‹ Morale du siècle; comédie en un acte, en vers libre [par] Kist. Représentée pour la première fois à Bruxelles sur le Théatre Royal du Parc, le 27 avril 1892Chapitre 2 sur 11 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

COLOMBINE {Elle entre def/auche, arec sous le bras, lai panier rempli de victuailles . )

Pas encor de mari ! . . .

Je l'ai dit et redit A maman et papa, malgré leur assurance !

Ils sont bien rares, les maris !

Les temps ont fort changé!... Je n'ai plus l'espérance D'en dénicher un... Les paris Sont ouverts !... Nous verrons la chose!

Je prétends Que l'on ne cueille plus la rose,

— De nos temns.

S'il s'y trouve encore une épine . .

La rose, c'est moi, Colombine, Et l'épine, c'est le contrat

De mariage, Dont aucun homme ne voudra !

— L'homme est trop sage ! — Et bien fine qui le tiendra !

Avant de prendre femme, il se recueille Et puis, dit : i Non » ! — Certes, que l'on me cueille. Ou plutôt, que l'on veuille me cueillir Moi, la l'ose, A coup sur, je n'en doute pas... >

Mais... sans l'épine!... Et Je puis m'endeuillir, Fort morose, De la robe des célibats 1

Malgré toute raison, papa m"a mise eu route,

Avec, sous le bras, mon petit panier.

Du vin, tout ce qu'il iaut pour casser une croûte Et puis... de bons conseils pour m'éloigner! Depuis ce matin, ma recherche est vaine! Pas de maris en chemin ! ... La « déveine » Comme, autrefois, disait mon doux ami Pierrot !

Mon premier amoureux ! . . . Mon cœur marque le trot Chaque fois qu'à lui je songe !

— Evanoui comme un songe, Un beau matin, Parti pour tenter la richesse, Il m'a laissée à ma tristesse,

A mon chagrin !

Je l'aimais tant !... J'ai souvenance Encor, de ce bonheur qu'il désavoua, lui... Oh ! ces aveux !.. . Dans le silence Des bois ! .. L'éternelle romance Des cœurs où le soleil du grand Amour a lui !

Romance (1)

(Musique inédite de SI. Emile Agniez).

C'était en la chaste forêt Q\ie hantent les vertus divines ; Un ruisseau limpide y forait Son lit d'amour dans les ravines...

Et parmi le subtil parfum

De myrrhe et de roses sauvages,

(i) Cette romance, écrite spécialement pour la créatrice du rôle, Mlle Esquilar, peut être coupée en cas de besoin

Parfois, le souvenir défunt

S évoquait aux lointains veuvages !

Nos cœurs battaient ù Tunisson Et nos lèvres voulaient se boire...

Oh ! lu divine pâmoison Cueillie à même au doux cilioire!

Pierrot! reviens donc près de moi.

Ici, dans le troublant mystère!

La forêt palpite d'émoi.

Tous les murmures vont se ta:re !...

Pierrot ! reparais à mo;i cœur !

Pierrot ! reviens de ta démence ! . . . Viens. . Pierrot! Les oiseaux, en chœur, Accompagneront ta romance!...

Oh ! viens !...

Ah! c'était lui. pourtant, le m u-i de mon rêve . Enfin !... n'y i)ensons plus, puis lu'il s'est mis en grève .... La grève des maris!... C'est amusant!.. .

{ConfidenlicUemeni, aii public . )

A vrai dire, tantôt, chemin faisant.

J'observai certain très vieux juge Fort obstiné, qui me suivait.

Usant d'un naïf subterfuge..

Chose curieuse, il avait , Un air bizarre d'inconstande :

Très "-rave, et soudain égrillard,

Toujours, selon la circonstance,

.Jouait au vieux, puis au gaillard !

Devant le monde, on eût juré qull était prêtre Par son austérité .. Mais, seuls sur le chemin. Il folâtrait soudain, m'interpellait, — le traître! — M'envoyait, le vieux fou, des baisers de la main 1 . ..

Je suis sûre ([u'il m'aime.

Qu'il m'épouserait, même!...

Mais je n'ai pas désir d'un époux saugrenu Vieux, et sot, et caduc ! . . .

(Rrjlcclnssaut.)

Ca ! qu'est-il devenu ?

J'allais trop vite encor, malgré mon pas menu. Et j'aurai distancé mon juge et sa paresse...

[Elle montre le secon l plan de gauche.)

Je vais voir, de là bas, sans que cela paraisse. . .

('i//e dépose par terre son panier, et sort de gauche.)

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