‹ Morale et politiqueChapitre 71 sur 113 · J E XVIII 1 ' SIECLE · texte numérisé non relu

J E XVIII 1 ' SIECLE

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bien les Français d:ms ci' volume :

■ I j juin 1771. — J.'pnlliimsiasinc lui sujfl rln huuveuu rtfinc eon- Liiiuo il bp m»nif''sliT. siiil ]iiir b salira «lu rî>gne prvcMfnt, suit |ur de.- .'n.i-huinli'Jii5 sur L'acLucl ■

Lilemcnl (pour la maladia d« Louis XV). Il les laissa dire, cl quaml ils purent liui toua leurs reproches : - Eli l>i..;ii ! Mbs icurs. iju'avc/.-

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Marie-Antoinette est acclamée dès qu'elle se montre; les femmes, ne siidunil l'oniiueii! [cm diluer loiiv amour pour elle, achètent îles robes de soie puce, parce qu'elle a acheté une robe île suie puce, et ii peine les onl-ellcs portées qu'elles en uchèlenl d'autres, rouieur des cheveux Je la reine; mais quelques mois s'écoulent et c'est un déchaînement de pamphlets qui fait pressentir la terrible catastrophe. Nous voudrions bien que M Ludovic Lalanne prit encore un peu de peine pour nous eu épargner, et qu'il recueillit de la même manière ce qui regarde le clergé, les Parlements, etc., afin de faire défiler devant nous les divers acteurs du draine qui se joua il celte époque.

M. Jules Barni, actuellement professeur à l'Académie de Genève, y a fait un cours publie sur l'Histoire des idées morales et politiques en France au dix-huitième

sièclr; ce cours iui il fourni la matière de deux volumes, donl il nous donne le premier dans lu Bibliothèque d'histoire contemporaine de Gcrmer-Baillièro. On retrouve

travaux sur la philosophie allemande : une admirable netteté d'idées el de style, une fermeté do convictions que les événements n'ont itoinl atteinte, une honnêteté et une élévation de sentiments qui ne sont pas d'honorables dehors, ce quo la rhétorique apjicllc des imntirs oratoires, mais le fond même de la personne. Le volume actuel contient flernardin de Saint-Pierre, Montesquieu et Voltaire ; le suivant contiendra Rousseau, Diderot et d'Alerabert*.

On saisi! ici le dix-huitième siècle à l'œuvre, et on en conçoit une grande idée quand on considère ce qu'il avait à faire et ce qu'il a fait, lin religion, depuis la révocation de l'ôdit de Nantes et l'ordonnance de 1715, il était admis en principe qu'il n'y avait plus de prolestants en France. Si dans l'intérieur do l'Église calholiqac il s'élevait des différends, si les jansénistes, par exemple, essayaient de lutter, le roi leur enjoignait le silence (1784). La philosophie n'était pas à son aise: une ordonnance de 1757 condamnait à mort « tout auteur d'écrits tendant à émouvoir les esprits, s La politique n'avait pas liberté de s'exercer sur un grand nombre de sujets: une déclaration du roi faisait « défense * d'écrire et d'imprimer aucuns écrits, ouvrages et pro-

' Le volume a puni. (Note de 1888.)

t jets concernant la reforme de l'administration ou des » finances. ■ S'uvenlurail-on à écrire, malgré ces menaces, lo livre, avant de paraître, devailobtcnir l'approbation des censeurs nommés par le directeur de la librairie ou par la Sorbonne, celle du lieutenant de police et celle de la chambre syndicale des libraires. Le livre avail-it paru, il avait à craindre : les arrêts du Conseil d'Etat, l'Index de la Sorbonne, les dénonciations des assemblées du clergé, les décrois du Parlement, les leltresde cachet.

On voit i|iie la condition des écrivains n'était pas douce alors, quand ils se mêlaient de penser librement, qu'il ï avait bien des obstacles entre leur pensée et lo public auquel ils voulaient parler et qu'ils voulaient convertir; et ce mémorable exemple devrait bien nous apprendre à tous que lorsque une idée \ raie a jailli du u> un esprit, il n est pas de force ni d'babilelé qui soit capable de l'empêcher de se répandre : elle renverse cl noie ceux qui la compriment.

1,'àme du dix-huitième siècle, c'est 1 humanité, c'est-àdire une vraie sympathie pour la nature humaine, l'idée de ses droits et le désir de son bonheur, la révolte contre les injures qu'on lui lait, contre les injustices et les maux qu'un lui inflige. Ainsi il coin bal l'intolérance religieuse, le gouvernement arbitraire, l'esclavage, le servage, les entrave.-: an commerce et à l'industrie, l'inégalité artificielle, la torture, la cruauté des peines, la guerre elses barbaries, et il ré-vu la peil'cclibilitê de noire espèce. Sans douie il s'est trompé en croyant que les

hommes étaient assez, mfirs pour le gouvernement de la raison; mais il a bien vu que c'est à la raison qu'il appartient de gouverner, et il a viveinunl représenté l'idéal vers lequel le genre humain marche, quoiqu'il semble souvent s'arrêter ou retourner en arriére.

Soyons reconnaissants au dix-huitième siècle, car nous n'allons que parle mouvement qu'il nous a donné. Quand ou essaie, sous prétexte d'ordre public, d'interdire la liberté de philosopher, c'est l'esprit du dix-huitième siècle qui résiste : il sourit quand ou applique en 1866 une loi de 1814, qui punit le travail du dimanche, et qu'on a oublié d'abolir, parce qu'on la croyait abolie; il ne lardera pas à affranchir les cultes; il dépassera !e libéralisme de ces grands libéraux qui admettent comme légitime toute religion que l'administration a reconnue, et do reste donnent à chacun pleine licence de croire ce qu'il veut, pourvu qu'il n'en dise rien à personne. Quant à la liberté politique, si elle n'est pas définitivement fondée, et nous ne prétendons pas qu'elle le soit, la faute n'en est pas an dix-huitième siècle ni à la Itévolulion, qui en vient. Nous ne saurions admettre, comme on le répèle trop souvent, que la Révolution a fondé l'égalité sans fonder la liberté, qu'elle a (ortilié la centralisation ci achevé île détruire le* forces individuelles, qui sont la vie.

En ce qui regarde la centralisation, il nous parait jusle de distinguer les temps et les régimes. La Convention nationale, par exemple, n'est qu'un pouvoir exceptionnel, une dictature contre la coalition européenne.

I.e Consulat u'esl pas II' légataire universel de 89 : il ne prend tlans le passé (]tie ce qui lui convient, et organise la France sur le principe unique de l'égalité. Lorsque, dans sa proclamation du 24 frimaire an VIII, Bonaparte dif ail : * Citoyens, la [(évolution est Usée aux principes » qui l'ont commencée, elle est finie, * il lui plaisait de ne su souvenir que de la nuit du i août. lînfin, ni dans un cas ni dans l'autre, la centralisation n'était un fait nouveau ; elle était le travail de plusieurs siècles précédents, comme Tocqiievillc l'a établi dans son livre sur Y Ancien Régime et la Rétolution; elle n'est pas seulement une tradition, elle est. dans une certaine mesure, une nécessité constante, et si nous proposons d'en sup- .primer un peu, c'est qu'il y en a trop et que la France n'est pas cxpnséen ce que ce bien lui manque.

Nous reconnaissons donc volontiers que ia Révolution n'a pas détruit la décentralisation; mais « les principes qui l'ont commencée, » pour parler comme le premier Consul, ne sont pas seulement ceux dont il parle, il j avait bien aussi quelque chose qui était les principes de 89 ou la Déclaration îles droits de l'homme. 1/ homme a des droits imprescriptibles : la liberté, la propriété ; le Lut de toute associai ion politique est de les garantir. La liberté consiste h pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; aussi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux antres membres de la soriéié la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi; la loi est l'expression de la volonté générale ; elle n'a le

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