XL INTRODUCTION
raie, les fournissent tout autres que ce que croient la plupart des savants, d'après des analogies superficielles qui, pour être empruntées au domaine des sciences, n'ont elles-mêmes rien de scientifique. La biologie et la sociologie, notamment, ont été mal interprétées dans leurs conséquences ; delà le pseudo- darwinisme transporté dans l'ordre moral et social avec toute la brutalité de ses assertions, qui ne sont pas même exactes pour les animaux, à plus forte raison pour les hommes (1).
(1) La vraie méthode scientifique ne consiste pas dans l'emploi d'une terminologie qui cache l'obscurité et la confusion des idées sous l'apparente précision des termes techniques : processus, intégration, différentiation, adaptation, psychose, symbiose, etc. Il ne suffit pas d'affubler de termes scientifiques un amas de notions Don définies, non démontrées, pour faire de la « morale scientifique w. On abuse aujourd'hui, par une sorte de charlatanisme inconscient, du nom vénéré de la science, pour faire croire au public qu'on a résolu les problèmes moraux en les transposant dans la langue des sciences physiques et naturelles. Soit, par exemple, le problème de la responsabilité. Aura-t-on beaucoup avancé la question en disant, comme certains savants de l'école physiologique : « Le crime n'est pas une enlUé juridique. — Qu'est-ce qu'une enliié juridique ? — Le crime « est une modalité des cofiectivités ». — N'est-ce point aussi, demanderons-nous, une modalité des individualités ? — Le crime est « un phénomène de la vie sociale comme l'ivrognerie, la charité, la débauche, la compassion, etc. » Cette confusion des vices et des vertus, sous prétexte que tout y serait social, est-elle vraiment scientifique ? N'y a-t-il aucune distinction entre la charité et l'assassinat ?
Beaucoup d'hommes de science, hors de leur domaine spécial, se contentent des vues les plus incomplètes. Si quelqu'un s'avisait de soutenir devant un astronome que, le soleil étant plus près de la terre en hiver, il doit faire plus chaud, l'astronome hausserait les épaules en disant : — Vous ne tenez compte que d'une seule donnée; vous oubliez la durée plus courte de la présence du soleil au-dessus de l'horizon, l'obliquité plus grande de ses rayons, etc. — Mais faites raisonner ce même homme de science sur la morale, la politique, la philosophie, l'éducation, que de fois il argumentera de la manière même qu'il vient de blâmer!
La vraie science consiste à observer, à définir, à démontrer, à ne point dépasser sans cesse les prémisses dans les conclusions, à ne pas abuser sans cesse de l'ambiguïté des termes, à ne pas ignorer la vraie question pour passer à côté, à ne pas commettre de perpétuelles pétitions de principes. Quand les « scientifiques « s'aventurent dans la philosophie et dans la morale, ils entassent généralement, avec la maladresse de l'inexpérience, tous les paralogismes énumérés dans les traités de logique. Ce qui ne les empêche pas d'aff'ecter le plus profond dédain pour les philosophes. Ceux-ci n'en continueront pas moins de croire que déraisonner en termes savants n'est pas raisonner scieiîtifiquement.