RÉFUTATION DE KANT PAR SA PROPRE TIIÉOTIIE DES IDÉAUX
Si Ton voulait approfondir Kant, on apercevrait bien des incertitudes et même des incoliérences dans sa ponsée. Tantôt l'amour de la critique et de la dialectique renlraîne à tout renverser, tantôt sa largeur d'esprit lui fait relever de ses propres mains ce qu*il a abattu* Nous allons en voir un frappant exemple dans cette question de Fidéal et du parfait. Kant, en efïiH., se réfute lui-même tout au long dans sa théorie des idées et idéctnx. Il y met en lumière, indépendamment des considérations de plaisir et aussi de devoir, la valeur qui doit être attribuée expérimentalemenl et ralionnellemenî à la perfection qu'expriment les idées et lidéaL
Selon la Critique de la raison pnre^ les idées sont plus éloignées de Ut réalité sensible que les *' catégories *>. Pour celles-ci, on peut encore trouver quelque phénomène qui les représente, comme les successions régulières de faits représentent la causalité; au coutraire, pour les idées pi'opreoient raliorinelles, on ne peut trouver de phénomène capable de les représenter
in concreto. Les idées « contiennent une certaine perfeciion à laquelle n'atteint aucune connaissance empirique possible » ; elles renferment une unité sgstémalique, dont la raison cherche à rapprocher Tunité empirique possible, mais sans pouvoir jamais Tatteindre » (1). « La vertu, ajoute Kant, et, avec elle, la sagesse humaine, dans toute leur pureté, sont des idées. » Les idées donnent la règle de la perfection. Quant à l'idéal^ il donne un prototype de perfection construit selon les règles que fournissent les idées, mais « dont aucune copie adéquate, aucune réalisation expérimentale ne peut être fournie ». Malgré cela, « nous n'avons pas d'autre mesure de nos actions que la conduite de cet homme divin que nous trouvons dans notre pensée, avec lequel nous nous comparons, d'après lequel nous nous jugeons et nous corrigeons, mais sans pouvoir jamais atteindre sa perfection » (2). Dans la Critique de la raison pure, Kant reconnaît ainsi que, bien qu'on ne puisse, comme Platon, attribuer aux idéaux « une réalité objective » (existence qu'ils ont peut-être, mais que nous, hommes, nousnepouvons constater), on ne doit cependant pas regarder les idéaux comme de pures chimères, car « ils fournissent à la raison une mesure indispensable». La raison, en effet, a besoin du concept de ce qui est absolument parfait dans son espèce^ afin de pouvoir estimer et mesurer en conséquence le « degré et le défaut de ce qui est imparfait » (3). On peut demander à Kant comment il arrive à la conception de ces idéaux platoniciens, si c'est uniquement d'après les plaisirs ou peines que nous éprouvons? Évidemment, il n'admettra pas ce procédé purement sensitif et grossier. Les idéaux de perfection sont construits, d'après lui, selon des règles rationnelles, qui constituent les « idées » mêmes de
(1) Raison pure, tr. Barni, t. II, p. 164.
(2) Raison pure, tr. Barni, t. II, p. 166.
(3) Raison puve^ tr. Barni, t. Il, 168.