AA. SS. Mart., t. II, p
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
out cela, vu les difficultés des voyages alors, montre un zèle et une confiance singulière dans les bibliophiles de ces temps; puisque, de nos jours même, de semblables prêts deviennent souvent funestes. Ainsi, à la fin du siècle dernier, Saint- Gai] perdit dans l'incendie du monastère de Saint-Biaise plusieurs ouvrages confiés à D. Martin Gerbert. Et dès le moyen âge, ou plutôt alors surtout, les mécomptes occasionnés par ces transports lointains n’étaient pas sans exemple D’ailleurs il fallait recourir à des exprès1 2, moyen tardif et hasardeux; si bien que Loup de Ferrières, tout empressé qu’il était à se faire communiquer des manuscrits, refusa (sans doute à cause des périls) d’en remettre à l’un de ces messagers, qui ne voyageait point à cheval 3. Saint Vandrille (vii° siècle) envoyait à Rome son neveu, pour y recevoir du pape saint Vitalien4 des livres qu’il destinait à la bibliothèque de l’abbaye connue alors sous le nom de Fontenelle.
Sainte Gertrude de Nivelle, au vu0 siècle, faisait venir de Rome des livres et des reliques5. Vers la même époque Taïo(Tajon), évêque de Saragosse, entreprenait le voyage d’Italie pour y étudier les œuvres de saint Grégoire le Grand6. On voit par une lettre du pape saint Martin à saint Amand (en 650) après le concile de Latran, que l’évêque de Maestricht lui avait demandé des livres aussi bien que des reliques7.
Dans treize des lettres de Gerbert 8 qui devint pape sous le nom de Silvestre II (x° siècle), nous voyons les mouvements qu’il se donne pour rassembler une bibliothèque, et les sommes qu’il employait à se procurer des livres de l’Italie, des Pays-Ras, de l’AlIemagne, etc. Ecrivant à Lupitus de Barcelone, il demande un ouvrage que celui-ci venait de traduire (de l’arabe, peut-être), et lui offre de son côté tout ce qu’il voudra en échange.
1. Cf. Heeren, op. cit., t. II, p. 11. Sur les difficultés des voyages on a le récit de d’Achery au sujet de l’embarras qu’éprouvaient les religieux de Ferrières (diocèse de Sens) pour arriver ou même s’orienter jusqu’à Tournai, et des deux années d’informations qu’il fallut à ces abbayes (de Saint-Martin-de-Tournai et de Ferrières) pour réussir à se mettre en rapport. Les communications devinrent sans doute un peu plus faciles lorsqu’on eut formé ces terribles piétons qui arpentaient la France et l'Angleterre de clocher en clocher, au compte d’une seule abbaye. Cf. Léop. Delisle , Biblioth. de l’École des Chartes , ne série, t. III, p. 382, sv.; ou Rouleaux des morts (1866). Dans cette publication, reprise pour la société de l’Histoire de France, je ne me serais pas plaint pour voir le sujet s’étendre à deux volumes au lieu d’un seul.
J’imagine que l'outillage itinéraire des porteurs devait être à peu près, avec un balandras, ce que nous voyons pour les valets de chiens, au mois de novembre d ms le calendrier du prétendu bréviaire de Grimani. Ils sont munis de grands bâtons pour sauter plus facilement les ruisseaux, sans chercher un gué ou un pont, et sans se mettre à la nage, pour abréger la course au risque de rhumes, etc.