‹ Morale et politiqueChapitre 6 sur 113 · HISTOIRE POPULAIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE POPULAIRE

peuples qu'ils conduisent ne sonl pas si avancés que cela. Je voudrais que l'on demandât il un de nos Français, !c plus Français, quelles sonl, à lu surface du globe, toules les races latines, et s'il leur porte le degré légitime d'affection. Dans l'ardeur qu'il met .i les secourir, et, au besoin, à les battre, il ne se doute probablement pas de ce qu'il entre de sympathie naturelle pour ses frères Latins.

A le bien prendre, si on cherche un sentiment qui remplace l'ancien patriotisme et inspire les même* vertus, l'amour de l'humanité me semble encore préférable ii l'amour de la race. Il ne nous est pas difficile de reconnaître que nous sommes tous frères ici-bas, et à celte communauté visible s'ajoule la communauté, visible aussi, de condition et de destinée ; les hommes, par cela seul qu'ils sont hommes, sonl liés par de certains sentiments universels : « Je suis homme, disait le personnage de Térence , et rien d'humain ne m'est étranger. » L'amour du genre humain produit la justice et l'humanité, et s'il est incapable de remplacer le patriotisme, le patriotisme est, à son tour, incapable de le remplacer : il suscite quelques apôtres sublimes, il tempère j'apreté des passions jalouses, et au plus fort des luttes, maintient une certaine douceur, qui est la civilisation.

Puisque nous estimons comme il convient le patriotisme, séparons avec soin le bon du mauvais.

Il y a le patriotisme qui croit que «on pays est parfait, et le patriotisme qui ambitionne de donner a son pays ce qui lui manque; il y a le patriotisme élevé, éclairé, et ce patriotisme plus tenace qu'intelligent, qu'on a

nomme le chauvinisme. Le patriotisme sensé ne manque pas d'une certaine complaisance pour le génie national, el en cela mime il est juste, car il le comprend, ce génie : il le voit autour de lui, i! le sent en lui, il en a étudié l'histoire avec cet amour qui éclnire ; mais il ne se regarde |ias comme obligé de croire que ce génie a tout ce qu'il est possible d'avoir et n'a rien à apprendre des autres nations. Au contraire, sur ce point le chauvinisme est intraitable : il n'admet qu'une verlu, le mépris de l'étranger, avec l'enthousiasme correspondant pour tout ce qu'il plail à sou propre pays de penser, de direel de faire, et un grand contentement de sa propre personne, en qui les qualités nationales se résument heureusement ; le nom d'importation étrangère lui Tait horreur : il a protesté contre Sliakspeare, contre la musique italienne, contre la musique allemande cl la littérature allemande et la liberté anglaise; il ne permet pas qu'on emprunte à personne, ce qui laisserait supposer qu'on n'est pas assez riche, et il ne conçoit pas qu'on fasse de ces choses-là quand on est un bon Français.

On devine qu'il a sa manière d'écrire l'histoire. Il n'admet pas que sou pays ait pu avoir ton, ni qu'il ait pu être battu ; ne lui parlez pas, danslavicde Napoléon, de guerres légitimes et de guerres illégitimes ; elles sont toutes légitimes également: nous ne demandions qu'a vivre en paix, et ce sont les autres nations qui nous ont forcés de les combattre. Il a certainement existé ce sergent Zimmer, qui, dans la jolie Histoire d'un Conscrit, d'Erckmann-Chatrian, irrité d'avoir encore affaire, en W3, à des peuples qu'on avait élé maître d'exterminer,

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