‹ Morale et progrèsChapitre 177 sur 199 · CHAPITRE OUATORZlfcME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OUATORZlfcME

dont rapparition semble ne dater que de la fin du xviii® siecle? Jusqu'alors le monde n'avait vu de fanatisme qu'au sein d'une foi ardente, aspirant h tout ramener a elle, et s'efforcant de renverser ce qui lui faisait obstacle, he but de tous les h^r^tiques et de tous les fanatiques avait et6, jusqu'a present, de mettre une croyance, une foi, a la place d'une autre croyance et d'une autre foi ; fanatisme et scepticisme etaient deux termes contradictoires. Les choses ont chang6 ; c'est un fanatisme purement negatif et sceptique, un fanatisme a vide, pour ainsi dire, qui pr6tend exterminer, au profit pr6tendu de la democratic et de la morale, ce qui reste d'id^es religieuses dans les villes et dans les campagnes. Ayons en horreur ces tristes fanatiques qui, avec la haine dans Tame, sans nulle autre croyance, sans nulle autre foi pour excuse, poussent k la destruction des temples et meme, nousTavons vu, au massacre des pr^tres.

Comment le frein moral deviendra-t-il assez fort pour remplacer le frein religieux, qui n'est au fond que le frein moral lui-m6me accompagn6, pour ainsi dire, d'un cortege de croyances qui le rendent plus sensible et plus 6nergique? Combien plus grandes ne faudrait-il pas que fussent d^sormais la force et Tinfluence de T^ducation morale dans Uinstruction populaire, pour

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conjurer ces dangers, pour suppleer, si toutefois cela est possible, a ce defaut de la foi religieuse dans les coeurs?

Tout ce que nous venous de dire pourrait se r6sumer dans ces belles et concises paroles de la lettre de Gargantua a son fils Pantagruel etudiant a Paris : « La science sans la conscience est la mine de Tame *. » Non-seulement c'est la mine de Tame, mais, par une consequence n6cessaire, comme nous croyons Tavoir d^montre, c'est la mine de la society, de la civilisation, du progres. Telles sont done les legitimes appr^hensions qui s'emparent des meilleurs esprits en face des perils, des excitations dangereuses, des stimulants au mal qui sont inh6rents k la liberte, aux institutions democratiques et aux perfectionnements eux-memes de la civilisation. C'est done aujourd'hui, si jamais, qu'apparait Tinsuffisance du progres intellectuel, quelque d6veloppe qu'il soit, pour assurer a lui seul le progres social. Non-seulement le progres des lumieres, des lois, des mcBurs elles-memes, ne pent avoir pour effet de dispenser, un jour quelconque, le genre humain de TeflFort, de la fatigue de la vertu, suivant resp6rance deFichte; mais, au contraire,ne craignons pas de le redire avec plus d'assurancc,

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