L OPINION. LES MŒURS. LES LOIS ET SANCTIONS
l'organisation SOCIALE. l'ÉDUCATION.
. L'opinion et les idées-forces collectives. Leur puissance pour faire prévaloir le type normal de l'espèce. — II. Les mœurs* Lois psychologiques qui, selon Auguste Comte, assurent la prééminence progressive de l'altruisme dans les mœurs. Comment ces lois ont besoin d'être complétées par la considération des idées-forces. — III. Les lois, les sanctions et Y organisation sociale. La loi et la justice. Les sanctions et la défense sociale. Puissance et limites de l'organisation sociale. — IV. Védacaiion sociale et la culture morale.
l'opinion
Les moyens de réalisation de Tidéai moral sont d'abord individuels, puis sociaux, enfin cosmiques et, selon quelques-uns, supra-cosmiques.
Chez l'individu, l'idéal moral appelle un pouvoir quelconque de l'actualiser, une « liberté ». Nous avons vu que ce pouvoir, dans une morale scientifique, doit être conçu en conformité avec les conditions et lois de la science, qui ne sont autres que le déterminisme. L'idée-force qui nous fournit Tidéal moral nous fournit également le degré de liberté scientifique et pratique en corrélation avec cet idéal. C'est un point sur lequel nous n'avons pas à revenir.
S12 MOBALE DES IDÉES-FOBCES
Occupons-nous donc des moyens sociaux de réalisation pour Tidéal moral. Ce sont encore les idées-forces qui vont nous les fournir. Le premier de ces moyens, en oHet, est Tensemble même d'idées-forces qui dirige une société et (\m s'exprime avant tout dans ce qu'on nomme ['opinion, sorte de commune doctrine morale. I/i)|)inion crée pour chacun un honneur social qui ira se confondant avec l'honneur moral. Elle imposera toujours le décorum, la décence ; il y aura toujours dans les rapports mutuels des hommes une sorte de vêtement psychique aussi indispensable que le vêtement corporel ; il y aura toujours une politesse des manières, une civilité des mœurs, distinguant rhomme de la béte et le « civilisé » du sauvage. Le sentiment populaire saisira toujours spontanément le contraste de l'homme moderne avec le primitif. La science historique nous apprend que le type purement animal fit place d'abord à Vhumanilé sauvage, puis le type humain sauvage au type barbare, enfin le type barbare au type civilisé : le peuple a Tinstinct de cette ovohition. Il reconnaît du premier coup le retour des ty|)es disparus qui a lieu chez certains individus inférieurs ; (le là ces outrages populaires : « brute, sauvage, barbare ». De même, le peuple change les noms d'animaux en injures : il (létrit le retour de Thomme à des formes de vie moins belles et moins bonnes.
Ce sentiment de la « normalité », qui n'est autre, comme nous Tavons vu, que In conformité à l'idée-force de l'espèce, jouera un rôle de plus en plus important dans l'opinion publique. Môme au point de vue purement matériel, une certaine honte s'attache, en présence d'auirui, au fait involontaire d'être dilïbrme, bossu, boiteux, borgne, nain. L'intérêt de Fespèce liera toujours une sorte de disgrâce et de ridicule aux déviations de la forme normale , quoique excusées d'avance et non imputables à l'individu, qui en est la victime et non la cause. A plus forte raison s'il s'agit de la difformité mentale, qui, encore une fois, diff'é-