CHAPITRE ONZIEME
rage pour les d^fendre centre des peuples moins civilises dont ils excitent les sauvages convoitises.
Malheui*eusement le courage, qui tient k la volonte ct non k Tintelligence, ne suit pas toujours les progres de la science et de Tindustrie ; il ne se perfectionne pas comme la civilisation, il ne s'accumule pas comme les decouvertes ou les capitaux. Les Remains ont-ils eu plus de courage que les Grecs , les Francais plus de courage que les Remains , les Francais d'aujourd'hui plus que les Francs de Clevis ou les crois6s de Godefroy de Bouillon? Nous voulens bien que la civilisation n'ait pas pour efFet necessaire de diminuer le courage, mais il faut nous conc6der qu'elle n'a pas non plus pour eflfet assure de Taugmenter.
Qu'arrive-t-il cependant, lorsque les peuples civilises ne r6agissent pas energiquement contre cette influence de la richesse et de la passion du bien-etre? Qu'arrive-t-il, si ceux-1^ sent le moins capables de se defendre qui ont le plus a defendre ? L'histoire de tons les temps, et, sans remonter bien haut, Fhistoire meme de nos jours, nous apprennent Tin^vitable destinee qui les attend. Les peuples amoUis deviennent tdt ou* tard la conquete et la proie de peuples moins civilises dont le bien-etre n'a pas affaibli les courages. Ainsi les Grecs devaient-ils succomber sous les Remains, les Romains sous les Bar-
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bares, les Byzantins sousles Turcs, les Polonais sousles Russes. Inf6rieursparles richesses etpar les lumieres, ces vainqueurs remportaient par certaines qualit^s morales, par la simplicity et la purete des moeurs, par la discipline, par le respect des chefs, peut-etre plus encore que par le courage. Quelque nouveau Salvien ne pourrait-il pas s'ecrier encore aujourd'hui : « Nous nous 6tonnons que nos ennemis Temporlent sur nous par la force, lorsqu'ils I'emportent sur nous par la vertu ! Nous nous etonnons qu'ils deviennent maitres de nos biens, ceux qui sont les ennemis de nos vices ! Qu'on se le persuade bien et qu'on n'aille pas en chercher une autre cause, c'est notre corruption qui nous a vaincus*. » Ainsi, selon Salvien, les Barbares n'ont vaincu les Remains que parce que moralement ils valaient mieux*. Combien de petits peuples, dans leurs
i, Dejusto Dei prsesentique judicio. — Conclusion.
2. J'fixtrais de Y Introduction a Vhistoire de la philosophic de Cousin, 9« legon, ces lignes 61oquentes dont je voudrais bien qu'on ne ^ti faire aucune juste application k nous-mtoes: tt Supposez un peuple g^n^reux qui prenne au s^rieux ses id6es et qui, au lieu d*attendre le jour du combat dans une s6curit6 imprudente et coupable, pr6voyant Tattaque, s*y prepare de longue main en entretenant en lui Tesprit guerrier, en fondant de grandes institutions militaires, en se formant k une discipline s6v6re, en pr6f6rant k des jouissances frivoles les soins miles et virils dans lesquels se trempe le caract^re des individus et des peuples ; ce peuple-li, lorsqu'il paraitra sur le champ de bataille^ n'aura commis aucune faute ; toutes les chances seront