‹ Morale et politiqueChapitre 98 sur 113 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

eire entre confrères qui s'apprécient les uns les autres et oublient les opinions qui divisent, comme nous sommes ici entre camarades, venus de bien des opinions différentes et même de partis irréconciliables : actionnaires de Soulac, fanatiques de Kojan ou propriétaires d'Areachon. Que de fois j'ai regretté de n'être pas à votre banquet! J'étais trop loin pour m'y rendre; j'espere maintenant cire plus lidélc : je me suis remis, à mon âge, à croire au prinlcmps. et je reviendrai, chaque année, retrouver notre soleil et notre bon vin, fils du soleil.

Vous m'invitez à fêter nos souvenirs de jeunesse; hélas! c'est donc que noire jeunesse n'est plus qu'un souvenir. Est-il bien possible que nous nous soyons connus il y a une quarantaine d'années? Ah ! mes jeunes camarades, qui venez de quitter le collège, songez que vous avez en face de vous ites hommes qui oui vu des choses que vous ne verrez plus, des hommes qui dalcnt des temps fabuleux, qui ont été les témoins d'un système d'éludés disparu devant le sjslènie nouieau, comme les diligences ont disparu devant les chemins de fer. Nous avons vu la philosophie enseignée en latin (on avait pris le lalin sans doute pour éclaircir la philosophie); nous avons appris la rhétorique par cœur, et nous avons élé exercés aux figures de rhétorique; nous élions nourris des plus pures humanités ; les sciences marchaient respeclueusemenl derrière les langues mortes; on n'aurait jamais eu l'idée de les placer sur le mflmc rang, ni surtout d'introduire dans le sanduaire du latin et du grec un enseignement professionnel, avec la tenue des livres et l'é-

discours 399 conomie politique, qui a remplacé chez nous la tragédie et les petits vers. L'histoire aussi éiait apprise par cœur; elle s'arrêtait sagement en 1 6*8, de peur d'exciter les passions contemporaines, tin cctemps-ln, je l'avoue à notre honte, nous mettions six ans à préparer le baccalauréat, qu'on prépare aujourd'hui en six mois. Du reste, il faut bien l'avouer encore, nous n'étions pas de parfaits écoliers : nous tourmentions noire gouvernement, pour nous exercer a noire métier de citoyens français, quelquesans à leur métier de futurs journalistes. Enfin, je suis convaincu que ce n'est pas aujourd'hui de même, c'est de nous qu'un spirituel écrivain, Alphonse Karr, disait : o Quelque temps après la sortie du collège, tous les

• élèves se divisent en deux classes : ceux qui n'ont

• rien appris et ceux qui ont tout oublié. >

En relourde ces conlidences , vous me direz, si les Bordelais sont encore ce qu'ils étaient alors. Il y avait dans ces faciles esprils des commencements de tout, qui n'étaient pas toujours continués, faute de travail ; c'était un sol heureux, si naturellement fertile, qu'on ne pensait pas que ce f fit la peine de donner des façons, i'n art où ils excellaient était l'art de dire : ils étaient orateurs, causeurs, discutent dans le sang. Ils permettaient de dire bien des choses pourvu qu'on eût de l'esprit: ils encourageaient les pelils volumes qui critiquainit In jt«-itt< fortifiai* . il* Jinuirni [u -n i- >n parlât toujours d'eux-mêmes, de leurs qualités et de leurs défauts, de leurs qualités, où chacun se reconnaissait, de leurs défauts, oit chacun reconnaissait ses amis. Mais il me semble, quand je les retrouve à inter-

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