‹ Morale des idées-forcesChapitre 50 sur 136 · I. Nécessité d'une analyse expérimeotale de la coa&cieace · texte numérisé non relu

I. Nécessité d'une analyse expérimeotale de la coa&cieace

II. Cogifo, ergo sumus. Le sujet conscient et l'objet pensé. —

III. Impossibilité du « solipsisme » selon les lois expérimentales de la conscience. — IV. Aitalyse du c^ito {saite). L'attribut et Jç verbe. UniversaUté et socialité essentielles de la pensée.

NÉCESSITÉ d'une ANALYSE EXPÉRIMENTALE DE LA CONSCIEN.CE

Comme la «eience et la philosophie, la morale doit tendre, selon nous, à s'établir sur rexpérienee complète, non pas seulement extérieure, mats encore et surtout intérieure (1). Or, quelle est rexpérienee première que toutes les autres supposent et impKqaent ? C'est la cons-

(1) Voir rintrodnetion.

cience de soi, immédiate et spontanée. 11 faut donc, avant tout, reclierclier la constitution de la conscience, pour pouvoir en déduire des conclusions morales vraiment fondées sur la plus primitive et la plus inébranlable expérience, 11 faut que la conscience de notre être vivant et agissant découvre en soi sa propre loi, soit à elle-même sa loi; il faut qu'elle fournisse tout ensemble à la morale une réalité indiscutable comme point de départ, un idéal indiscutable comme point d'arrivée.

Le centre de perspective auquel nous nous placerons ainsi dès le début sera uniquement et exclusivement expérimental, psychologique, ou même plus que psychologique ; il sera antérieur à toute spéculation ontologique^ antérieur à toute critique de la connaissance. C'est son originalité.

La « conscience morale », à nos yeux, n'est pas une sorte de faculté séparée, distincte des autres ; elle est réductible à la conscience de la vie et de l'être. Celle-ci, en pénétrant jusqu'au fond de soi, y trouve un acte essentiel, auquel on a donné le nom de « Raison » et dont on a fait une « faculté » séparée. Cet acte est la conscience même de notre manière la plus radicale de penser et de vouloir. 11 consiste, nous allons le faire voir, dans V objectivât ion à portée universelle^ inséparable de toute réflexion du sujet individuel sur soi. Raison et conscience ne font qu'un. L'unique factum rationis, pour parler comme Kant, est, selon nous, le factum conscientiœ; c'est le fait même de l'existence interne du sm/W vivant et sentant, qui, en dehors de toute spéculation métaphysique ou critique sur sa nature, prend conscience de soi dans l'affirmation de chaque existence objective et dans l'affirmation de tous les autres sujets avec lesquels il est en rapport nécessaire. Au cœur de la conscience doit être établi « l'altruisme » intellectuel, germe de l'altruisme volontaire ; là aussi doit se trouver le vrai germe de l'idée de « solidarité » universelle. Là enfin est le vrai « positivisme ». Une morale positive, en effet, doit reposer sur des

Vérités qui soii'iit : P objectives, en ce sens qu*elles ne dépendent pas de nos désirs personnels et siibsisteni indépendamment d'eux ; 2" vériliables par Texpérience intérieure et extérieure. Nous ne parlons pas seulement de cette vérification indirecte qui consiste en des résultats pratiquement « commodes ^>, comme diraient certains géomètres* Il s'agit d'un établissement de principes elde thèses, non (f liypotlicses. On y parvient imr l'analyse de rexpérience même, par la réduction méthodique des idées: r^ aux éléments essentiels de rexpérience;2*'aux faits d'expérience les plus incontestables et les plus fondamentaux, parce quils ^onlprésents à toute expérience, La moralité ne sera [dus ni un principe a priœn posc^ dogmatiquement, ni une hypothèse proposée [)lus ou moins arbitrairemenl, si je démontre qu'elle se ramène à des laits et lois qui constituent rintelligence de riiomme et sa volonté, et sans lesquels il ne serait pas homme ni délînissable comme tel, Or, pas dMiommc sans la conscience de soi ; si donc, en cette conscience je découvre indivisiblemcnt Tidée craairtii et même celle de tous les autres êtres, idées-forces inséparables de ridée-force du moi, je pose au cœur de la vie vraiment vécue, c*cst-à-dire vivant pour soi et non pas seulement en so/, les termes naturels et expérimentaux du problème moral.

On le voit, nous ne commençons pas par établir une définition spéculative ou critique de la moralité ; nous la prenons comme fait originel et original de conscience, et nous montrons que, dans la réalité vivante, elle est telle. En fait, la moralité consiste à vouloir ce qui est bon non seulement pour nous, mais pour tous les êtres doués comme nous de la conscience de soi et de ridée du tout auquel ils appartiennent. On peut défier les philosophes de montrer, dans les diverses notions de la moralité proprement dite, quelque conception qui ne se ramène pas à celle du désintéressement en vue de tous et du tout, dont notre bien personnel n'est qu'un élément et une partie. Pas de moralité sans quelque abné-

gatioiit pas d^abûégation sans une idée-force dépassant le moi et toi assignant un rang subordonné dans Tensemble. Pour que la morale ait une base positive, il faut donc une idée qoi, dans notre intelligence, soit une première et nécessaire réconciliatiofi du social et même de Taniversel avec l'individuel; cette idée seule fournira la condition théorique de toute conciliation pratique des divers termes. D'où cette inévitable conclusion, que notre livre entier justifiera : — Le principe positif de la morale ne peut être que Punioersalité virtuelle qui egt inhérente à la conscience de soi^ et qui fait que la pleine vie pour soi implique la vie pour autrui,

Combien peu d'bomraes réfléchissent à cette merveille intérieure de la conscience, qui n^échappe à notre attention que parce qu'elle est ce qu il y a de plus familier pour nous^ étant nous-mêmes ! H semble, au premier abord, que la conscience individuelle se suffise,, qu'elle soit dans une relation purement extérieure ou même accidentelle avec les autres existences au milieu desquelles elle se trouve et dont on croit qu'elle pourrait se passer. Une analyse radicale de la conscience dissipera cette illusion de suffisance, en montrant qu'un lien nécessaire unit : 1"* le sujet à Tobjet ; T le sujet moi aux autres sujets disant ou pouvant dire moi. « Cogito^ eryo sum » est, si on Tinterprète bien, le principe de la philosophie théorique; cogito, ergo sumus deviendra, selon nous, le principe de la philosophie pratique. Il faut reprendre et pousser plus loin lanalyse du cogiiOy indépendamment de tout système matérialiste ou spiritualiste, indépendamment de toute idée de substance et d'être en soi, comme aussi de mode, de phénomène et d'apparence. C'est l'expérience en sa source vive, ayant la spéculation et avant la critique, qu'une méthode vraiment positive doit saisir. Nous prendrons donc le Je pense au sens le plus naturel et le plus immédiat : j'ai conscience, tl signifiera aussi bteny^ sens ou je désire que je pense j au ^Qus de représentation et dQ jugement. C'est d'ailleurs en cette acception large que Des-

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