‹ Morale des idées-forcesChapitre 22 sur 136 · DOIT-ON FONDER LA SCIENCE MORALE ' XXXIII · texte numérisé non relu

DOIT-ON FONDER LA SCIENCE MORALE ' XXXIII

d'après notre constitution intellectuelle. Une illusion psychologiquement naturelle et subjectivement nécessaire n'en serait pas moins une illusion au point de vue objectif.

Entre les diverses sortes de fondements que nous venons de déflnir nous n'apercevons pas la moindre incompatibilité. Dans une remarquable étude publiée par la Revue de métaphysique et de morale (1), on a soutenu qu'il faut choisir ; nous choisissons les trois sortes de fondements à la fois. Tant que l'un manque, l'édifice de la morale n'a pas de bases complètes : il peut demeurer une construction très logique et intérieurement cohérente, mais il n'a pas d'assises dans la réalité.

Le caractère propre de la morale des idées-forces, c'est que les fondements sur lesquels elle repose sont indivisiblement psychologiques (analyse du sujet conscient), cosmologiques (analyse des objets et valeurs objectives), sociologiques (rapport des sujets entre eux), épistémologiques (rapport du sujet à l'objet). Toute idée n'est-elle pas, selon nous, un acte du sujet relatif à un objet conçu également par les autres sujets, avec un rapport du sujet à l'objet qui constitue le degré de validité appartenant à l'idée? Ainsi s'unissent scientifiquement et philosophiquement tous les points de vue. Notre bien subjectif contient parmi ses éléments la satisfaction de l'intelligence, qui elle-même ne peut être satisfaite que par des raisons objectives, c'est-à-dire par des idées valables pour tous les sujets pensants ; il en résulte, grâce au moyen terme de l'intelligence et de ses idées, une introduction du point de vue impersonnel dans la satisfaction de notre volonté personnelle. Les êtres inintelligents sont déterminés par des lois; les êtres intelligents sont déterminés par la représentation même des lois, qui est une idée-force. De là une synthèse de la morale subjective et de la morale objective, de la morale psychologique et des morales

(1) M. Lalande : Sur une fausse exigence de la raison dans la méthode des sciences morales (1907).

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