CHAPITRE PREMIER
exactement, line veritable cause. L'eriger en cause, c'est 6tre dupe d'une abstraction; c'est faire un agent, un principe, de ce qui est un r6sultat, a savoir le produit de Taction et de la bonne direction de nos facultes, A prendre en effet k la lettre le langage de la plupart des philosophes qui se disent eiix-memes progressistes et humanitaires, il semble qu*ils imaginent le progres comme je ne sais quelle puissance, quelle force oceulte, agissant sans cesse sur le genre humain pour le pousser en avant, pour le perfectionner malgr6 lui. Or cette cause efficiente ne reside pas dans les nu6es, elle n'est pas hors de nous, elle est dans rhomme, elle est Fhomme lui-meme.
Le progres n'est que le nom general donn6 a tout le bien materiel , intellectuel et moral, qui est le produit de notre activite.
Avouons encore que nous ne sommes nullement Edifies de cette lettre majuscule par laquelle certains adeptes croient devoir t^moigner typographiquement, en quelque sorte, leur foi et leur devotion au Progres, comme s'il s'agissait d'une divinite *. Le progres, plus ou moins vaguement defini, a des adorateurs superstitieux, il a meme
1. Non-seulement Pierre Leroux, mais M. About, et d'autrea encore en parjant du progres, ont cette petite superstition de la majuscule, tant il est vrai que les edprits les plus forts ont aussi leurs faiblesses I
30 MORALE ET PROORfeS
des fanatiques qui lui 4ressent des autels comme h un Dieu, ou plulot comm^ k une idole. ]ficoiilons Pierre L^roux : « C'est le progres, s'6crie-t-il,qui sauvera le monde ! » La pensee sans dbute peut etre boune, mnis Texpression est vicieuse ; le progres ne sauvera pas le monde; c'est le monde qui se sauvera en operant lui-nieme le progres, c'est le monde qui se sauvera lui-meme par une bonne et ferme volont^. Le progres, a vrai dire, n'est qu'un efFet, il ne change rien,- ne fait rien ; c'est nous , au cbntraire , qui feisons le progres par not re intelligence et par noti*e liberty.
Nousnedirous pas non plus, avec cesmemes philosophes, que la doctrine du progres est une religion, une religion nouvelle. D'abord, comment le progres serait-il une religion puisqu*il n'est pas cause et principe, puisqu'il n'est pas un Dieu? Quant au dogme essentiel de cette pretendue religion, il consiste sans doute dans le devoir de travailler a son propre perfeetioiinement et a celui des autres. Mais cette grailde regie n'est assurement pas propre k la doctrine de Pierre Liaroux ni a r6cole du progres; elle ne date ni du xix%ni du xvm® siecle. , v
Si cette premiere vue du progres est exactc, si le progres depend r^ellement de.ilous,voici, des a present, la grande consequence morale qui enresulte.
11 ne suffit pas d'avoir »on nom a la bouche, de