‹ Morale et progrèsChapitre 18 sur 199 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

accidents ct les r^trogradations tant m^pris^s de Hegel ^ »

Quoiqu'il ne soit pas une loi du genre des lois physiques, quoiqu'il ne soit ni mScanique ni geometrique, quoiqu'il soit oeuvre humaine, le progres n'est pas cependant, selon nous, un pur accident, un hasard, un caprice. II a sa raison d'etre dans la nature meme de Thomme ; il y a pour mobile imp6rieux et sacr6 la conscience morale ellememe ou la loi du devoir. Grace a son inCelligence et a sa liberte, Thomme est perfectible et il apporte avec lui en naissant la faculty du progres. Ce n'est pas, a vrai dire, une faculty sp6ciale, mais elle comprend, elle resume en elle, ce qu'il y a de plus elev6 et de meilleur dans toutes les facult^s, dans

1. De la Justice dans la Revolution et clans VEglise, 1858. Dans cet ouvrage, dont Tesprit est, snr ce point, tout oppose k la Philosophie du progrh, il fait vivement la guerre aux 6coles fatalistes et il place dans la liberty Tessence m^me du progres. Telle est aussi la thdse non moins vivement soutenue par M. Renouvier : La doctrine du progres naturel et fatal d6sint6resse, dit-il, rhomme du devoir et, une fois admise, lui montre un paradis k la porte oix il peut entrer sans peine, Ann^e philosophiquey 1867. Introduction k la philosophie du xix« si^cle. — Voici ce que dit Edgard Quinet&.propos de la loi du progrds r4^.vM6e, suivantlui, h la Revolution par Condorcet : « Qui eti pens6 que cette noble doctrine en se r^pandant rendrait les hommes plus inertes et plus dociles k tons les jougs? Depuis qu'ils ^savent que le bien est une nScesslt^ des choses, que les pierres mdmes subissent cette loi, ils se croient dispenses de s'en m^ler. » La Revolution j livre XIV, § 1, 3« 6dit., 1856.

iH UOBALE ET PROGAES

toutes les puissances de son £tre;.eUe en esl, pour ainsi dire, la fleur et le fruit. Tel est le sens ou nous avons raisou de dire que le progrfes est la faculty par esceUence d'un etre rajsonnable.

Si le progres, au regard des puissances de rhomme, est la faculty par excellence , au regard de sa liberty il est le plus grand des devoirs. Travailler ^ son propre perTectionnement et k celui des autres, n'esUce pas, en effet, le devoir supreme qui comprend tons les devoirs de la morale individuelle etde la morale sociale? Or, c'est de Ik que derive le progres social comme le progres individuel ; c'est Tunique voie du progres intellectuel etmora).

Quoique le progres ait sa racine dans notre nature m^me, quoiqu'il soit I'oeuvre de I'homme, ce n'est pas cependant k ■ dire que Dieu en soit exclu. Cette nature perfectible de I'homme, cette faculty, ce devoir du progres, ne sent pas notre ceuvre k nous-memes, mais I'oeuvre de I'auteur mSme de notre nature, de I'auteur de nos facult^s et de nos devoirs. Rien de plus vrai que cet ancien adage philosophique : Dfatura est vis a Deo insita. Voili comment, eten quel sens, le progres. Bans cesser d'etre bumain, et sans rien avoir de ' fatal, esl neanmoins providentiel.

Si le progres n'est pas une loi, au sens ou nous I'avons cxplique, i! n'est pas non plus, k parler

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