CHAPITRE PREMIER n
aurait meme rinconvenient de se preter davanlage, comme le mot d'evolution, a TeflPacement, k la suppression meme de la liberie qui, suivant nous, est Tunique agent du progres. « Parler du progres sans le d6finir, dit tres-bien M. Vacherot, c'estprononcer un mot qui couvre autant d'erreurs que de Y6rit6s et qui peut etre, par cela meme, ni6, affirm6, discute indefiniment ^ » II est done a propos, pour se mettre en garde, non moins contre de chim6riques esp6rances, que contre des dangers trop r6els, pour relever le mot et Tid^e meme du progres, pour en 6ter Terreur et n'y laisser, s'il est possible, que la part de la verite, d'en soumettre ici k une critique raisonnee, k une analyse severe, les divers 616ments et les conditions essentielles.
Si nous entreprenons de parler du progres, apres tant d'autres qui Vemportent, ou par I'esprit et par Taudace, ou par la force et par I'autorit6, ce n'est pas dans le vain espoir d'6blouir les epprits par quelque systeme nouveau, de devoiler, en un style plus ou moins prophetique, le secret des destinees du genre humain, ni de com-
1. Essais dephiiosophie critique^ in-8«», 1864; essai sur Tid^e du progres. -— Sur cet abus du mot de progres, nous citerons encore : Le Play, Organisation du travail^ 1870, § 58, intitule : de TAbus du mot progres; — le P. F6lix, Conferences sur le progrSSf Ire Conference, 1856 ; — Ch. Caro, Revue des Deux-Mondes du 15 octobfe 1873, 1«' article sur le Progres social.
i) MORALE ET PROGRES
prendre ensemble, d\ine maniere plus ou moins violente et arlificielle^ Fhomme et Tuniviers dans quelque formule bien obscure et bien bizarre. Notre intention, beaucoup plus modeste, est de rappeler certaines v^rites de sens commun, d'6clairer de quelques lumieres certaines parties de ce grand sujet, k I'aide d*une m^thode- plus rigoureuse, par nhe distinction plus exacte des divers elements p'erfectibles, ou nou perfectibles, de notre nature, faute de laquelle, en une pareille matiere, il' est impossible de s'enteudre et de rie pas aboutir aux plus graves confusions.
Notre premier soin doit etre de renfermer la <juestion dans ses vraies limites, limites au dela desqiielles, a notre avis, il n^y a plus de place pour aucune science, mais seulenient pour les reves de I'imagination et pour des fictions plus ou moins paetiques. II s'agit avant tout de decrire le cerele hors duqual le progi'es n'existe plus, sinon par equivoque et par le plus *6trange abus de Iangage. D'abord nous retrancherons. tout ce qui n'est pas du domainede Texperience et de la science, tout ce qui est au-dessus, ou au-dessous, de la nature humaine, tout ce qui a et6 ant6rieur et tout ce qui 'sera post6rieur, dans les Evolutions et metamorphoses de la creation, depuis les moneres et les singes jusqu'aux anges. Ce qui n'est pas Thbrnme, ce qui n'est.'pas Foeu-