‹ Morale et progrèsChapitre 180 sur 199 · CHAPITRE QUINZIEIME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEIME

Dieu de la Bible demandait a un patriarche pour sauver une ville coupable. Nul d'ailleurs ne peut les compter; il faudrait voir au dedans, voir ce qui est invisible et sonder, comme nous Tavons deja dit, les reins et les coeurs. Mais, quoique nuUe demonstration ne soit ici possible, nous pouvons bien cependant nous permettre quelques conjectures sur cette moyenne de la morality, dans les divers ages de Thumanite, sur la Constance on les variations de cette moyenne, suivaat les diflF6rents degres de la civilisation. Nous revenons ainsi encore une fois a notre premiere question, celle de savoir si les anciens valent mieux que les modernes ou les modernes que les anciens. Nous avons vu que la pretention des modernes a la superiorite en fait de genie elait mal fondee; de tout ce qui precede, on a deja dii conclure qu'il n'est pas plus facile d'etablir lours titres h une sup6riorite quelconque en fait de vertu. Dans un de ses dialogues des morts, Fontenelle touche, d'une maniere ing6nieuse et piquante, k cette delicate et difficile question. Les deux interlpcuteurs. Tun repr^sentant des modernes etTautre des anciens, sont Socrate et Montaigne. Montaigne incline a croire que certains siecles privilegi^s out peut-etre et6 mieux partag6s que d'autres en fait d'hommcs raisonnables et vertaeux. Tel n'est pas Tavis de Socrate, dont

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voici la reponse : « Les habits changent, mais ce n'est pas a dire que la figure des corps change aussi. La politesse ou la grossierete, la science ou rignorance, le plus ou moins d'une cerlaine naivete, le genie s6rieux ou badin, ce ne sont la que les dehors de Thomme, et tout cela change; mais le coeur ne change point, et tout Fhomme est dans le coeur. On est ignorant dans un siecle, mais la mode d'etre savant pent venir; on est intercss6, mais la mode d'etre d6sint6resse ne viendra point. Sur ce nombre assez prodigieux d'hommes deraisonnables qui naissent en cent ans, la nature en a peut-etre deux ou trois douzaines de raisonnables qu'il faut qu'elle r^pande par toute la terre, et vous jugez bien qu'ils ne so trouvent jamais nuUe part en assez grande quantity pour y faire une mode de droiture et de vertu ^ »

Nous trouvons que Fontenelle fait bien minime la part des hommes raisonnables, c'est-a-dire des hommes sages disperses sur. toute la terre. On serait tente de s'eerier avec Massillon : « Grand Dieu, oil sont vos elus et que reste-t-il pour votre partage ^? »

1. Dialogue enfre Sacrnte et Montaigne sur cette question : « Si les anciens out eu plus de vertu que les modernes. »

2. Sermon sur le petit nombre des 4lus. Kant a dit quelqiie part qu'il ne croyait pas qu'on pftt affirmer qu*un seul acte

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