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METHODE ET FONDEMENTS LOGIQUES XXXVII

plutôt que de trahir l'honnêteté? La morale, elle aussi, est une connaissance, mais cette connaissance porte précisément sur les valeurs et fins de la pratique. Vouloir la traiter comme l'astronomie ou la physique moléculaire, c'est ne tenir aucun compte des différences spécifiques, ce qui est cependajjt la première démarche de la science.

Dans la morale des idées-forces, le lien de la pratique avec la théorie est plus indissoluble encore que partout ailleurs, puisque c'est aux idées mêmes qu'appartient la force pratique, grâce à ce qu'elles enveloppent de satisfaisant pour rintelligence, la sensibilité et la volonté. La science de la conduite, en définitive, ne saurait être ni pure logistique ni pur pragmatisme. La logistique se joue autour des choses ; la morale est le cœur de la vie vécue. Le pragmatisme se contente des résultats pratiques sans s'inquiéter de la vérité des principes ; mais, si la morale n'est pas d'abord vérité, qui donc se sacrifiera pour elle ?

CARACTÈRES PROPRES DE LA MORALE DES IDÉES-FORCES LES FAUSSES MÉTHODES SCIENTIFIQUES

Pour fonder logiquement la science morale, il faut d'abord déterminer le caractère spécifique de la moralité. Tout objet d'étude, en effet, a sa « différence propre », qu'il faut mettre en lumière avec l'aide de l'expérience et ne jamais oublier dans le cours de ses recherches. On doit ensuite employer et créer au besoin une méthode appropriée à l'objet même. La doctrine des idées-forces suit cette voie. Elle met d'abord en lumière la nature sui gêner is de l'acte moral, à la fois personnel par la volonté consciente dont il émane, impersonnel par l'universalité de son but. Examinez les principaux types de moralité qu'offrent les sociétés passées et les sociétés présentes, vous reconnaîtrez que le désintéressement de l'individu en vue du groupe a toujours été considéré comme le fond de l'acte moral.

XKXVm INTRODUCTION

Or, un tel acte n'est ni biologique, ni primitivement sociologique ; il est en lui-même psychologique. C'est Je principe d'où part la méthode des idées-forces.

Cette méthode a deux caractéristiques : l** elle pousse jusqu'au bout, les procédés classiques de toute méthode, de manière à obtenir, comme nous lavons déjà dit, l'analyse radicale et la synthèse intégrale des réalités intérieures ; 2"* elle y joint la réalisation des idées par leur force automotrice. Elle fait sortir d'abord Tidéal du réel, puis le réel de l'idéal. Sa marche progressive va des formes de la moralité jusqu'à son fond le plus intime ; elle montre que, si tel élément encore extérieur, — par exemple biologique ou sociologique, — est nécessaire, il n'est cependant pas suffisant ; il a donc besoin d'être complété par un élément plus interne, d'où il reçoit un sens plus profond et une vérité plus large, jusqu'à ce qu'on arrive, par delà les organes de la moralité, à l'âme même. C'est cet élément dernier et essentiel qui seul introduit la vie et l'harmonie dans le tout. I/analyse ainsi dirigée à fond fournit elle-même la synthèse, en révélant le rapport des divers élémenls avec l'élément fondamental.

Une telle manière de procéder n'est pas un jeu de concepts ni de déductions abstraites : n'avons-nous pas vu qu'elle part des faits, non seulement biologiques et sociologiques, mais psychologiques? Parmi ces faits, la morale des idées-forces étudie celui même qui est la condition de tous les autres : le fait de conscience, puis ridée morale, qui, selon nous, en dérive directement. Les déductions ne viennent qu'ensuite et ne partent nullement de notions à priori ou abstraites, mais de faits concrets et de lois expérimentales.

Cette méthode analytique et synthétique» par l'unité de son but, nous semble propre à diminuer les divergences relatives au bien parmi les hommes. D'où viennent, en effet, ces divergences ? — De linsuflisance des points de vue, qui demeurent particuliers et bornés, faute d'une analyse exhaustive et d'une synthèse çompréhensive. Étroitesse et courte vue sont les grands maux de Thumanilé ; en morale, ilsengendrent division et

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