‹ Morale des idées-forcesChapitre 80 sur 136 · EXPLICATION PSYCHOLOGIQUE TIRKE DU SUJET PENSANT · texte numérisé non relu

EXPLICATION PSYCHOLOGIQUE TIRKE DU SUJET PENSANT

Quelque opinion que se fassent les métaphysiciens, matérialistes ou idéalistes, sur le fond même de la moralité, une doctrine scientifique ne saurait s'en tenir à l'antithèse violente du sensible et du supra-sensible, de Texpérimental et du rationnel, sans moyens termes. Si ce qu'on nomme la « raison » agit « dans le champ de Texpérience », interne et externe, il doit y avoir dans ce champ même des explications expérimentales, plus ou moins complètes, de l'intérêt excité par l'idée morale. Ces explications, qui sont objet de science, se trouvent toutes, selon nous, dans la loi des idées-forces, regardées non plus comme Idées transcendantes, mais comme idées immanentes.

Sans doute, à considérer le fond des choses, nous ne comprenons pas la causalité des idées; mais c'est que, à vrai dire, nous ne comprenons la causalité de

EXPLICATION DE l'iNTÉRÈT PRIS A l'uNIVERSEL

rien, pas plus celle d'une bille qui en pousse une autre que celle d'une représentation qui en amène une autre ou suscite un sentiment. Ace compte, ce n'est pas seu lement l'intérêt pris à la moralité que nous ne comprenons point en son fond intime, en son mode d'action le [>lus secret ; c'est tout intérêt, quel qu'il soit, c'est même tout fait extérieur ou intérieur. Il n'en est pas moins vrai que nous pouvons constater des séquences scientifiques ; nous pouvons même, dans les actes intellectuels et volontaires de la conscience, reconnaître quelque chose de plus réel et de plus actif que dans les états purement sensoriels et dans les choses extérieures. N'est-ce pas en nous, après tout, que nous puisons l'idée d'activité et de causalité proprement efficiente? Il est donc permis, au moraliste, d'établir (les lois scientifiques pour expliquer (autant qu'on peut expliquer quelque chose) l'intérêt pris à la moralité.

Psychologiquement, on comprend fort bien la possibilité d'une action de l'idée morale sur le sentiment. N'est-ce pas une loi de psychologie qu'une joie est immanente à Texercice de toutes nos opérations intellectuelles ? La plus haute de ces opérations, celle qui rend possibles toutes les autres et les élève à leur degré supérieur, celle qui engendre la science et, avec la science, la puissance sur la nature ou sur nous-mêmes, celle enfin qui engendre la philosophie comme complément de la science, c'est ce qu'on est convenu d'appeler la « raison ». Il est donc inévitable que toute idée de la raison soit une idée-joie et, par cela même, une idée-force. L'intérêt pris à l'universel trouve ainsi une première explication, toute psychologique, dans la satisfaction attachée à l'exercice le plus haut, à l'acte de l'intelligence. Et comme il ne s'agit pas seulement de contemplation, mais d'action, l'acte de rintelligence devient celui de la volonté et de l'amour ; il est donc la vie mentale à son summum d'intensité et d'expansion.

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