‹ Morale des idées-forcesChapitre 51 sur 136 · ANALYSE DE LA CUNSCTENCE DE SOI · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA CUNSCTENCE DE SOI

caries le pritirordinaire. Toutelûis, Descaries avait une leiidance à réduire la eooscience à racte propreoieol dit de penser et de juger, dout il voulait faire ensuite le mode d'une sahslance ou chose pensante* Selon nous» an contraire^ le vrai point de départ psychologique, ou plus que psychologique doit être purement et siuiplemeut le fait d'avoir conscieneCî quoi que soit ce dont ou a conscience; et il faut reconnaitre dans ce fait de conscience une réalité vivant en soi et pour soi, mais sans prétendre la substanli/ler ou la représenter d'une manière objeclive, comme on se ligure une image sur un tableau. De telles considérations peuvent sembler mélapliysiques: elles ont, an contraire, pour luit trécarter toute métaphysique, soit seusualiste et matérialiste, soit spiritualisle, dïdiminer le transcendant au proHt de l'innnaaent, de la pure expérience présente à soi dans la conscience* Elles ont aussi pour but dY'liminer ou de ditïerer la critique de la connaissance» qui ne peut et ne doit venir qu'ullérieurement, puiSipfeHe suppose ellemême quelque donnée première. Nous nous en lieudrons ainsi au poiiU de vue pré-métaphysique et précritique, c'est-à-dire à riiumédiat et au positif. Nous ïuontrei'ons d'abord que^ par sa vertu propre, la conscience fonde ridée irindividualilc; puis, qu'elle fonde en même temps l'idée de Tuniversalité ; entin qu'elle établit le rapport de ces deux idées-forces. Plaçons-nous successivement à chacun de ces trois points de vue, pour en faire voir ensuite ruidté.

Cogito, ergo su mus. — le sujet consctent et l'objet pknsïî

I. — Dans le Jugement : foi conscience on je pense, lanaiyse expérimentale distingue le sujet, Tobjel ou complément, le verbe, enfin Tattribuf. Le su/el, pour

l'expérience immédiate, est individuel, en ce sens qu'il est une réalité immédiatement donnée à soi et se distinguant de tout le reste, quelle qu'en soit pour le métaphysicien ou pour le criticiste la nature radicale, «ne ou multiple, simple ou composée, spirituelle ou matérielle. On ne peut empêcher l'individu qui pense et se pense de se sentir par cela même ou de se concevoir en une large mesure indépendant à Tégard du tout. Le tout, c'est encore sa pensée réfléchie qui le conçoit, Tembrasse et le domine. S'il vit ensuite pour le tout (vie proprement morale), c'est donc parce qu'il Taura voulu et qu'il aura préalablement jugé cette conduite plus conforme que toute autre à la nature de sa pensée et à la direction normale de son activité, à ce qu'i^ sait de lui-même, du groupe où il vit, enfin de l'univers.

L'indépendance de l'individu pensant, ainsi fondée sur l'expérience immédiate de la pensée et sur le caractère concentrique de la conscience, ne peut pas ne pas se traduire dans ses actes. Tout être qui a la conscience réfléchie de soi arrive inévitablement à se poser, ne fût-ce qu'en idée, comme pouvant agirjoar soi et pour soi. Il acquiert, en d'autres termes, l'idée-force de soi comme cause possible d'^ciions, comme fin possible d'actions, indépendamment de toute spéculation métaphysique ou critique sur ce qu'est une cause ou une fin. Point capital, sur lequel nous avons insisté dans notre livre sur la Liberté et le déterminisme et que nous considérons comme acquis à la science.

De plus, nous avons démontré, par voie scientifique et expérimentale, que l'idée du moi comme cause et comme fin, c'est-à-dire l'idée de puissance personnelle indépendante ou de « liberté » personnelle, se réalise progressivement par la conception et le désir qu'elle a de soi. L'être qui se pense lui-même tend à se poser en face d'autrui comme ayant, avec une existence propre, une activité propre. Non seulement il y tend, mais, dans une certaine mesure, ily réussit. Voilà encore un fait important d'expérience, que nous avons mis en

Page 1