‹ Morale des idées-forcesChapitre 72 sur 136 · MORALE SCIENTIFIQUE DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

MORALE SCIENTIFIQUE DE LA PERFECTION

rachèveraent et rinLégrité (Vollslândigkeii) de chaque chose en son genre ou d'une chose simplement comme chose en général^ a ce dont il ne peut être question en morale » (1). — Nous ne voyons pas pourriuoi la morale serait indifférente aux conceptions qoe^ corrigeant rexpcrience par elle-même et par ce que Kant appelle la et raison », nous nous formons de Fachevéet de Tintégral en chaque genre, surtout dans le genre des êtres intelligents et aimants, réunis en société. Nous venons de prouver, au contraire, la capitale importance de ces notions et détînitions (2). — Dans un sens pratique^ ajoute Kant, le concept de perfection indique rétat d'une chose qui convient ou surfît à toutes sortes <1e tins. La perfection, comme qualité de l'homme, partant comme interne, n'est donc rien autre chose que «* le talent, et ce qui îe fortifie et le complète, l'habileté v>. Par là, Kani veut désigner sans doute Taplilude à atteindre dos 0ns et à dis|*oser les moyens en vue de ces fins. Mais, selon nous, une telle capacité, quoique faisant partie de la perfection, n'est nullement la perfection même. Celle-ci consiste dans radéquation à certaines tins qui sont immanentes à l'être pensant et sentant, liant ajoute que des fins doivent être d'abord données, « relativement auxquelles le concept ile la perfection (d'une perfection interne de nousmêmes, 00 d'une perfection externe en Dieu) peut seul être le principe déterminant de la volonté ». Or, dit-il, « une tin est un objet qui doit précéder la détermination de la volonté par une règle pratique et contenir le fondement de la possibilité d'une telle détermination, partant aussi la matière de la volonté, matière prise comme principe déterminant de la volonté ». Celte majeure posée (et on peut Tadmettre), Kant en tire soudain ia conclusion suivante t — << Une fin est donc toujours empirique, par conséquent peut bien servirpour le principe épicurien

(1,1 Criî, de la Raison pratique^ Lr. Pi cave t^ p, 66. (2) Voirie chapitre prét:édenL

d'une théorie dix bonheur, mais jamais pour le principe pur rationnel de la doctrine des mœurs et du devoir. Les talents et leur perfectionnement contribuent sans doute aux avantages de la vie ; mais ils ne peuvent, sinon par le bonheur que nous en attendons, devenir des causes déterminantes de notre volonté. » D'où Kant conclut qu un principe purement formel et sans matière peut seul fonder un impératif catégorique et inconditionnel. Certes, nous raccordons à Kant, une fin déterminable et déterminée est toujours un objet d'expérience (interne ou externe), quoiqu'il faille ajouter que cet objet d'expérience est transformé par les opérations dites rationnelles et amené à un état idéal. Il suit simplement de là que l'idée de perfection n'est pas un « principe rationnel pur », comme Kant croit que la forme universelle sans matière est un principe rationnel pur (ce qui d'ailleurs n'est pas établi). Le principe de la perfection n'est donc pas le principe formel choisi par Kanl; mais Kant a-t-il démontré que son principe soit seul moral? — Oui, dit-il, parce que les capacités et leur perfectionnement empruntent leur unique valeur « au bonheur que nous en attendons ». C'est ce qui n'est point prouvé. Kant profite de ce que, en fait, le bonheur est un des éléments nécessaires de la vie idéale, en nous et en autrui, une des conséquences nécessaires de la perfection intégrale et universelle, pour en conclure que le bonheur est le tout de l'idée de bien, en tant que cette idée du bien prétend exprimer une réalité et non une pure forme. Cette doctrine du moralisme est une pétition de principe. Quant à la réduction de la perfection au talent et à l'habileté en vue de fins plus ou moins extérieures, elle pourrait tout au plus se soutenir pour rintelligence discursive, en tant que tournée vers le dehors, non pour l'intelligence contemplative de Platon et d'Aristote. On ne voit pas non plus que l'amour d'autrui soit un talent ou une habileté, La possession de soi par la volonté, la maîtrise de l'intelligence ou de l'amour intellectuel sur les pas-

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sîons brutales, est-elle aussi un laleni habile ? A ce ompte, tout bon usage lie nos fonctions deviendra ,n simple talent. Dans cetle théorie, Kant rabaisse nos << tacûltcs » et la conscience que nous en avons an ang de moyens pour quelque chose d étranger. Âil doue démontré qulntelligeuce, volonté et amour n*oni par eux-mêmes aucune valeur? Un être qui a conscience de soi et qui a aussi, avec l'idée d'autrui, une sorte de conscience d'autrui plus ou moins profonde, réalisant les autres en soi, un tel être peut-il, toute morale àpnrt, être placé sur !e tnéme plau qu'une pierre ou un lichen ? La « Raison i» même , dont parle Kant, n'a-t-elle de valeur (|u'en tant qu'elle est capable de concevoir la pure forme truuiversalité des lois? Indépendamment de toute moralité, de toute ripplieation à nos actions et à la société humaine, la raison ne vaut-elle pas plus et mieux que rabsence de raison ou que la (léraison ? Le pouvoir qu*elle a de construire Tidéal de la perfection est déjà une perfection. Faut il appeter encore ce pouvoir un simple talent, comme celui de joueur de llùte ou d'architecte? En un mot, est-ce la valeur de la raison qui provient de la moralité? Non; c'est la moralité qui provient de la valeur antérieure de la raison ; elle pro* ient aussi de la valeur de Vamour^ d'autant plus parit qu'il est plus conforme à la raison, enfin de la valeur de la volonlé, d'autant plus parfaite qu'elle st plus conforme à la raison, Kant est le premier à usidérer la ratio et oralio comme fin en soi ; ce n'est onc pas vraiment \^iiniDersalité qui est la chose essenielle en morale, c'est la raison, qui entre comme cactère essentiel dans la définition normale et typique e la perfection humaine.

Kant (Init par soutenir, comme on l'a vu, que toute

rfection n'est que « ce qui convient ou suffit à toutes

ortes de fins ►> ; en d'autres termes, chaque perfection

n'est qu'un instrument en vue de fins qui, en tant que

pratiques, sont des tins sensibles. Mais Kant n^a pas

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davantage prouvé cette thèse. On peut beaucoup mieux concevoir la perfection comme étant elle-même une fin et, qui plus est, /a /în, que comme étant un moyen. Reprenons l'examen de nos puissances mentales. Estil immédiatement certain, en premier lieu, que la conscience de l'être et que la possession de la vérité soient uniquement des moyens et, sans la moindre valeur intrinsèque, empruntent tout leur prix aux fins qu'elles peuvent servir? Une proposition aussi grave aurait eu besoin d'être examinée ; Kant s'en dispense. Selon nous, au contraire, la conscience du réel, qu'a le sujet pensant, et Tintellection de la vérité sont des éléments essentiels et intégrants de la/?n elle-même, non point seulement des moyens plus ou moins extérieurs. Quand nous concevons l'idéal d'une perfection suprême, nous ne pouvons pas ne pas lui attribuer l'intelligence, en tant que pensée de soi et aussi en tant que pensée universelle, embrassant tout objet réel ou possible. Est-ce seulement parce que connaître est un moyen de félicité? L'humanité entière dirait plutôt que penser est une partie de la félicité considérée en son fond, une condition sine qua non de la félicité ; elle dirait qu'un être non pensant ne peut vraiment réaliser en soi la suprême béatitude, parce que celle-ci doit avoir conscience (Telle-même, saisir sa propre intelligibilité, ses propres titres, jouir de soi intelligiblement et intelligemment, reconnaître en soi non pas une volupté reçue du dehors, mais un bonheur qui se doit à lui-même ses raisons d'être. Quoi qu'on doive penser de cette béatitude idéale et typique, limite inaccessible du progrès humain en bonheur, elle méritait, de la part de Kant, autre chose qu une sorte de silence dédaigneux. 11 est clair que l'intelligence idéale, ainsi conçue, est plus qu'un « talent » utile pour des fins « sensibles ». La volonté ou puissance suprême, en second lieu, semble d'abord une possibilité réelle de fins sans nombre, une aptitude universelle à des fins, un moyen de ces fins ; mais, examinez de plus près l'idée de volonté, vous

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