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reconnaîtrez que, à lorL ou à raison, l'iiumanite a toujours vu clans le vouloir une tin ou un élément de la fin, non pas seulement un moyen extérieur. La volonté idéale, qu'elle soit ou non réalisée, est coneue comme uiie acliviLé se pensant et se déterminant elle-même, non pas seulement comme un instrument pour autre chose. Elle fail piniie du type normal de riiumme; elle af^partient au fond de ce type, non à sa forme. En troisième lieu, la sensibilité parfaitement satisfaite, dont nous parlions tout à fheure sous le nooi de rélieité, a toujours été considérée comme liée à la conscience de soi et d'autrui, à la volonté de soi et d'autrui, de telle sorte que ces trois éléments fondamentaux soient unis dans une implicalion midaelle. En lait, une loi psychologique veut que la lumière de la vérité produise immédiatement par elle-même une joie liée au développement de l'activité et de la volonté. Cette loi ne suppose point que nous reclierehiona le vrai uniquement comme un outil propre à fabriquer la joie mentale. Lajoie est ici, selon la prolbnde doctrine dWristote et de Platon, immanente à lacté d'intellection et de volilion. Faut-il voir là un manque et défaut? N'est-ce pas, au contraire, une plénitude de notre nature mentale, si notre naturel bonheur implique normalement ia conscience du sujet (Aristote), la conscience de Tobjet (Platon), et aussi, ajoutous-nous pour notre part, la connaissance des autres sujets, conscients comme nous (l)?
En somme, les partisans du pur moralisme se sont dispensés de critir[uer scienliliquemeut Fidée de perfection. Sous prétexte que nous ne pouvons
(1) A îa morale du perfecUonDemenl on a objerti!? : — Si rindividu doit cherclier h étendre son être autant qn il le peut, pourquoi songeraiï-il aux autres ? l.e perfectiannement d autrui n inipoiie pas à San perfeetionnoraf nt propre. « S'il reste conséquent avec soi-même, il devra praUqucp régoïsme moral le plus intrnUable (Durkheim, la Division diilravail^ p. H), a — C'est oublier le lien qui unit le pcrrectîonnement de Tindividu à celui de tous les aulres.
atteindre, par les preuves ontologiques ou cosmologiques, Texistence transcendante d'un Être absolument parfait, qui serait Dieu, ils ont éliminé des principes de la morale la considération du parfait, en tant qu'idéal immanent pouvant être conçu par Thomme et agir sur Thomme ; ils ont rejeté la considération du parfait en tant qu'idée-force. Mais, alors même qu'on admettrait, avec le moralisme, une loi purement formelle, encore faudraitil reconnaître que la matière de la loi n'est pas donnée par cette loi formelle, ni uniquement selon cette loi et par rapport à elle; or, la matière enveloppe nécessairement un idéal de perfection objective et subjective qui consiste, nous Tavons vu, dans les qualités de Thumanité élevées au degré le plus haut possible : intelligence, volonté, amour. Ces qualités sont discernables autrement que par le critérium de Tuniversalisation des maximes, qui est le critérium rationnel « pur » et a priori. Elles sont discernables par elles-mêmes, je veux dire par rexpérience que nous en avons, par la comparaison et les degrés que nous établissons entre elles. Elles peuvent être posées avant Tidée de loi universelle» tout au moins en même temps que cette idée. Il y a donc une morale de la perfection possible en un sens immanent el scientifique, qui est celui des idées-forces. Sans doute un idéal accompagné de joie ne fondera une vraie loi morale que si vous universalisez à la fois et l'idéal et la joie qui y est attachée ; mais, d'autre part, une universalité purement formelle, qui n'enveloppe aucun idéal qualitatif, aucune joie à la fois intellectuelle et sensible, laissera Tesprit aussi vide qu'elle-même, ne sachant comment la chose universalisée sera bonne si elle n'a rien ni d'idéal et d'intelligible, ni d'aimable et d'essentiel à la félicité.
La prétention de renverser toute la philosophie antique entraîne Kanl à une sorte d'orgueil qui lui fait croire qu'il a retourné toutes les idées et accompli une révolution comme celle de Copernic. Le grand artifice qu'il emploie d'ordinaire, c'est d'isoler les conceptions.