‹ Morale et progrèsChapitre 156 sur 199 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

pr6tendre. L'ouvrier ne pardonne giiere a son camarade d'atelier, devenu par son intelligence et pai; sa bonne conduite maitre et patron, tandis qu'il verra, avec indiflference et sans envie, une aristocratic de naissance, des pairs, des lords her^ditaires ou meme le droit d'ainesse.

C'est sans doute aussi un progres que T^galit^ politique et la liberie rs'ajoutant&regalit^ civile; mais en m^me temps quel surcroit d'excitations violentes, de tentations, d'ambitions, d'enyies et ' de haines! Que d'intrigues, que de cabales, que de bassesses pour s'6lever! Chacun, il est vrai, est appele, mais combien pen sont 41us ! Quo non ascendam? Telle est, k ce qu'il semble, la devise de tons. Jamais, sans doute, sous Tancien regime, il n'y eut plus d'intrigants et jamais plus d'ambitieux decus. Quel surcroit de sagesse ne faut-il done pas k un peuple pour supporter des insti* tutions libres et d6mocratiques !

Ici encore, qii'on ne se m6prenne pas sur noire pens6e ; nous ne faisons nullement des voeux pour Tabolilion de T^galite civile, nim^me de la liberie et de r^galite politique, pas plus que centre la diffusion des lumieres, pas plus que contre les progres de la science et de Tindustrie ; nous desirous encore moins le retour aux castes et aux privileges que le retour a la dure existence des hommes primitifs. Mais, par toutes les voies, et en consid6-

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rant la civilisation sous toutes ses faces, nous rencontrons toujours une question de morale; nous aboutissons toujours a la meme conclusion, c'est- ^-dire, kla necessite de la pr6pond6rance de T^lement moral, comme Tunique remede aux maux et aux dangers dont nous faisons le triste d6nombrement.

Non-seulement, sous peine de decadence, Telement moral ne saurait diminuer, mais il faut, comme, par tout ceci, il devient de plus on plus evident, qu'il se fortifie de plus en plus, pour opposer une digue suffisante a ce flot croissant de passions mauvaises et d'insatiables convoitises. Appuyons-nous encore sur Tautorite d'un penseur qui ne saurait etre suspect de ne pas aimer le progres. « Plus une soci6te, a dit M. Vacherot, fait de progres dans la civilisation materielle, plus elle a besoin que le sens moral y soit developpe*. » Toules les reformes sociales, toutes

1. D^mocratie, chap, in, dea conditions morales de la d6niocratie. M; Janet pense de mSme dans sa Morale. « La civilisation, en supprimant certaines tentations, en cr^e malheureusement de nouvelles ; en perfectionnant la nature humaine, elle suscite de nouveaux scrupules et souleve de nouveaux probl^mes; en multipliant les relations et les affaires , elle sugg^re de nouvelles occasions de mal et de nouvelles luttes pour le bien. Ainsi ce qui est acquis ne fait que grandir le champ de ce qui reste h acqu^rir. Le libre arbitre aura done toujours sa large part de responsabilit^ et d'honneur, quel que soit le progrfes des institutions et des ma»urs. » 3« liv., i^hap. IX.

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