‹ Morale des idées-forcesChapitre 71 sur 136 · DE LA. PERFECTION · texte numérisé non relu

DE LA. PERFECTION

science. La morale de la perreetion, en se faisant morale des idées-forces, peut deveniv positioe et criîiqat\ ce qui entraînera le caractère persuasif de l'idéal au lieu de son caractère « calégoriquonient impératif n.

De ce point de vue, examinons les objections du moralisme kantien. Ont-elles vraiment coupé par la racine toute considération objective du parfaii et du bon ?

Selon le moralisme de Kant, la perfection est <f un concept ontologique^ vide, indéterminé, inutile lorsqu'il s'agit de découvrir, dans le champ immense de la réalité possible, la plus grande somme de réalité concevable pour nous » (1 ). Eu outre, d'après Kant, lorsqu'il faut distinguer cette réalité de toute autre, nous sommes condamnés à supposer tacitement la moralité même qu'il s'agit d expliquer. — Si Tidée de perfection semble ainsi à Kant on concept vifle et indéterminé, c'est parce qu'il la prend au sens ontologique, en delH>rs et au-dessus de toute expérience réelle ou possible. Mais, dans la morale des idées-forces, l'idée de perfection est un concept formé d'éléments empruntés à l'expérience^ quoique soumis à une élaboration intellectuelle. La vraie question est donc de savoir si nous ne jugeons la perfection que de deux manières, ou par la moralité formelle, ou par ie plaisir matériel, sans intervention d'aucun autre élément saisissable à Texpénence. C'est ce que le moralisme n'a nidlemenl démontré. Ne voir avec lui, dans toute idée de perfection, qu'un <t concept ontologique, n c'est affecter un oubli ou un dédain extraordinaires de rexpérience. N est-ce pas grâce à Texpérience que nous apprenons à distinguer des facultés mentales plus étendues, plus variées et plus uniliées, conscquemment plus parfaites ? Tout homme ne reconnaît-il pas là un développement <^ nora>al )) et « typi-

(i) Critique de ta Baison pratique, U\ PicavcL, p. 68 el Buiv.

que » (1)? Qu'y a-t-il en cela d'ontologique, de « vide », d' « indéterminé » ? Kant vient de dire qu'il faudrait, pour apprécier la perfection des choses, découvrir, dans le champ immense du possible^ la plus grande somme de réalité concevable pour nous; eh bien, qui nous empêche de faire scientifiquement cette recherche, dans les limites de notre connaissance? Qui nous empêche de découvrir que la plus grande réalisation de puissance, d'intelligence et d'amour est pour nous la perfection, comme aussi pour toute société au milieu de laquelle nous vivons ? — Mais, ajoute Kant, lorsqu'il s'agit de distinguer ainsi, parmi les réalités, celles qui constituent des éléments du parfait, vous roulez dans un cercle vicieux, vous présupposez la moralité pour pouvoir discerner les perfections des imperfections. — C'est ce que nous ne saurions admettre. Tous les hommes distinguent fort bien, encore un coup, une intelligence plus conforme que les autres à sa définition spécifique, saris pour cela faire le moindre appel à la loi morale. Ils distinguent encore une puissance de volonté plus grande, plus maîtresse de soi et des choses, abstraction faite de l'usage moral qu'on peut faire de cette volonté conforme au type humain. Une sensibilité plus large, un amour plus grand pour autrui, plus intensif et plus extensif tout ensemble, leur paraît aussi constituer, même indépendamment de tout devoir, une plus grande perfection psychique et sociale, un exemplaire supérieur de valeur humaine. Sans doute nous finissons par voir poindre partout la moralité, — surtout dans l'amour et le dévouement ; — mais cela tient précisément à ce que l'amour, rejeté par Kant au second plan, est un contenu essentiel de l'idée morale : joint au bonheur, qui en est la suite, il constitue la plus grande perfection individuelle et collective.

Le concept de perfection, dit encore Kant, peut être pris dans un sens théorique^ et alors il ne signifie que

(1) Voir le chapitre précédent.

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