‹ Morale et politiqueChapitre 45 sur 113 · LA LITTÉRATURE DU COLPOBTAOE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE DU COLPOBTAOE

chacun il leur tour et chacun dans leur monde, parce' qu'ils rendront chacun un moment de notre physionomie mobile; et ils auront diverses destinées : tandis que la plupart, après un instant brillant, disparaîtront à jamais, quelques-tins resteront vivants: ce sont les ouvrages des mailres qui ont peint sous l'apparente passagère l'air familier de la nation ou les grands traits do la nature humaine, et qui ont donne à leur couleur un éclat solide.

En attendant, il convient de proposer à toutes les classes do lecteurs les ouvrages variés des plus grands artistes, cl de les habituer à s'y plaire; on fera bien, si on se préoccupe surtout de former les lectures du peuple, d'ajouter aux livres qui charment son imagination les livres utiles à la vie; ce n'est pas assez d'avoir rayé du colportage les mauvaises lectures, il fout en mettre de bonnes à la place. La Société Franklin, secondée par d'honorables maisons de librairie, notamment par la maison Hactiette et la maison Hctzel, y travaille; si elle réussit, comme je l'espère, elle aura bien mérité de l'avenir. D'ici là, ce qui se répand davantage, ce sont les journaux à cinq ou dix centimes; il y en a pour tous les jours de la semaine. I,e fond constant est le roman, à quoi se joignent quelques anecdotes et quelques descriptions de procédés industriels. Depuis une couple d'années, il y a une lecture qui est devenue populaire, celle du Petit Journul. Grâce a une organisation extrêmement habile de messagerie et de crieurs, il arrive dans les derniers villages, à toutes les maisons, il tontes les oreilles; c'est la lecture qui vient trouver le lecteur.

Un peu de conversa lion, qui a ses bons el ses mauvais jours, beaucoup, d'événements dramatiques ou plaisants, suffisent ii une feuille qui, en fait de science, n'estimo que les faits divers; il y manque une toute petile chose, la politique, dont il paraît qu'un se déshabitue aisément. Celle lacune a été comblée par le Moniteur universel du .soir, qui, par une générosité de l'Administration, donne aux Français, pour la plus modique somme, les faits politiques cl i'opinion qu'ils en doivent avoir. Comme on sent bien le progrès des temps, quand on compare à l'ancien almanach, qui devait suffira à tant d'hommes toute une année, et leur versait un si grand nombre de mensonges au milieu île quelques vérités, la feuille actuelle, qui se renouvelle chaque jour, el leur apporte la vérité officielle! Le. Moniteur universel à un sou, c'est, autant dire, la science mise à la porle de tout le monde, l'enseignement gratuit des adultes el la vie intellectuelle à bon marché, en attendant l'autre.

(NotcmbrelSCa.)

Page 1