L'ANGLETERRE AU XVIII" SIÈCLE
voir: il ne faut pas moins que MM.Guizol, de Viel-Caslel et Duvergier de Haoranne poor nous y intéresser. Les influences qui forment et dissolvent les majorités, les changements de mini stères, ce ménage île gouvernements île discussion, t(ui passionne si vivement les contemporains, parce qu'a l'amour et it la liaine des principes se joignent l'amour ol la haine des personnes, ces mille événements quotidiens, au hout de quelques années, se perdent dans l'enscmhlc et ne nous diraient plus rien si l'Iiisloire n'avait ses réhabilitations et ses vengeances. Quoique M-de Hémusat sache cela, il a entrepris de retracer la vie parlementaire de l'Angleterre au dix-huitième siècle ; il en a fait comme le fond sur lequel il a peint les portraits de ses personnages ; il a voulu écrire l'histoire et n'a pas consenti à saerilieraux faiblesses du public; mais si ces détails de la vie intérieure du gouvernement anglais risquent par eux-mêmes de languir, ils empruntent un singulier attrait à la personne de l'historien, qui, retrouvant ici le jeu des idées et (les passions qu'il a vu ailleurs et auquel il a été mêlé, nous donne de précieuses leçons de politique ; il prend, pour les donner, lu juste autorité qui lui appartient :
ont vécu depuis Uvale on quarante uns uu cirur des affaires do la Franco, oui appris In langue que parle rhist.n're .l'Angleterre. Les sentiments gi pen>ées qui iiuinieni l-s ai'leur- un les tfmuîns d\--
nmiiis par escrimée. H peiti .'-Ire niijeiinl'lini Itès-iniilile île savpir tout celm mais enlin ils le savent, el il leur manque In lloiibilile d'esprit iiéeessaire pour iq, prendre nuire r-linse. l'etit-OIre leur passora-l-oii
M. DE RKMUSAT 237 il'ofer Écrire sur ce qu'ils jn-tiscnt ronruiHiv. rie pmlitcr d'une eïpérieriec qui, dit-on, doit unir avec eux. et de parler de ce dont ils se «juviennent avant que ee soit tout à fait oublié. Les hommes d'oujuurd'huï seront plus lieureui -. dispensés d'un laborieux apprentissage, ils recueilleront saus avoir si>iih : ; leur devinée ne laur roulera nul effort ; ils Jouiront du bonheur de leur patrie sans y être pour rieu, et s'étonneront qu'on ait pris avant eus tant de souci de choses .iiii-si i[idiiIi'T"[ili'.- i|uf ].-!■ aildiri" pnldiqnas. ■
C'esl plaisir d'entendre parler ainsi ; aussi bien on ne trouverani un plus libre esprit, ni une âme plus élevée. H. de Remuât est le mente partout : en politique, il dédaigne d'être chef dans un parti s'il faut s'y enfermer, et se contente de recommander à lotis de comprendre et d'aimer le pays ; en philosophie, il n'est pas un ehei d'école, s'il faut presser des hommes de souscrire à un système sur sa parole ; mais il encourage par son exemple tous ceux tpji se dégagent des formula ires et qui écartent les opinions convenues pour aller à la vérité.
Essayons, nous aussi, de la voir telle qu'elle est et. puisqu'il s'agit ici de l'Angleterre, où on va * chercher » le gouvernement, commeon cherche les arts en Italie,» osons proposer une réllexion. Il nous semble i|iie, tlans les essais qui ont été faits chez nous pour imitée l'Angleterre, il y a eu une commune méprise, qui persisie encore et à laquelle il est temps de renoncer. Ce qu'on a regardé d'abord comme l'essence de la Constitution anglaise, c'a été son gouvernement, ses trois pouvoirs, son roi et ses deux Chambres, la pondération de la royauté, de l'aristocratie et de la démocraiie ; à quoi il n'y avait qu'un malheur, c'est que l'aristocratie manquait en i-'rance et qu'une aristocratie est nu n'es! pas, mais qu'on
îl'.S L'ANGLETERRE M: XTItl» SIÈCLE
ru' la fait pas. (in s'obstina à en faire une, et on ne parvint qu'àcomposeruncasscmblécqui, sousdivers noms, n'a jamais réussi à exister et n'a jamais gène personne, ni les gouvernements quand ils sont debout, ni les révolutions quand ils sont par terre. Celte première idée de créer une aristocratie n'en a pas moins continue de p ['('■occuper les esprits, de leur paraître le meud du problème de la liberté politique ; on l'a vue encore, il j a quelques mois, se produire devant le Corps législatif; on voulait cette fois créer une aristocratie naturelle, fondée sur la propriété, et, pour que la<oeiété se constituât, on voulait abolir l'article du Code civil qui fractionne les héritages ; par malheur, on lient encore chez nous que les biens des pères doivent être partagés également entre les enfants, comme l'affection ; on goûte peu une politique qui choisit la famille pour y mettre l'inégalité et la discorde, qui sont assez ailleurs, et qui s'en va gâter ce que nous avons tout simplement de meilleur en France.
Au lieu de copier plus nu moins heureusement les dehors de la Constitution anglaise, il serait utile d'entrer dans son principe et de s'en pénétrer ; or tout est ici : en Angleterre, il y a une vie publique, c'est-à-dire les affaires du pays sont les affaires de tout le monde ; il y a une large information, une large discussion ; on n'y a pas inventé que l'information est un manque de patriotisme et la discussion un manque de confiance, une ingratitude envers le gouvernement. Voilà dans quel élément jouent (es pouvoirs, l'élément résistant sur lequel ils s'appnieni pour marcher, et voilà bien, en fait de
M. DE RËMUSÀT
politique, quelque chose d'essentiel, de réel et de plein. On n'a pas imagine 1 non plus en Angleterre que le pays doive s'occuper pendant un temps de ses affaires et se reposer après; on n'a pas conçu cette sorte d'action politique qui, à l'instar de nos tragédies classiques, se passe en quelques heures dans le vestibule d'un palais; l'action y est constante et répandue partout, comme la vie dans notre corps. Espérons qu'on ie comprendra enûn : la liberté n'est pas une question de poids et de ressorts dans un mécanisme solitaire, c'est unequestion de milieu; elle n'est pas dans telle ou (elle nature de gouvernement, elle est dans la vie publique ; avec la vie publique, il n'y a pas de gouvernements in tolérai) les : sans la vie publique, tous les gouvernements se valent à peu prés : il n'y a plus que des forces qui se précipitent dans le vide.
S'il existe encore îles personnes qui s'imaginent que la liberté est on taxe, que le fzouvernemen t représentatif, avec la tribune et la presse, est un gouvernement de journalistes et d'avocats, qu'ils aiment parce qu'ils y brillent, ces personnes ont tort : la liberté n'est pas un luxe, elle est le nécessaire; la liberté, c'est Insécurité, dont tout le monde a besoin, tout ie reste encore plus que les avocats et lesjournalistes. Le hruit de la parole publique peut quelquefois fatiguer les hommes qui travaillent, et elle mérite quelquefois leur mépris, quand elle est un vain aninscmenl; mais elle est autre chose que cela : dire que les affaires se font parla parole, c'est dire qu'elles sont discutées avant d'être faites, que les intéressés sont entendus, qu'ils auront la permission rte