LETTRE SUR LA BOTANIQUE
Tu te souviens, ma chère enfant, «le nos grandes Études en botanique : nous avions hien distingué nne dizaine de familles, une cinquantaine de genres, compte' quelques cenlaînes d'espèces, que nous connaissons, parce que tout le momie les connaît, et nous avions demandé bravement ;ï un savant de nos amis les noms de celles que nous ignorions. Irons-nous jamais plus loin ? Je ne sais; mois il m'est venu sur tout cela des réflexions que je veux te dire.
Je dois d'abord rendre justice à notre fidèle compagnon, le Xamirl île C Amateur des jardins. MM. Decaisne eiNandiaont fait la un ouvrage de bon sens, dont je leur sais un gré infini. On y trouve quelques notions précises sur les organes et la vie des végétaux, le nécessaire en fait de rlitssi lî-.'ai ion, tout le resle appliqué à la pratique : les cinq répons de la France distinctes par lents cliinais, et qui reçoivent leur nom des Vosges, de la Seine, de In Gironde, du Kliône, de la Méditerranée ; les piaules de collection et de fantaisie servant à In déco-
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ration dos parterres, les plantes grimpantes, les plantas ornementales, les piaules aquatiques, les plan (es de fenéires et d'apparlemenls. 1rs soins que ciiacune d'elles demande, et les moyens do les reproduire; quelles plantes fleurissent au prinlemps, quelles en été, en iiuiomnc el en hiver; leur couleur el leurs changements de couleur; avec cela, des figures que la maison Didot a prodiguées, et qui sont du plus grand secours ; car tous, plus on moins, nons sommes comme cet enfant qui ne savait iirequedausles images. En somme, c'est un admirable traité d'ornemen talion vivante.
J'ai pourtant à chercher une petite querelle aux auteurs du Manuel. Ils pensent que les formes des gouvernements impriment leur cachet sur le style des jardins; ils comparent à nos jardins modernes les jardins réguliers du xvi» et du xvn e siècle, et trouvent entre ceux-ci et ceux-là In différence qu'il y a entre, des temps d'émancipation politique et de pouvoir ahsola. Je ne suis pas convaincu que ce rapport des jardins aux gouvernements soit aussi rigoureux qu'ils le disent, car le petit Trianon a été créé par Louis XV; le style anglais a peutêtre prévalu simplement parce qu'on était fatigué du shle français, et parce qu'on a compris que, sans viser à la stricte imilation, il n'était pas mai d'imiter de plus prés la liberté de la nature. Je ne fais ces remarques que par égard pour la vérité, car il ne me déplairait pasque nos écrivains eussent raison : les changements de leurs jardins monteraient aux Français leurs propres changements sous une forme sensible, qui ne leur serait pas toujours agréable. Par ces temps où l'administration