Ceillier, t. XXI, c. xvi, § 6; et c. i, passim
4. Anselm. cantuariens., ep. lib. I, 10 et 43 , ap. Cei I lier, 1. c.
5. Anselm. ep. ap. Ceillier, t. XXI, p. 339. Cf. lib. I, ep. 51.
6. Voir Mabillon, Études monastiques, c. x. — Annales de philosophie chrétienne, t. I, p. 99, etc.
7. Voir v. g. Chronicon benedictoburanum. — Biblioth. max. patrum, etc. La suite de ces articles en offrira plusieurs encore, que je n’ai pas cru très-utile de relever tous ensemble.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
traités grammaticaux : « Ego ilium præstavi nepoti meo Ratherio , voto ut veniat ad alios libros nostros. » Népotisme à part, il est permis d’entendre sous ce langage que le manuscrit n’avait pas encore pris domicile définitif dans l’abbaye , mais était seulement donné pour l’avenir après l’usufruit que s’en serait attribué le donateur. Car le même bibliothécaire, homme de consigne, et qui « poussait la vertu jusques à la rudesse », formule ainsi l’unique moyen d’être admis à emprunter quelque volume ( ibul. , p. 569) :
« Nullus cuiquam concesserit extra
Ni prius ille fidem dederit, vel denique pignus Donec ad lias ædes quæ accepit salva remittat b »
eût pris aux moines de Reichenau , que la jurisprudence de ce vieux routier fût maintenue par ses successeurs! Mais
« De grands seigneurs leur empruntèrent ; »
et plusieurs chariots de livres quittèrent l’abbaye au xvc siècle pour aller au concile de Constance qui, mauvais créancier et plus brouillon que conservateur , ne rendit aucune nouvelle de ce prêt malencontreux. Aussi Pregizer (ap. Zieg*elbauer, ibid. , p. 572) prend la liberté de comparer ce fameux concile à l’antre fatal de Gacus, ou à la caverne du lion :
« Vestigia nulla retrorsum. »
On verrait encore dans le Thésaurus de Martène (t. IV, p. 1622) d’autres livres perdus pour avoir été communiqués au dehors; et saint Anselme (. Epistol libr. II, 50) éprouva la même déconvenue à l’abbaye du Bec. N’est-ce pas engageant? Et puis plaignez-vous des bibliothécaires qui se retranchent dans la consigne de leur fonction, pour le bien de l’office confié à leur garde; au lieu de faire les aimables à leur compte personnel (lâcheté réelle bien plus que politesse g’racieuse) dont quelques-uns font mine de se piquer pour déserter tout simplement leur poste en courtisant la gratitude plus ou moins méprisante d’étrangers qui les exploitent aux dépens de la communauté !
Pour des temps plus modernes on trouvera des accidents semblables arrivés à des bibliothèques de Valladolid et de Sahagun. Moralès ( Viage , in-fol°, 1765, p. 14 et 38) raconte que des évêques s’y étaient fait prêter par le supérieur divers manuscrits. L’un des prélats avait au moins laissé un billet comme quoi il ne retiendrait pas ce livre au-delà de quatre ou cinq mois; mais par le fait, un an s’était passé sans que l’on vît rien revenir. Le savant espagmol dépose cela comme témoin oculaire , et ne paraît en féliciter ni prêteurs ni emprunteurs.
Ce n’eût pas été g’rand mal que des avis semblables fussent parfois confiés à la presse pour l’éducation de ceux qui ne songent pas suffisamment qu’un dépositaire ne doit point se constituer en propriétaire insouciant, avec le jus utendi et abutendi. Au bibliothécaire, de savoir défendre et protéger son dépôt chaque jour, sous peine de forfaiture.
I . Sigoald, patriarche d’Aquilée en 772, donnait cet ordre à dices, aut vasa sacra... quof|uo modo donare, aut alicnare. » un monastère de Brescia : « Nulli licentia concedatur co- Cf. Fed. Odorici, Antichità cristiane di Brescia, P. I, p. 9.
BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE
1 y avait toutefois des accommodements, mais les précautions prises ne paraient pas toujours aux abus de confiance dont les résultats n’étaient que trop palpables pour les bibliothécaires expérimentés (et ceux-là seuls s’y connaissent). Comme on vient de le voir, une parole d’honneur n’y suffisait ordinairement pas. On exigeait un dépôt qui ne devait être rendu qu’après le retour du livre emprunté 1 ; ce qui n’empêchait pas toujours que I on ne se trouvât perdre son prêt, mais au moins avait-on de quoi s'en compenser par une indemnité quelconque 2 ag’réée d’avance bilatéralement pour couvrir le manque de parole.
Suite des ressources imaginées pour former des bibliothèques, ou qui se produisirent comme d’elles-mèmes, une fois l'impulsion donnée : collection de livres commune à plusieurs maisons; — transcription, et organisation de cette mesure érigée en règlement; — sortes de réquisitions; — singuliers auxiliaires (les religieuses). — Détails sur l’érudition des religieuses et même des séculiers au moyen âge.
'aurais pu parler des voyag’es entrepris ou utilisés pour les bibliothèques au moyen àg’e, par la transcription des livres 3; mais, outre les faits que j’ignore, j’en omets à dessein un bon nombre pour me borner à ce qui mène plus directement au / but. Parlons de la transcription, non plus comme d’une œuvre de zèle seulement,
| mais comme observance générale établie par les règles.
Lorsque l’ignorance, d’une part, rendit les copistes plus rares ou même presque ' i introuvables hors du clergé, et que d’ailleurs les dévastations des barbares ou l’in-
^ soucinnce de leurs successeurs diminuèrent chaque jour la possibilité d’obtenir
d’anciens manuscrits, les moines, chez lesquels s’était réfugié ce qui restait de science en Europe, établirent parmi eux l’exercice de la transcription, et y consacrèrent une partie du temps que leurs prédécesseurs avaient donné au travail des mains. Cette manière de perpétuer et de multiplier les écrits anciens avait commencé avec les institutions monastiques elles-mêmes pour ainsi dire, sous quelque forme qu’elles se produisissent, puisqu’au iv° siècle saint Jérôme 4 et saint Epbrem 5 recomman-
1 . L. Delisle, le Cabinet des mss. de la Bibliothèque nationale, t. Il, p. 124, sv.; 78, 43.
Puis, ii la rentrée d'un volume, on en donnait souvent quittance pour éviter les revendications postérieures.
2. Ce sentiment du péril encouru par un prêteur de livres persistait encore chez les écoliers il y a soixante ans, du moins vers la Normandie; témoin l’enfantillage macaronique que j'ai vu jadis écrit sur plusieurs livres scolaires auprès d'une potence soutenant son homme par le cou :
« Aspice Pierrot pendu « Quia librum n' a pas rendu ;
« Si librum reddidisset,
« Pierrot pendu non fuisset. »