CONSÉQUENCES RELATIVES A LA DIGNITÉ INTELLECTUELLE ET MORALE
Un être pensant, capable de concevoir le vrai comme expression de la pensée même, ne perdra jamais Tidée-force de sa dignité intellectuelle, dont la dignité morale est inséparable. D'abord, ses actions cessent de lui apparaître comme de simples faits et il les pense sous des lois. Bien plus, il ne peut s'empêcher de concevoir ces lois comme valables pour les autres autant que pour lui, comme devant avoir une portée objective, soit scientifique, soit philosophique : il veut qu'il y ait une vérité universelle dans sa conduite particulière. De là les doctrines qui ont placé le
bîf n dans le vrai. Entondues en un sens profond, elles contiennent elles-mêmes un esprit de vérité, puisque, nous venons de le montrer, l'idée du vrai se réalise moralement par la conception de soi.
Enfin, quand l'homme comprend, non seulement qu'il existe d'autres consciences sensitives et animales plus ou moins analogues à la sienne, mais que quelquesunes de ces consciences sont, comme la sienne, élevéesà la vie réfléchie et, comme on dit, raisonnable, à la vie vraiment humaine ou même supra-humaine, cette participation à la connaissance de la vérité leur confère la valeur supérieure qui appartient à toute conscience réfléchie du moi, de son rapport à autrui et à la société, de son rapport au tout. Une telle conscience, chez les autres hommes, exige de notre part un véritable respect^ parce qu'elle nous semble avoir la même valeur inestimable que la nôtre. La portée universelle de la conscience ou « raison », avec Tidée-force de vérité où elle s'exprime, fonde donc tout ensemble et la dignité de la conscience personnelle et le respect de la dignité d'autrui. Ce fondement est en dehors des systèmes ontologiques : il se ramène à la grande loi psychologique et morale: auto-réalisation des idées, y compris les idées de valeur individuelle et de valeur universelle.