‹ Morale du siècle; comédie en un acte, en vers libre [par] Kist. Représentée pour la première fois à Bruxelles sur le Théatre Royal du Parc, le 27 avril 1892Chapitre 1 sur 11 · Morale du siècle; comédie en un acte, en vers libre [par] Kist. Représentée pour la première fois à Bruxelles sur le Théatre Royal du Parc, le 27 avril 1892 · texte numérisé non relu

Morale du siècle; comédie en un acte, en vers libre [par] Kist. Représentée pour la première fois à Bruxelles sur le Théatre Royal du Parc, le 27 avril 1892

Pierrot du Siècle est vêtu du costume consacré par Félicia Mallet : Collerette, habit noir, culottes et bas de soie de même couleur. Monocle .

Le Père la Pudeur est vêtu d'une robe de juge.

Colombine porte le costume de la légende italienne.

La scène représente le liois vague de la tradition. Une issue de fourré à droite. Au fond, un bosquet touffu.

SCP'INE I PIERROT (// cnire.)

Berné ! Panne ! Rasé !

Rien dans les mains, ni dans la poche ! J'ai beau m'ètre creusé.

Jusqu'en ses tréfonds, la caboche, Rienî... J'ai la tète vide autant que... le gousset! ... La dèclie ! . . . Ah ! je sais bien, à présent, ce que c'est 1

Mes ancêtres. Pierrots illustres,

Chantés par le poète, — hélas ! —

Durant, je crois, plus de vingt lustres.

Et dont, aujourd'hui, l'on est las,

— Mes ancêtres mélancoliques

Vivaient de lune et de blancheurs.

De pâles amours bucoliques,

D'eau chiire, et de tendres fraîcheurs!...

Il ne leur importait, au reste,

De ne pas manger tous les jours...

[Soupirant.)

Tandis que moi. je vais d'Oreste

A Pilade — ou Gontran — toujours

Pour emprunter — c'est excusable —

Le louis d'or qui soldera

Les succulences de ma table :

Huîtres et gibier délectable.

Petits plats fins, ... e« cœï«-a .'

Mais. . . Oreste est à sec — ô rage ! —

Gontran, malgré mon triste émoi,

Ne prête plus... Ça décourage! —

Pilade est. . . plus pauvre que moi!

Or. voj-ez ce guignon ! J'aime la bonne chère Et n'ai pas un centime en mes derniers dessous!. . .

(Il se fouille désespérément.)

Je ne puis mettre encor ma canjcur à l'enchère, Je n'en retirerais, peut-être, pas .. vingt sous! (La candeur de Pierrot est bien problématique Depuis que je me sais mis dans la politique !) Que faire alors?... Eh... mais...

/ (Il s'arrête, regarde le public

avec e"ibarras, semble hésiter, puis prendre son parti.)

Tant pis ! ... je me permets

De risquer — car c'est un risque I —

Une audace apparertiment...

Je. . . (à part) je n'o"'e pas, je bisque ! —

(Haut). Enfin... voici, simplement :

Prenant pitié de ma détresse,

Quelqu'un parmi vous tous, Messieurs,

Ne voudi-ait-il gagner les cieux Eu me prêtant, — délicatesse Rare! — ...vingt IVa'.ics, sur niîs baaiix yeu.K?...

{Un teuipi.y

Vingt francs !... rien ([ue cela !.. . Voyons, je vous en prie!... En vous les demandant, je ne fais pas le sac De vos écus, pardine ! ... Et si je me marie Avec une héritière ayant beaucoup o le sac •

Je n'iiésite pas à prendre

L'engagement de vous rendre

A cette date là, le prêt.

Le capital et l'intérêt !. . .

(Un leKps.)

Personne ne répond?,.. On se défie!

{Avec dépit.)

Prêter vingt francs 1. .. Pensez donc!... ô ma sœur! (luel saut ! C'est aussi malaisé que de prendre d'assaut

Paris, Londres, et puis Philadelphie !

C'est bien !..

Je ne les veux même plus, vos vingt francs. Tas de bourgeois qui m'écoutez d'un air paterne ! Tas de bourgeois qui finirez à la lanterne! Oui... vous vous méfiez, parce ([ue — soyez francs! - Vous ignorez mes noms, mes titres, et mes rangs. . . Or, sachez qui je suis :

Je suis Pierrot moderne ! Saisis.sez-vous ? ... Le Pierrot d'aujourd'hui : Un Pierrot de peau neuve Dont la pâleur est veuve Des poèmes d'antan; — qui se conduit Autrement, Dieu merci! que son candide père... Un Pierrot très roublard. Pierrot qui désespère

Les mères-graïul' en bonnet, Les plaideurs de Sorbonne, et Chasse les philistins en leur dernier repaire Par un farouche sonnet !

Je ne chante pas les étoiles, Les fleurs, les amours en délire.. .

Pour toutes ces iadeurs, ma lyre Dort, poussiéreuse, sous les toiles

D'aragnes, et ne se dévoile Que pour faire rimer « délire " Avec " raffinnement sans voile ".

Elle est « fin de siècle " ma lyre!...

Je laisse à mes chastes aïeux- Leur tendre âme et leur jobardise, Leurs airs penchés, mélancolieux,

Et, voulez-vous que je vous dise, Bien franchement, m )i. j'aime mieux Que leur vertu ma paillardise !

Tout cela; c'est parfait, oui, mais en somme Vraiment, je suis bien trop bon! Je m'assomme A m'exposer à vos yeux éblouis Et... n'en ai pas plus pour ça, mon louis !

(// remonte un peu la scène.)

Grand Dieu ! que faire ?. . .

Je suis plus ennuyé qu'en lisant du Berquin !

(fl s'arrête, regarde à droite.) Eh! qui vois-je là bas, passant?... Bon ! Arlequin !

C'est mon affaire !

Auprès de lui, peut-être ai-je encor du crédit ! . (Esil.)

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