‹ Morale et politiqueChapitre 44 sur 113 · LA LITTÉRATURE DU COLPORTAGE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE DU COLPORTAGE

des pièces qu'on ne saurait trop où chercher et qui méritaient d'Être conservée;. De ce nombre est Y Accusation correcte du vray pénitent, oit l'on enseigne la manière qu'il faut eriter cl celle qu'il foui sitirre en déclarant ses pà-lie's, publiée en 172* par un missionnaire jésuite, le P. Chaurend. Avant d'arriver au pénitent modèle, on lO*M- |-.it I'Ium'.ui • e;-|«-.cS • i-'iuls ni». in 'ti'tni rien, qui ne disent pas assez un qui disent trop, et il y a là de jolies scènes, notamment le dialogue entre le confesseur et la pénitente qai dit trop, entame à son aise la conversation, raconte les péchés des autres, fait des histoires sans lin, s'accuse île ce qui n'est pas péché, et veut employer son confesseur h arranger ton les ses petites affaires. Signalons aussi dans nos deux volumes la vie d'Anthelme Collet, dé Cartouche, de Mandrin, de Jean Bai l, de Gargantua et du Juif-Errant; les complaintes de Geneviève de Brabant, de l'Enfant prodigue, du Sacrifice d'Abraham, de Marie-Magdeleinc, de Joseph, de Judith, de Pyrame cl Thtsbé, de Michel Morin, de Fualdès, l'histoire des quatre fils Aymon, celle de firîsâhJii, l-i Cils lji- l> ilr ■ fni< • -. I > t-il- lui [■: Is -.vn.Je du bonhomme Misère; ajoutons la Civilité elirélienne cl honnête, un dietioimiiire d'argot cl un Parfait secrétaire.

Un curieux chapitre cl très-instructif du livre de M. Ch. h" isard est celui où il rapporte les éditions des romans el contes modernes répandus parle colportage; on trouve dans celle calé.u'iir ie Tclèwuquc, « tiré chaque année, en moyenne, a dix mille exemplaires, » les Arentitres de Robinson, les Voyages de Gulliver, Paul et Virginie el lu Chaumière indienne, les Mille cl une Nuits, les

Mille et un Jours, lit Coules de Perrault, Gif Blas cl le Diable boileu-r. A côtédc ces ouvrages figurent (m Contes de mesdames d'Aulnoy et Leprince Je Beanmonl, Bélisuire, les lucis. liitmn l'ouipilius. Exulte, Galate'e, Goitlaine de Coriloue. Jlais nous avançons vers noire èpo- (|ue : voici les œuvres et mémo les chefs-d'œuvre de madame Collin, comme dit la couverture; puis Ducray- Duminil, avec les l'eliis orphelins tin hameau, Victor ou l' Enfant rte lu forêt, Câlina ou l'Enfant iln mystère, elC.; de madame Daubeuton, la célèbre Zetie ou le Désert; enlin le Joseph de M. lïitaubé, avec le portrait du héros du livre, reproduit ici, lonie II, page 305.

Que de réflexions l'eiie liste fuit naiire ! D'abord, comment croire à la gloire, quand on songe à la destinée de madame Uoltin et de Ducraj-Dtiminil, qui ont pu espérer légitimement qu'ils .seraient colportés à l'immorta.li té? Puis, quelle différence entre les générations! comme elles comprennent diffère mm eut lessenlimenis de l'âme, et par exemple l'amour I VerraH-on aujourd'hui NémO' rin, au lever de l'aurore, attendant sous la fenêtre d'Estelle endormie, et tenant dans la main un nid de tourterelles? Aujourd'hui Nemorin fumerait sous la fenêtre d'Estelle. Entin, qui sait l'empreinte que les premières lectures ont laissée dans notre esprit, les idées que nous tenons de là et que nous conservons encore dans un âge mûr? Notre haine de l'intolérance pourrait bien venir du quinzième chapitre de Bélisaire; il est difficile de goûter l'expédition du Mexique quand on a lu les lueas; certains mécontentements que nous laissent toujours les meilleurs gouvernements actuels s'expliquent assez dans

des hommes qui ont trop vécu avec Nitmu Pompilim, et quand il vous prend envie de devenir premier minisire pour réformer les finances et corriger des abus aussi anciens que les Pharaons d'Egypte, on se demande avec inquiétude ce qui peut rester encore en nous du Josrph de Bilaubé.

Oji cherche en France un livre populaire, un de ces livres qui son! dans toutes les mains, auxquels on revient sans cesse, tellement ils répondent aux idées et aux sentiments de la nation, enlin un livre qui, au besoin, tiendrait lieu de tous les autres; on ne le trouve pas. La Bible, qui tient cette place cliez plusieurs peuples protestants, est jwu lue ici par diverses raisons : elle n'est permise qu'avec discrétion par l'autorité religieuse; -les croyants croient sur la parole de l'Église et ne sentent pas la nécessité d'interroger curieusement le texte sacré pour savoir ce qu'il renferme; il y a d'ailleurs un grand nombre d'incrédules ; les passions d'une sombre énergie que la Bible respire, et qui ont prélé leur accent à tant de passions humaines, sont aussi trop fortes pour nos mœurs; un a peu le gofit de la vie intérieure; ajoutez qu'on est du monde, qui vous impose de vous occuper de ce qui l'occupe, de l'événement, de la pièce et du roman du jour; avant de s'apparienir, on appartient à celle société aimable et égoï-le, qui n'aime que ce qui lui sert, ce qui sert à animer sa vie, et qui donnerait plusieurs vertus pour une qualité.

Vn autre obstacle à ce qu'un livre soit parlout populaire en France, c'est la différence de goût qui existe entre les différents classes de la société. Dans une classe

plus rallinéc, ce goût est difficile, délicat, aisément blessé, plus ami des nuances que ries couleurs tranchées, et effrayé par les trop grands mouvements; le peuple n'a pas ces timidités. Sans doute il est capable de s'enthousiasmer pour le grand et le simple; niais, à défaut de cela, il goule le gigantesque, le tourmenté, le violent, le drame el le mélodrame ; il aime ce qui déclame, en littérature, en architecture, en peinture, en sculpture, en politique ; aussi il ne chôme point, et, Dieu merci, on le sert àson goiïl. Songez-y, esprits honnêtes, qui ne consente/, pas a déclamer, parce que vous respectez le public, et que vous vous respectez vousmêmes, si vous avez le génie, vous pouvez tout vous permettre, même d'être vrais; sinon, sachez que voire royaume n'est pas de ce monde, que ce inonde n'appartient pas à ceux qui veulent l'arl sans faste et le bien sans bruit.

Je ne vois donc pas de livre populaire, c'est-à-dire qui soit lu partout et toujours. Celui qui approche le plus do celte condition est peut-être encore le Téiémaque; il a des mérites agréables à bien des Français : un beau style, des aveptures, des amours, d'admirables leçons de justice et d'humanité et des utopies ; il a un peu perdu de sa faveur dans quelques régions depuis un certain nombre d'années, depuis qu'on a pu craindre que patente ne fut transportée à Paris.

Je n'espère pas trop, je l'avoue, que le livre en question se fera; un livre éternellement le même n'est pas pour une nation qui change éternellement. On verra pltitflt une succession d'ouvrages qui auront de la vogue

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