‹ Morale et progrèsChapitre 179 sur 199 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De la quantity de vertu aux diverses 6poques du monde. — Les anciens ont-ils eu moins de vertu que les modernes ? — Dialogue de Fontenelle. — Du nombre et de la repartition des homine.s de bien.- — Application du principe de la permanence des forces. — Nul si^cle ne peut se vanter avec certitude d'etre meilleur qu'un autre, h quelque degre qu'il soit de civilisation. — Opinions en faveur d'une somme constante du bien et du mal. — Quand m^me cette Constance existerait, elle ne saurait 6tre d6montree. — - Pour agir mieux que nos p^res, il n'est pas certain que nous valions mieux,— Qu'aurions-nous pens6, qu'aurions-nous fait, si nous avions vecu en d'autres lieux et en d'autres temps ? — Pensee de Montesquieu. -— L'ancien 6quilibre entre le bien et le mal social ne peut etre conserve que par la preponderance de I'eiement moral. — Indulgence pour les generations ant6rieures, severite pour nous-memes. — Resume et conclusion. — Nul progres social sans I'association i\v I'eiemeut intellectuel et de reiemmt moral.

L'el6ment moral est rindispeiisable soutien de la civilisation et du progres social. Le progres scientifique lui-raeme declioit inevitablementf s'il n'est pas soutenupar unecertaine hauteur do vues, par quelque elevation des Ames et des caracteres. Quand la corruption est parvenue u uu i'ertain degre, la civilisation peut bien encore gar-

312 moral'e et progres

der quelques dehors et tromper des regards superficiels, mais elle a un ver qui ralteinl au cceur ; elle lariguit, elle declioit, jusqu'aii jour prochain ou elle p6rira. Elle ressemble, en cet 6tat, a \a^ fleur d6tach6e du sol, a laqiielle Virgile compare Pallas lue parTurnus; elle n'a pas encore perdu sa forme et sa couleur, mais elle n'est plus nourrie par le sue maternel de la terre.

Cui neque fulgor adliuc, necdum sua forma recessit; Non jam mater alit tellus viresque ministrat K

Dans rimmanite, dans la patrie, en toute soci6te, il n'y a grandeur et vie quo par le nombre des hommes qui ,ne sont pas indignes de ce

nom, c'est-a-dire qui out de la force d'ame, de rhonneur, du courage, de rhonnetet6,le sentiment du devoir, lesvertuspubliques et priv6es. Si toute chair, pour parler la langue de TEcriture, venait a corrompre sa voie, unnouveau cataclysme, sans mil miracle, serait inevitable. Nous ignorons quel est le minimum de morality sans lequel le monde civilise ne saurait continuer d'etre, mais nous ne craignons pas d'affirmcr que ce minimum exisle. Nous no Savons pas combien iHaut de jusles pour que le genre humain ne perisse pas, mais il p6rirait s'il n'y en avait pasun certain nombre, ne seraient-ce que les dix justes que le

Page 1