‹ Morale et politiqueChapitre 7 sur 113 · HISTOIRE POPULAIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE POPULAIRE

jure que a l'Empereur est trop bon. » Dieu merci, il esl permis d'ulre patriote en deçà; il est permis d'etrn un bon citoyen, qui se réjouit de nos victoires et ii qui nos défaites font saigner le cœur, sans qu'il soit nécessaire de confondre la France qui tourmente l'Europe avec la France qui défend son territoire et sa Révolution.

J'ai eu dernièrement nne preuve curieuse de la force i!c cette préoccupation nationale et de ce qu'elle peut sur la plus claire vérité. Dans un ouvrage historique, un âfudtl rencontre la question des frontières nalnreltes de la France: il rappelle les nouvelles provinces qui sont venues prendre leur place dans la nationalité française. - Bientôt, ajoate-l-il, viendront s'y ranger à leur tour » ces populations de la rive gauclie du Rhin, qui, fran- » (.'aises par le cœur et par le langage, font îles vœux » pour voir tomber les limites artificielles et toutes polt- ' tiques qui les séparent de la mère-patrie, o Cette phrase, je l'avoue, a un peu déconcerté mes connaissances historiques : on ne peut qu'approuver te vœu qui y est exprimé, et on ne demande ]ias mieux que d'admettre que ces populations sont françaises par lecteur; mais françaises par lo langage, c'est autre chose. Aussi

rites réels, M Paul Meyer. appelle spirituellement cette assertion de i aillent' une distraction.

En lion patriote, après avoir pris un Français en faute, je ne puis me dispenser de prendre aussi en faute quelque étranger, un Anglais par exemple, et puisque j'y suis, je prendrai toute la nation. J'ai peur,

■ Cor.itjmidaaii Littéraire, 25 mars 1K64.

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car je vais plaire à M. de Boissy. I! y a une chose qui clie/. les Anglais est merveilleuse, c'est l'accoril subit et universel qui s'établit entre eux sur de certaines questions : toute l'Angleterre alors pense et parle comme un seul Anglais ; c'est un plaisir île voir tant d'esprits si divers s'enlendrc si parfaitement sut 1 le juste et l'injuste, et l'on ne saurait assez admirer l'unanimité dont ils sont saisis. Survient-il dans la question quelque clément nouveau, qui lui donne un autre aspect, l'opinion change, mais l'unanimité reste : la nation se retourne d'une pièce; on dit simplement oui où on disait non et non où on disait oui. Quelques personnes suspeclonl un si louchant accord : eiles doutent que le juste et l'injuste aient tout l'honneur de ce beau feu, et elle* y découvrent malignement le prompt calcul de l'intérêt personnel.

Je reviens â nous et ii nos deuic histoires de France, qui seront, je le crois, très-utiles, quoique dans ['Histoire populaire, la religion de la patrie me semble mêlée de quelques superstitions. Hais c'est peut-être une nécessité du genre, et il n'est pas sûr qu'on trouvât l'oreille du peuple si on ne s'adressait qu'à la raison sans parler à la passion, qui répond toujours si vile. Je me bornerai donc ii demander que la raison et la passion partagent et que la raison reçoive une part de plus en plus grande, (ont en sachant que c'est difficile, car, dans ces grandes âmes des peuples, le bien et le mal sont tellement près qu'il est on ne peut plus facile de tomber de l'un dans l'autre. Voulez-vous, par exemple, considérer quelles sont chez nous les passions nationales, vous trouverez

sans doute que nous aimons l'égal ilé, la liberté de conscience, lajustice cl la gloire, Quoi de meilleur, il certains Égards î L'égalité est naturelle et légitime, quand elle signifie que tons les citoyens sont égaux devant la loi et que Ions peuvent arriver a tout par le mérite; la liberté de conscience est le premier des Mens; Injustice est assurément estimable lorsque, au-dessus des coutumes particulières des nations et des époques, elle découvre les droits qui appartiennent au genre liuraain; enlln l'amour de la gloire excite aux belles clioses; par conséquent, il est permis, quand on parcourt l'histoire de France, de prendre parti contre les privilèges des castes et contre l'intolérance, d'applaudir nos grands législateurs et nos grands guerriers; mais encore serait-il à propos de ne pas corrompre ces bons sentiments ; or on les corromprait si l'amour de l'égalité n'était plus que l'orgueil et l'envie, la haine des supériorités naturelles ; si, par peur de l'intolérance religieuse, on opprimait les religions, si le culte de la justice devenait un culte impitoyable, prêt aux sacrifices humains; si l'amour de la gloire se changeait en une sorte de lièvre ardente; enfin si l'on était disposé a oublier le devoir pour contenter ces mauvaises passions et à passer tout à ceux qui les servent. On voit comme partout le bien et le mal se touchent. Quiconque parle, chez nous, au peuple, devra donc, s'il a de laconscienre, s'observer avec un extrême scrupule et se dire qu'en uppujanl un peu plus à droite ou a gauche, il gale une qualité ou encourage un défaut.

Une histoire populaire d'une nation n'esL pas de la

science pure : chemin faisant, elle dessine dans les imaginations un modèle idéal, qui est la représentation parfaite du caractère national el que chacun de nous n'a qu'à reproduire. Il importe donc que ce modèle soit plus ou moins haut, et 1 histoire ne doit pas craindre de le hausser un peu, car notre faiblesse choisit volontiers ce qu'il est le plus commode d'imiter. Ainsi, dans la personne d'Henri IV, la chanson a choisi, pour le célébrer, le triple talent que l'on sait, et il y a des Français qui sont

triple talent, ils ont pavé leur deite a leur patrie. Il y a de plus grands efforts que ceux-là, et il ne serait pas mal de les apprendre; ce sera l'ouvrage de ce patriotisme intelligent el élevé, i|ui gagnera, il faut l'espérer, du terrain sur l'autre.

On nous trouvera peut-être un peu naïf dans la vivacité de notre sentiment pour noire pays, et on nous raillera.de nous laisser aller à ces mêmes complaifancesque nous raillons chez d'autres peuples; mais le pa- Iriotisine n'est pas mal placé ici : il n'a pas partout la fortune d'avoir pour objet un pays comme celui-ci, qui a tellement agi par ses idées el par ses armes que, si on ne sait pas l'histoire de France, l'histoire du inonde depuis quinze cenls ans est incompréhensible.

Apprenons a dégager l'idée pure de la patrie des formes qu'elle traverse el qui sont l'objet de nos affections; meltons la patrie au-dessus des partis; grâce ace sentiment, les cilojetis recounal iront qu'il subsiste, sous tant de révolu lions, quelque chose qui est la Krauct , que chacun, à sa manière, doit aimer et servir; ils ré-

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