès 1826 un mémoire italien ( Cosmogonia naturale comparata col Genesi ) sur ces matières, qui n’a été imprimé que beaucoup plus tard à Georgestown, mais reproduit en Italie (1862) avec de nombreuses additions. On peut y voir que les saints Pères ne lui caussaient pas beaucoup d’embarras pour accorder la Genèse avec la science moderne. Mgr Meignan et le P. de Valroger ne s en montrent pas plus gènes aujourd’hui.

1. C’est ce qu’a fait voir récemment avec beaucoup de détails et de raison M. Reusch , dans son livre intitulé la Bible et, la Nature. Comparez aussi les recherches du Dr Gérald Molloy et de son traducteur français ( Géologie et Révélation , Paris, 1875). Il ne m’appartient à aucun titre d'annoncer que je sois disciple ni adhérent de l’un ou de l’aulre ; mais pourquoi ne dirais-je pas à mon aise qu’il reste encore plus d’un point noir, pendant que plusieurs (de droite aussi bien que de gauche) nous donnent l’horizon comme parfaitement éclairci ? Au moins y verra-t-on çà et là que la Bible n’est pas précisément désemparée encore par le tir opiniâtre des nombreux assaillants qui se croyaient en

mesure de franchir la brèche sans encombre, et de raser tout dans les premiers chapitres de la Genèse. 11 leur faut rabattre un peu de ces grands airs triomphateurs qu’ils ne se sont pas épargnés suffisamment.

2. Congregamini, ... et vincimini; ... confortamini, et vincimini; accingite vos, et vincimini. Isai. vin, 0.

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