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fleurit et où la politique se peut uii peu dans ses concept'ONS, je oe serais pas fiché de voir reparaître le* parterres rectilignes. les rangées d'ifs géométriquement' tondus, et pourquoi pas les labyrinthes?
La botanique est une des sciences lus plus trompeuses. Comme les flnirs sont charmantes^ on s'imagine qu'elle est charmante aussi, et ou es! vite désabusé, pourquoi donc ï Ali ! pourquoi ? C'est que les savants ont songé à eux et pas à nous. Ils oni voulu une science qui en fut une, el ils ont mi? chaque chose ;i sa plaire, sans s'occuper de savoir s'il serait facile ii tout le monde de l'y trouver. Combien de fois j'ai essayé de devenir botaniste, cl a chaque fuis j'ai élé vaincu. J'avais |iensé que, pour reconnaître une Heur, il suflisait de reconnaître quelques gros caractères, bien visibles, bien tranchés et toujours réunis ; mais il parait qu'il ne faut pas se fier aux apparences, que deux plantes au fond Ires-eloignées peuvent avoir ces apparences-là, qui peuvent manquer chez deux plantes au fond Iris- rapprochées. Force a été aux savants de s'adresser à des caractères cachés el délicats, en sorte qu'on ne peut rien sans le scalpel elle microscope et sans avoir en même temps la Heure! le fruit, sans avoir suivi à peu près toute l'histoire île la [liante. On se rebuterait ii moins.
Les botanistes pourtant ont eu pitié de nous: ils ont inventé ce qu'ils appellent des clefs, pour arriver jusqu'au nom des plantes : ils prétendent vous y conduire par la main. Ils dressent une liste de caractères; un" première question porte sur un premier caractère : est-il présent ou absent? Il n'y a qu'à répondre par oui
ou par non, et culte première réponse renvoie a une seconde question, ainsi de suite jusqu'à ce que, par une dernière réponse, on soit amené a la (leur même dont on cherche le nom. L'est comme s'il s'agissait de trouver un lieu nu boni d'un chemin qui se bifurque souvent: a chaque bifurcnlion, on se demande s'il fant prendre à droite on à gauche; si à chaque fois on a bien choisi, on arrive. Les hnlanistes apiicHc-ut cela une clef, clef, en effet, mais qui n'ouvre, je le crains, qu'A ceux qui sont de la maison ; aux autres, il est souvent difficile de dire si tel caractère existe ou n'existe pas, cl la moindre erreur jelle si loin! Pour moi, je l'avoue à ma honte, quand on m'a dit à l'avance qui était une Heur, je l'ai toujours reconnue, et ne l'ai jamais reconnue quand on ne m'a pas dit à l'avance qui elle éiait ; dans les expériences que j'ai (entées, j'ai eu les plus singulières surprises, et au lien d'une fleur des champs que je tenais dans la main, il m'est arrivé de tomber sur un arbre: mais je demande la permission de ne pas raconter tous mes égarements.
Une antre chose qui m'a hrouillé avec les botanistes, résout les noms qu'ils donnent aux plantes. On a \oulu que ces noms eussent cours dans le monde entier: la plupart sont tirés du latin el du grec, du grec surtout : or. ils peuvent signilîer les plus jolies choses, ces jolies choses sont perdues, car peu de gens savent le latin et presque personne ne sait le grec. On a donné aussi aux plantes les noms des hommes qui les ont découvertes, ou on a gardé le nom qu'elles ont dans leur pays et qoi y est |hcut-être sigiî'Mcatif. mais ne l'est Ruère danî le
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nôtre. Mettez ensemble tous ces mois latins, grecs, cl de toutes les parties du monde, avec leur physionomie souvent étrange, vous aurez une langue hétéroclite et barbare, à Taire peur aux plus courageux. Ces noms appliques aux plantes ne nous disent rien de ce qu'elles sont; au contraire, un nom pittoresque, tiré d'un caractère frappant on d'une heureuse analogie, ce nom parle et grave la plante dans notre esprit et dans nos veux. On a donc voulu une nomenclature universelle, et i>n l'a: quelque chose qui ne parle ni aux sens, ni au sentiment, ni à l'imagination, à rien, comme sera la lan-
familier cl expressif. Peut-être, quand nous serons ii l'étranger, ne saurons-nous l'ascommenl on l'i appelle ; mais nous saurons bien comment on l'appelle dans notre pays, et leurs deux noms se presseront sur nos lèvres.
Enlln. comme la botanique, par elle-même, n'est pas aimable, un bon nombre de gens malavisés ont cherché ii lui donner de faux agréments. Les fleurs ont du malheur : elles servent de prélexle à une fausse poésie, bien insupportable à ceux qui aiment les fleurs et qui aiment la poésie. Un orateur, ilans une distribution de prix d'une société d'horticulture, croirait manquer à tous ses devoirs si, la bouche en cœur et le bras arrondi, il ne comparait les dames aux (leurs; les auteurs des traités de botanique a l'usage desdemoisellrs, dès qu'ils arri-
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veiil à la fécondation des plantes, si; noient dans la sentimentalité : ils ne parlent plus que d'amours et d'Jiyménées; une foule de femmes poêles, avilies de trouver des âmes qui répondent à leur àmc, parcourent toute la création, à la recherche d une famille;: elles appellent les llcurs leurs soeurs et aussi les éloiles. Nous n'en voulons pas aux (leurs; niais il faut les aimer beaucoup pour leur pardonner les pauvretés qu'elles inspirent, celle grâce fade, qui est à la vraie grâce ce que ia parfumerie esl à la nature.
Quand on a éprouvé ces inconvénients, on ne renonce pas à la botanique, mais on rabal un peu de ses prétentions. Veux-lu me croire, nous les bornerons à ceci, l'.'esl un vif plaisir d'embrasser toute la création végétale rangée en trois classes el en quelques grandes familles naturelles, bien tranchées: la raison, qui cherche partout la simplicité, est satisfaite: mêlions-nous donc bien nettement ces traits de famille dans les yeux, puis retenons les principaux genres, eeu\ où entrent les espèces que nous rencontrons le plus souvent ; s'en offret-il a nous une nouvelle? si nous n'avons pas un botaniste sous la main, qui nous la nomme, recourons naïvement aux livres qui nous la représentent. Oui, ils sont précieux aux ignorants, ces livres avec figures : s'il n'y a qu'un dessin, c'est bien, si la couleur y est, c'est encore mieux. Que de peines ils nous évitent ! On nous imposerait de trouver, dans des salons nombreux, une personne inconnue, sur un signalement minutieux, quelledifhrullédela reconnaître! et combien de chances nous aurions de tomber sur une autre: au contrair e, on
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nous la présente, ou son portrait, et d'un coup-d'œil. sans anahsc do détail, il se forme en nous une imago d'ensemble, par laquelle nous la reconnaîtrons toujours. De (|uoî s'agtt-il en définitive? De savoir; car d'être savant est pour la plupart (le nous une prétention trop haute ; donc rendons grâce aux images. "
Au lieu des faux agréments qu'on répand sur la botanique, je voudrais qu'on lui donnât un agrément vrai. Je voudrais qu'en présentant une plante, on racontât ce qu'elle est dans la mythologie, dans la religion, dans l'histoire, dans l'art, dans la superstition, la tradition et l'usage populaire, en porte qu'elle .se présentât avec sa légende. Comme soudain celte botanique s'animerait en se mêlant à toute la vie humaine ! El comme nous verrions autrement ton tes ces plantes, quand nous y verrions ce qu'y ont vu les plus grands esprits, ou ces aines de philosophes ou de poètes inconnus, que les foules renferment! Pour l'antique religion de l'Inde, le symbole s icré de la naissance du monde, c'est le lotus, le grand nénufar, la fleur pure, puissante et mystérieuse, la vie qui nait du sein des eaux. C'est du tronc des ebénes superbes et des vastes châtaigniers creux que sortaient les oracle» des dieux ; observez le narcisse au bord d'un ruisseau, celte tête légèrement penchée, celle fraîcheur el col éclat, cette tige droite, souple et grêle, toute cette grâce adolescente, nbscnvz ensuite ce qui reste de cela quand il a passé fleuret se dessèche, el dites s'il n'y a pas dans ia fable grecque une peinture d une merveilleuse vérité. Les plantes sont riantes ou tristes, el ce sont presque partout les mêmes qui sont associées aux fêtes
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ou aui funérailles: mais avez-vous remarqué comme elles ont, indépendamment de ce caractère général, un visage particulier, comme elles oui un air franc ou faux, bon ou méchant ? En ajoutant aux plantes suspectes les vénéneuses et les narcotiques, vous aurez les mixtures des sortilèges; -vous n'oublierez pas lis bonnes plantes, celles dont la vertu, maintenant un peu aifaiblic, guérissait les terri Mes Misjures des anciens héros ; si vous respectez l'acanthe, nui ornait leschapiteauxdescolonnes corinthiennes, ne méprisez pas la fougère, le houx, le plantain, la mauve, le cresson, car les grands architectes français n'ont pas méprisé ces humbles piaules et ils en ont couiert leurs admirables églises. Si quelque Heur a élé aimée d un grand écrivain, joignez leurs deux noms, en souvenir de cet amour, joignez au nom de J.-J. Rousseau celui de la pervenche. Enfin, si vous trouvez une poésie pénèliée de la passion des fleurs, comme les Glanes de mon amie Mlle Louise Berlin, si vous trouvez une page d'un vrai artiste qui comprenne le langage de la fleur, qui entende ce que lui dit celle petite ame captive, une page de Ucorgc Sand, la rencontre d'Haydn et de Consuelo dans le jardin du chanoine, recueillez-les. Ali! quel charmant livre de Imtanique il j aurait à faire, et qui enchanterait bien des jours ! Faut-il donc se borner il en tracer le plan 1
Mais assez de science, même la moins savante ; il vaut mieux élre jardinier. On jardinier n'est pas le premier venu; c'est un artiste, son jardin est un tableau peint avec les couleurs de la nature et qui change avec les
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saisons. Que de calcul, que d'i aspiration il peut y avoir Li ! Aussi il j a plaisir a le voir contemplant son travail et, comme le créateur, quand il eut achevé son ouvrage, se disant à lui-même <|ue tout est bien.
Si j'étais jardinier, j'aimerais toutes les lleurs, car je me sens celle faibles-r ; mai.-, pour le bonheur de ta vie, rien ne vaut d'en aimer une seule esj>ece. t'oyez le collectionneur u l'œuvre. Il recueille des graines, il les classe, il les comple,e[ si i|uelqu'uue lui manque, il écrit aux quatre coins de l'univers, pour se la procurer; au printemps, il les met en terre, non sans avoir longuement médité sur la nature et l'exposition du terrain : puis il va les voir lever et observe chaque jour les progrès accomplis; puis enfin elles s'épanouissent et il s'épanouit avec elles, eu orgueil et en ravissement. Ainsi ses années se succèdent sans trouble : les événements extérieurs l'atteignent peu ; il laisse rouler le monde; il ni' se consume pas, comme nous, dans les vaines aviations de la politique. Heureux mortel ! Il ne cherchait qu'une collection et il a trouvé la sagesse.
Puisque je Tais l'éloge des jardiniers, me permettrontils de leur présenter une requéleï Ils travaillent et réussissent il doubler les lleurs; n'v a-t-il pas à distinguer, dans cet art, celui qui mérite d'ûire encouragé et celui qui ne le méiMe pas? Qu'on double, si l'on veut, le dahlia primitif et qu'il disparaisse; qu'on double la rose, la marguerite, je n'j vois pas de mal : au lieu d'une seule Heur on en a deux ; car la seconde ne détruit pas la première : la rose a cent feuilles est une Qenr, l'églantiue en est une antre; il y a la riche innr-
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guérite, avec le lulle vaporeux de ses ileuqons. et il y a lu marguerite vulgaire, avec ses jaunes étamincs et ses rayons blancs; on a justement donné tin prisa celui qui a multiplié les pétales de l'anémone ; mais si un jour il n'exislail plus que l'anémone double, quel prix je donnerais à celui (|ui retrouvera l'anémone simple, au rœur noir! lit puisque nous parlons ici de récompenses, pourquoi ne prononcera it-nn pas des peines contre ceux qui défigurent les plus charmantes fleurs? Où la manie du perfectionnement ne peut-elle pas pousser les hommes ! J'ai vu d'honnêtes gens tout fiers d'avoir doublé la campanule et d'avoir doublé le liseron, ^l'and Dieu!
Tout le inonde n'a pas sou jardin ; la plupari des gens ne sont que {les jardiniers d'appartement et de fenê- Ires. Un philosophe, car où ne trouve-t-ii à philosopher ! remarque enire eux une grande dilTérence. Il y a deu\ manières d'aimer les ileurs. On peut les aimer uniquement pour leur beau té, pendant le temps qu'elles sont belles, sans se soucier du pied où elles lieu rissent. Une inaitresse de maison, qui veut son salon orné, achète des plantes épanouies, qui onl'leur temps et disparaissent après, ou encore elle les loue, elle Iraite avec un jardinier, qui les apporte et les remporte, et dans quelques-uns de ces salons, piaules et gens fout pareille ligure : ils y passent. On peut aussi aimer les fleurs pour elles-mêmes, celui qui les aime ainsi jouit de leur bcauié; mais, quand elle est passée, il les garde dans la maison, il les en Ire tient et les attend à une autre saison. Celui qui agit ainsi avec elles en est récompensé. S'il est vrai que les plantes sortant des mains du
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jardinier sont d'ordinaire plus magnifiques, grâce à la science et quelquefois à l'artifice, rien n'est plus beau que la fleur que j'ai fait venir, et avant la fleur il y a eu le bourgeon gonflé el le bouton plein d'espéranc»' ; je sais quel jour la fleur s'est ouverte ; il y a quelque cliose entre nous: j'ni songé à elle, peut-être a-t-elle souffert et je l'ai soignée, et pour un peu d'eau et de .'oleil, elle me prodigue ses parfums et son éclat. Je comple combien de fois elle a fleuri, combien d'années nous avons vécu ensemble; non, rien ne remplace le passé : il forme mille liens délicats entre nous et les muets témoins de nos années écoulées; elle a. vu nos plaisirs rapides, nos longs chagrins el ce perpétuel tourment du cœur humain qui se dévore.
I.e paisible royaume des Heurs a ses révolutions; la mode détrône les unes el les remplace par d'autres, qui seront détrônées à leur tour. Il n'y a pus de mal à cela; ou fait de nouvelles connaissances, on a de nouveaux plaisirs, et le goût se forme. Le proverbe dit : a Je crains l'homme d'un seul livre;» pourquoi n'ajouterai t-on |'as : € Je crains l homme d'une seule fleur î « La fidélité est une chose des plus honorables-, mais grâce a nos infidélilés, combien de plantes nous ont charmés, que naus n'eussions jamais connues, el quelle surprise nous cause cette inlinie variété des formes de la nature ! Puis, de tant de plantes qui nous plaisent un moment, quelquesunes restent, celles qui ont la vraie beauté; si même elles sont capables de vivre de la vie naturelle, si elles sont robustes et braves, elles peavent devenir populaires, comme cette aimable primevère de Chine, aux élégantes
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feuilles veloutées et découpées, donnant infatigable ses jolies (leurs blanches ou roses, assez forte pour souffrir beaucoup sans mourir, assez tendre pour perdre et reprendre en un moment ses fraîches couleurs, comme une jeune lilie qui court au soleil et au grand air.
Nous avons, dans nos appartements, adopté les plantes vertes cl nous avons bien fait : elles composent un noble ornement; elles ont, en général, un port distingué et de belles larges feuilles, pleines ou admirablement découpées; grâce à elles, nous sommes parmi les bananiers et les palmiers dont nous rêvions autrefois, quand nous lisions l'aulet Virginie; de plus, elles ne demandent rien, elles se maintiennent fièrement, sans s'apercevoir qu'on les néglige ou qu'on les oublie; elles ont un mérite et un défaut; elles ne changent pas, tandis que nous changeons, tandis que, pour sentir notre existence, il nous faut un mouvement incessant, l'attente, le plaisir, le regret; auprès de ces plantes éternelles, la
Il est heureux qu'il y ait des Heurs sans parfums,
l'avouer, une fleur sans parfum n'e-l que In moitié d une
qui trouble: nous l'éprouvons quand nous respirons l'air embaumé par les lilas, les orangers, les aubépines, les chèvrefeuilles: encore n'en avons-nous qu'une faillie idée quand nous n'avons pas respiré l'air du midi, chargé d'odeurs excitées jiar le soleil ou l'orage. Ces douces fleurs sont violentes jusqu'à donner la mort. Si elles n'avaient que la couleur, elles se borneraient à
plaire aux \enx, par le parfum elles entrent dans l'ordre des puissanr.es nerveuses qui enivrent.
Tout s'atténue, parfums et couleurs dans les fleurs d'automne, mais c'est un au Ire charme et pénétrant. Les fleurs d'été naissent vile et meurent vite : elles semblent créées par un rayon de feu, qui les consume; les fleurs d'automne naissent lentement et meurent lentement: filles des pales soleils, elles en ont la grâce languissante ; on dirait qu'elles s> [tardent en non squi (tant; c'est comme le long regard d'un dernier adieu.
Jardins, brillantes (leurs d'été, tristes Heurs d'automne, vous ne faites pas oublier les fleurs qui naissent au printemps dans les forêts sauvages. Les pins versent sur le sol une pluie de soufre; au-dessous d'eux se mêlent les petits cliênes aux feuille, nouvelles et l'arbousier toujours jeune : à leurs pieds s'élale lu végétation du prinlempsl Voici le lychnis, la marguerite, les tapis d'arenaria, l'épi solitaire de l'orcliis. aux fleurs pareilles à des goiitles de lait, le ciste qui boil le soleil ; voici le Itouton d'or, l'ajonc, le genêt, la clochette du lin bien, sur sa tige grêle, le myosotis, les jeux d'azur de la petite véronique ; voici la bruyère rose, les buissons de la fuinelerre. les toulfes rougeàlres de la petite patience, l'imperceptible mouron rouge, le sobre géranium, qui vil d'un peu de terre sur un cadlou. Kl je parlerai de vous, je Nuirai par vous, humbles herbes des champs, que je ne me lasso pas de regarder. Ici il n'y a plus ni corolle ni calice brillant ; mais qunlle place elles tiennent dans la nature! Parentes pauvres des grandes graminées, le blé, l'orne, le seigle, le maïs, le riz, l'avoine,
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«ii'.; qui depuis le commencement du monde, nourrissent les hommes el le- animaux, elles n'onl pas besoin de l'industrie humaine pour se multiplier ; les roseaux s'établissent dans les lieux humides et dés qu'il y a qnelque part an atôme de [erre, l'herbe s'en empare; il ne faut ni la semer ni la cultiver ; elle vient toule seule partout ; on l'écrase, elle se redresse; on l'arrache, elle repousse; les soleils d'été la brûlent, elle se rafraîchit à la rosée de In nuit; tandis que les récoltes et les feuilles des grands arbres des Forêts sont dévastées par des nuages d'msecles, elle continue de verdir, car il n'y a pas assez d'ennemis pour la détruire : elle est la force tenace el vivace, dont rien ne vient à bout ; elle est le nombre, elle est la puissance des petits, elle est à la surface du so! ce que sont les infusoires au fond des eaux, et dans nos sociétés, le peuple.
Elle a aussi la beauté, qu'on ne prend la peine d'apercevoir. On admire les moissons dorées, courbées par le venl, on décore les jardins avec les panaches des grands roseaux el du ainérium argenté ; on ne remarque pas n ses pieds des herbes qui font des merveilles d'élégance et de grâce. Du milieu d'une touffe de feuilles s'élève une hampe mince d'où partent des rameaux, d'où naissent d'autres rameaux, et toujours s'amincissanl, jusqu'aux derniers fils où sont suspendues des graines imperceptibles, cela remue au moindre souffle, c'est frêle el charmant ; chaque soleil, en le mûrissant, en change lu couleur, qui passe du vert tendre au bran, au violet, au gris, au jaune-blond, et les pieds pressés les uns contre les autres forment à l'œil comme un léger
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brouillard. N'arrachons pas la fétuque molle, le pâlnrin des prés, car ses branches se replient bientôt ; mais attendons que la féluque ovine soit bien mûre, que sa lige soit rougeàtre et sa teto dorée; emportons-la alors ci faisons-en de libres gerbes; elle durera ainsi el nous gardera dans nos hivers, avec le souvenir d'autres jours, un rayon du soleil sous lequel elle a été cueillie.
Mars !SM .)
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