‹ Morale et politiqueChapitre 53 sur 113 · L'ANGLETERRE AU XVHT SIECLE · texte numérisé non relu

L'ANGLETERRE AU XVHT SIECLE

se défendre pour maintenir leur situation actuelle, ou du temps pour se préparer à une situation nouvelle, et qu'ils ne seront jjus frappés s;ins être avertis.

Nous recommandons vivement l'ouvrage de M. île Réînusat à ceux qui s'intéressent encore à la politique: pour d'attirés, il y a d'autres objets, et plusieurs des personnages qu'il a peints nous Louchent par bien des côtés. BoliBgbroke, pur exemple, ne saurait nous êtra indifférent, ourson nom se trouve mêlé au nom de plusieurs personnes de notre dix-huitième siècle, et surtout ii celui de Voltaire. Voltaire l'a vu pour la première fois en France, dans le domaine de lu Source, à la lin île I72t, et parait avoir reçu une forte impression de celle visite; il l'a revu en !72(5, en Angleterre, après son alTuire avec le chevalier de Rohan, et on sait que les deux uns qu'il passa dans ce pays no furent pas des années perdues, car il eu rapporta ses Lettres sur la Anglais. Il avait voulu dédier lu Henriade à Bolingbrokc, il lui dédia son Bi utu», et couvrit souvent de cette autorité ses attaques contre les religions positives et ses travaux en faveur de la religion naturelle.

Le nom d'Horace Wnlpole se rattache, en France, à celui de Mme du Deftand. Comme le dit M. île Bémusal : « lin fait de roman, la question ordinairement posée est > celle-ci: «A-t-ou eu raison d'en aimer le héros? ► C'est ce héros qu'il essaie de lions taire connaître, dans une line étude où le modèle est serré de près. Il l'a représenté dans son château de Strawbcrry-Hill, d'un air que l'on sent qui est vrai, et c'était probablement le véritable Walpole, celui nui nous est donné dans les lignes

M. I>F. RÉUUSAT

suivantes : « Il n'est grand en rien, supérieur qui; dans i ses lettres, maisil est lui-même en tout, ella dîstioc- » lion ne lui manque en aucune chose. Quand on aura » ilit i(u'il était un peu sec, un peu dédaigneux, un peu « difficile; quand on aura iijoulé qu'il n'était pas exempt i de prétention ni d'exigence, que sa nature délicate le » rendait irritable dotait à son commerce le charme de » l'ahandon, la part du mal su a faite, et, franchement, n dans ce qu'on appelle le monde, est-ce là un fardeau » bien lourd à porter ? •> M. de Etémusul le défend contre .Vacanlay, qui l'accuse d'ûlrc tout affectation, en opposant à ce jugement celui de son amie, et ajoute : « Ce » n'es! pas toujours se (ramper sur quelqu'un que de • l'aimer. » Il croit que Walpole a apprécié et aimé Mme du Deffand, quoiqu'il redoutai les vivacités d'une amitié passionnée, qui risquait d'avoir pour confidents les commis de la poste aux lettres et les personnages à qui ils procuraient ces ilistiactiuiis Mais s'il fut dur pour elle (.les hommes le sont aisément}, il lui fut un loyal ami, et, vivante et morte, il lui fut fidèle. Il était venu quatre fois pour elle à Paris ; après elle il n'j revint plus. • 11 était insupportable, d'accord, dit son bio- " graphe, il n'était pas indifférent, » M. de Rémusat a cilé une de ses lettres lord Chute, 171-Tj, qui, outre qu'elle est piquante, dénonce un curieux rapporl entre son esprit et celui de son" amie et une sympathie par OÙ

l'ahqlbtkhrh au mn* siècle

elle, que ma tirtxiti naturelle c quo jour. 1U m'«ic{>dent, iU i

qui s'appeLil Ennui, car son s-pectre e^l lonjours .lovant moi. •

Voilà un cri à ln du DcITand. Du reste, je ne sais pas au juste si le principe de l'ennui, choz tous les deux, était Je même. Ce que l'on sait le mieux, c'est que Mme du DcITand, par ses fautes cl par la cruauté de h destinée, avait fait une triste expérience delà vie; qu'elle vivait dans un siècle qui lui plaisait peu, ayant le goût trop grand et ia raison trop sérieuse pour se contenter des petites productions et de la philosophie superficielle du jour, étant femme et sincère, c'esl-â-dirc avide d'aimer et méprisant lout ce qui n'était pas cela. Quant ù Walpole, il est moins transparent. 11 a écrit et répété: « l.e monde est une comédie pour l'homme qui pense, une tragédie pour l'homme qui sent. » Avait-il pleuré il celte tragédie, ou était-il décidé à n'y pas pleurer ? On peut croire qu'il n'y avait pas été insensible et que la tragédie lui avait gilté la comédie. Il paraît s'élre créé des goûts pour remplacer les passions, et avoir éprouvé que les amusements n'amusent jamais longtemps; il parait s'élre fait un certain équilibre arliliciel, que lout menaçait de rompre et pour lequel il entra en eflroi lorsque Mme du Delland se précipita vers lui avec son impétuosité française.

Des divers personnages que M. de Hémusat a étudiés,

M. DE HICMUSAT ïiS

Fox est celai qui attire davantage : il mérite noire reconnaissance pour avoir aimé notre pays et être resté lidèleù notre révolution, malgré ses erreurs el ses crimes ; il éveille encore la sympathie qui se déclara pour lui lorsque, étant venu en France en 1802, à une représentation de Phèdre, toute la salle se leva pour lui faire honneur. C'est là que Napoléon et lui se virent pour la première fois ; on a conservé, et M. île Uémusat le rapporte, le souvenir de leurs relations el du charme qu'ils exercèrent l'un sur l'autre; on retrouvera ici ce que M. Tliiers a raconté, la fière réponse qu'il fit à celui qui, devant un globe terrestre, s'étonnait du peu de place qu'y tenait l'Angleterre: « Oui, c'est dans cette lie si a petite que naissent les Anglais, et c'est dans cette Ile » qu'ils veulent loasraourir. Mais, ajouta-t-ilen étendant » les bras autour des deux océans et des deux Indes, » mais, pendant leur vie, ils remplissent ce globe entier » et l'embrassentdo leur puissance. • Pour arriver à être l'homme qu'il fut dans la seconde moitié de sa vie, Fox eut à se dégager des fâcheux engagements de lapremière: en politique, il se détacha de la cour et devint le grand libéral que l'on connaît; quant à sa vie privée, il eut à oublier l'éducation paternelle. Sou père avait ce singulier système d'inoculation morale qui eonsisle à donner une maladie certaine pour éviter une maladie incertaine; conformément à cette idée. « il conduisit le jeune Fox à Spa, alin qu'il s'inoculât l'amour du jeu : il réussit si bien, qu'il dut payer une fois a millions 500,000 fr. de dettes. Il fallut, pour guérir Fox de culte funeste passion, qu'une grande passion, celle du bien public, le saisit

■Jii j.'angleterrk au xtiii* siècle

tout entier ; quand cela arriva, il s'arrêta net sur lapenle qu'il descendait ; il comprit ce que dit bien M. de Rémusal: « Que la réputation privée est une force et un de- » voir de la politique. »

Nous nous séparons à regret de ces fortes études sur l'Angleterre, de ce 1 ivre d'un sage que l'exil el la disgrâce n'ont ni converti ni aigri. On raconte qu'on demanda un jour à M. Mole pourquoi les hommes politiques sont si vile fatigués, el qu'il répondit : * D'est qu'ils ne savent pas s'asseoir; » un mot d'une admirable vérité. Sans doute l'activité fatigue, mais elle calme aussi, parce que l'aine y est dans son élément ; ce qui est insupportable, c'est après qu'on a conduit les affaires, de songer qu'on a encore la force de les conduire et que cette force est inutile, de s'exaspérer en vain contre le train des choses; de souhaiter qu'elles aillent mal, atin d'être nécessaire, de s'apercevoir qu'elles vont sans nous, el de penser qu'elles peuvent continuer d'aller ainsi, île s'agiter ii vide, de s'épuiser en efforts pour ressaisir le pouvoir perdu, de le voir se rapprocher pour s'éloigner encore, de rouler en haut son rocher qui retombe, d'être attaché à la roue qui tourne toujours ; il v a là de cruelles souffrances, et il vient à l'idée que Tantale, Ixion el Sisyphe étaient des politiques qui ne savaient pas s'asseoir. Il en est d'autre sorte, ceux qui, n 'intendant rien pour eux, ont toutes les grandes ambitions pour leur pa;s, même lorsque leur pays semble ne plus les avoir, et qui le suivent avec émotion dans les vicissitudes par où il passe. Nous ne «lisons pas qu'ils soient sûrs d'être plus heureux que les premiers, car ils

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