Ord. Vit., lib. ni
o. Voir le Nouveau Traité de diplomatique, t. I, etc. Elles
étaient communément destinées, ce semble, à écrire des choses qui n’avaient pas besoin d]être conservées longtemps, comme par exemple celles qui devaient plus tard être mises au net. Cette question déjà traitée par plusieurs hommes capables (J. E. E. Walch, Trombelli, etc.) a été l’objet de mémoires importants depuis une trentaine d’années. Cf. Biblioth. de l'Ecole des Chartes, me série, t. I, p. 393, svv.
Le parchemin coûtait cher, et l’on évitait de s’en servir pour tout ce qui n’était pas écriture définitive destinée à un long usage. De là, entre autres motifs, cette censure d’Etienne, abbé de Citeaux (S. Bernardi opp., t. I) : « Inter- « dicimus auctoritate Dei ne quis hune librum, magno labore « præparatum, inhoneste tractare præsumat. »
0. On peut voir quelques détails sur ce nécessaire des copistes anciens, dans les Éléments de Paléographie, dans Fumagalli (passim), dans D. Bessel (t. 1), et dans les Recher-
BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE
communautés (comme Saint-Guilhem-du-désert, en Aquitaine) exigeaient, pour s’en épargner la dépense, que chaque novice apportât avec lui deux écritoires garnies, dans le trousseau qu’il devait fournir dès son entrée en religion1.
On voit une préoccupation de copiste positif dans cette réponse du monastère de Nieulsur-Autize à une notification d’obit ( Rouleaux des morts, p. 390) :
« Vilior est liumana caro quam pellis ovina :
Extraliitur pellis et scribitur intus et extra ;
Si moriatur homo, moritur caro, pellis et ossa. »
Le scriplorium n’était pas l’unique moyen imagané pour fournir aux bibliothèques. Le zèle des abbés avait suggéré des expédients, dont la variété nous montre que la coutume n’était pas l’unique soutien du mouvement bibliographique. Tantôt c’est un appel à la bonne volonté commune , tantôt le recours à la puissance des princes ou à l’autorité capitulaire pour avancer les affaires de la bibliothèque et accroître son revenu : soit par des engagements réciproques des officiers de la communauté, soit par des chartes seigneuriales, soit par des règlements de l'abbaye. Nous avons vu un chapitre général (à Saint- Guilhem-du-désert) frapper les postulants d’une sorte de contribution au profit du mobilier des copistes; l’abbaye de Corvey, en 1097, visait à un résultat plus direct en statuant que chaque novice, le jour de sa profession, donnerait à la bibliothèque un livre qui ne fût pas commun 2. C’était fonder une sorte de série historique pour l’ahbaye, en même temps qu’un revenu net pour Y armarium. Aussi le même abbé statua-t-il que chacune des maisons soumises à sa juridiction eût à rédig*er régulièrement ses annales pour les remettre au bibliothécaire de Corvey. L’ancienne Gorbie (picarde) 3 détermina une taxe que devaient acquitter régulièrement au profit de la bibliothèque toutes les fondations de sa dépendance; et, pour rendre ce règlement plus oblig’atoire, on le fit confirmer parle pape Alexandre III (xu° siècle). A Bèse, en Bourg’ogme (xne siècle), une imposition en denrées et à terme fixe fut établie, dans ce même but, sur tous les tenanciers et g'ens de l’abbaye ; et, au dire du chroniqueur4, le bon abbé eût bien voulu porter plus haut la redevance exigée, mais il n’osa trop em-
clies diplomatiques des Bénédictins de saint Maur. Je m'interdis presque tout détail sur le matériel du scriplorium, afin de ne pas m’écarter du but de ce mémoire, où je me propose pour objet les bibliothèques du moyen âge. Tout en me restreignant à ce point de vue, je laisserai encore assez de lacunes, sans aborder d’une manière superficielle ce qui n’y a pas un rapport nécessaire.
Transcrivons toutefois, et à valoir autant que de raison (sans préjudice pour les renseignements donnés par Théophile De encaustico ), une recette pour l’encre qu’Endlicher (p. 56) a trouvée intercalée au xue siècle dans un Virgile du xe :
“ Vitreoli quarta, mediaque sit uncia gummæ;
« Integra sit gallæ, superaddas octo falerni. »
Le dosage n’est, pas d’une précision officinale très-satistaisante, mais des tâtonnements bien dirigés sur cette voie conduiraient peut-être à quelque résultat utile.
1. Annal. Benedict., t. VI, p. 1156; ap. Lebeuf, Disser- « tâtions , 1. c. — Cf. Du Gange, v. c. « Debet habere... « ille qui fuerit monachandus, pro suis vestibus et arnesio
« duas cucullas et floccum unum, duo scriptionalia cum « pennis, duas tunicas, etc. » Statutum Capituli generalis monast. Gellon. anno 1150.
2. Hist. de la Biblioth. de Corvey , ap. Scriptor. Rer. Brunsvie. Legem fecit Marchwartus ul quivis novitius in die prol’essionis suæ, etiam librum donaret bibliothecæ utilem et alicujus pretii. Voluit etiam ut quilibet præpositus vel abus historiarum peritus monasterii sui uostro subjecti, chronicon colligat cique mittat ad futuram rei et posteritatis memoriam.
3. Lebeuf, Dissertations, t. IL Cf. Ziegelbauer, t. I, p. 471.
4. Spicileg., t. I, Chronicon Besuense : Domnus abbas Gerardus audiens quod ex quo venerabilis Joannes cantor ex bac vita migravit, monimento librorum nemo condidisset ; constituit ut omni anno canton de unaquaque obedientia hemina frumenti daretur. Nolens, quamvis majora vel Ici , aliquem gravare; quo libentius ditiores et pauperiores præberent. assensum, et futuris non esset onerosum. Oinnes veru obedienliarum præpositi huic decreto quod eis iu remissionem peccatorum njungebatur assenserunt, et libenterse
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
brasser dans la crainte de mal étreindre. Sa modération lui réussit du reste, et les obédienciers, s’exécutant de bonne grâce, acceptèrent la réquisition qu’on exigeait d’eux pour leurs péchés. La bibliothèque de Fleury (Saint- Benoît-sur-Loire) paraît avoir disposé d’un moyen de recrutement bien autrement efficace. Tout élève de son école avait à présenter chaque année deux volumes en manière d’honoraires ; ce qui devait faire un véritable tribut monstre, puisque les écoliers de Saint-Benoît-sur-Loire passèrent, dit-on, le nombre de cinq mille au xe et xf siècle1. On comprend dès lors comment cette illustre abbaye possédait une des plus belles bibliothèques de la chrétienté, lorsqu’au xvic siècle Odet de Goligny, son abbé commendataire, la livra aux fureurs des calvinistes que ses frères (l’amiral et d’Andelot) dirigeaient2. Aussi ses livres se dispersèrent-ils au loin.
Saint-Martin-des-Champs (près Paris), Philippe était bibliothécaire en novembre 1261, et peut bien avoir conseillé au prieur Milon la mesure que voici : outre une dotation d’un revenu annuel de vingt sous pour les livres du prieuré, il augmenta le chiffre des redevances que les baillis et prieurs payaient chaque année à la bibliothèque pour la reliure et la réparation des principaux livres de la maison 3.
M. L. Delisle [Ibid., t. II, p. 405) indique une contribution imposée aux différents prieurés de Saint-Bénigne-de-Dijon pour l’achat du parchemin nécessaire à la bibliothèque de son abbaye principale. Quant à Cluny Y Histoire littéraire de la France (t. XII, p. 354) signale une manufacture de parchemin appartenant à ce grand monastère.
La reliure des livres entraînant des frais considérables, avait été l’objet de semblables mesures. Dès la fin du vmc siècle l’abbaye de Saint-Berlin obtenait de Charlemagne un diplôme4 par lequel cet homme extraordinaire sentant le sérieux de tout ce qui avait quelque rapport à la conservation et à l’ornement des livres , autorisait les chasses destinées à fournir des peaux pour la reliure. A son exemple plusieurs seigneurs s’intéressèrent à cet objet, et firent des fondations pour subvenir à cette dépense5. Les abbés de Saint-Père-en-Vallée à Chartres, et de Vendôme6 (au xifi siècle), fixèrent une taxe annuelle à lever sur toutes leurs dépendances pour mettre le bibliothécaire à même de pourvoir aux frais de reliure.
A Corbie (sur-Somme), pour subvenir aux dépenses que réclamaient la conservation et
hoc acturos promise™ nt, Sancitum est hoc a prædicto abhate omnibus laudantibus.... atque statutum ut a Kal. octobr. usque in Kalend. novembr. idem donum unusquisque solutum habeat.
1 . Joann. Rose., Biblioth. Floriacensis ; etc., etc. Cf. Ziegel-
bauer, t. I. C’est ce qui explique comment. Saint-Benoîtsur-Loire avait encore, au xvie siècle, plusieurs marchés, et bien des établissements qui supposaient une tout autre population que celle qui lui reste aujourd’hui. Cf. Marchand, op. c. Mais Y Histoire littéraire de la France (t. VII, p. 35) n’ose pas garantir les chiffres donnés par mes auteurs. Cf. L. Delisle, le Cabinet des mss t. II, p. 365, sv.
2. Sur le sort singulier de cette bibliothèque , cf. N. Tr. de Dipl. m, 49. — P- d’Ebulo carmen, præf. — Jubinal, Rapport., etc, 1838. — 1'. Paris, Mss. françois... de la biblioth.
durai, t. IV, p. 51 — 57, et 59. — Sinner, Catalog. biblioth. Bernens. — etc.